Élections de mi-mandat aux États-Unis: 9 choses à retenir

Des millions d’Américains retenaient leur souffle ce mardi 8 novembre 2022 après avoir voté lors d’élections décisives pour la présidence de Joe Biden et l’avenir politique de son rival Donald Trump, impatient de repartir à la conquête de la Maison Blanche.

1Maura Healey, première gouverneure ouvertement lesbienne élue aux États-Unis

Maura Healey est devenue ce mardi la première gouverneure ouvertement lesbienne élue aux États-Unis, dans l’État du Massachusetts, selon des médias américains.

La démocrate de 51 ans a facilement battu le républicain Geoff Diehl, adoubé par Donald Trump, selon les chaînes Fox News et NBC dans cet État du nord-est du pays qui était dirigé depuis huit ans par un républicain, Charlie Baker, lequel ne se représentait pas.

Human Rights Campaign, association américaine de défense des droits des personnes lesbiennes, gays, bi, transgenres ou queers (LGBTQ) a aussitôt salué dans un communiqué une victoire électorale "historique" aux États-Unis, Maura Healey "devenant la première gouverneure lesbienne du pays", dans l’attente de résultats dans l’État de l’Oregon (nord-ouest) où Tina Kotek, une femme également ouvertement lesbienne pourrait aussi devenir gouverneure.

Pour la première fois dans l’histoire des États-Unis, des personnes LGBTQ étaient candidates mardi aux élections de mi-mandat dans chacun des 50 États américains, un record qui pourrait avoir une influence de taille sur le paysage politique du pays.

Quelque 678 personnes LGBTQ se présentaient ainsi aux scrutins lors desquels les Américains ont voté pour renouveler l’ensemble des sièges de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat. Toute une série de postes de gouverneurs et d’élus locaux sont également en jeu.

C’est une augmentation de près de 20% par rapport à la dernière élection, selon une analyse menée par le LGBTQ Victory Fund, qui aide à financer ces campagnes.

Quelque 90% de ces candidats sont démocrates.

La victoire de Mme Healey était très prévisible, elle a toujours été en tête dans les sondages et est appréciée comme défenseure des droits humains et, depuis 2014, procureure générale de l’État, l’équivalent de ministre de la Justice locale.

2Sarah Sanders, ancienne porte-parole de Trump, élue gouverneure de l’Arkansas

L’ancienne porte-parole de Donald Trump à la Maison Blanche, Sarah Huckabee Sanders, a été élue mardi gouverneure de l’État très républicain de l’Arkansas, selon les projections de médias américains.

Elle était donnée favorite face au démocrate Chris Jones dans cet État dont son père, Mike Huckabee, figure de la politique américaine, fut gouverneur de 1996 à 2007.

Pendant sa campagne, Sarah Sanders, 40 ans, a fustigé le président Joe Biden et ses politiques de "gauche radicale", en évoquant l’inflation galopante, "les frontières ouvertes" et "la hausse de la criminalité violente".

Elle s’est dite prête à "rejoindre la coalition des gouverneurs conservateurs forts qui défendent notre liberté".

En tant que porte-parole à la Maison Blanche, elle était régulièrement interrogée sur les sorties agressives de Donald Trump à l’encontre des médias. Elle a été critiquée pour ses approximations et ses contre-vérités dans ses interactions parfois tendues avec les journalistes.

Mère de trois enfants, elle évoquait souvent sa famille et sa foi depuis la salle de presse.

En annonçant son départ à l’été 2019, Donald Trump avait longuement loué la combativité de cette "guerrière" et jugé qu’elle serait "fantastique" au poste de gouverneur de l’Arkansas.

3Les leaders de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi et Kevin McCarthy, réélus

Les leaders démocrates et républicains de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi et Kevin McCarthy, ont été réélus, indiquent les sondages à la sortie des urnes.

Si les républicains remportent la Chambre des représentants - ce qui est prévu - M. McCarthy en deviendra probablement le prochain président. En tant que principal républicain de cet organe, il devra trouver un équilibre entre les différentes mouvances idéologiques, de la droite modérée à la droite radicale, au sein des représentants républicains.

Il devra également suivre de très près la politique de Joe Biden auprès des républicains. Quoi qu’il en soit, le président américain devra se cantonner au pouvoir exécutif, et ne pourra plus compter sur le pouvoir législatif pour faire avancer son programme si son parti perd la Chambre des représentants.

L’actuelle présidente de la Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi, a également été réélue. Au fil des ans, elle est devenue l’une des personnalités les plus en vue de son parti, mais la question est maintenant de savoir à quoi ressemblera son avenir politique si les démocrates perdent la Chambre.

4Le républicain Ron DeSantis, pressenti pour l’élection 2024, réélu gouverneur de Floride

Le républicain Ron DeSantis, potentiel rival de Donald Trump pour l’investiture républicaine à la présidentielle de 2024, a été réélu ce mardi gouverneur de Floride, selon des médias américains.

Étoile montante de la droite dure, ce quadragénaire s’est imposé sans surprise face à l’ex-gouverneur Charlie Crist, un ancien républicain qui avait changé de parti, selon les chaînes ABC et CNN.

Ron DeSantis a récemment fait polémique en revendiquant l’envoi d’avions de migrants vers Martha’s Vineyard, île huppée du nord-est des États-Unis.

Il avait ainsi rejoint un mouvement lancé par les gouverneurs républicains du Texas et de l’Arizona visant à envoyer des migrants vers les villes démocrates du nord et de l’est du pays, geste très politique destiné à séduire leurs électeurs.

Très engagé sur les sujets d’éducation, le républicain a aussi signé cette année une loi interdisant d’enseigner des sujets en lien avec l’orientation sexuelle ou l’identité de genre à l’école primaire.

Le texte, très controversé, a été surnommé par ses opposants "Don’t say gay" ( "Ne parlez pas des gays").

Ancien militaire à l’image lisse de père de famille, il offre un contraste marqué avec le style tempétueux de Donald Trump - qui l’a récemment surnommé "Ron-la-Morale".

5Victoire pour plus d’une centaine de candidats contestant le résultat des élections 2020

Plus d’une centaine de candidats républicains qui remettent en cause le résultat de la présidentielle de 2020 ont été élus mardi lors des élections américaines de mi-mandat, selon les projections des médias américains.

Certains des candidats qui soutenaient ces théories propagées par Donald Trump malgré les innombrables preuves du contraire, ont cependant été battus, comme le candidat au poste de gouverneur de Pennsylvanie, Doug Mastriano.

Ces accusations infondées concernant de supposées fraudes massives lors des élections de 2020 se sont diffusées au sein du parti républicain à la faveur des déclarations à répétition de l’ancien président républicain, qui ne reconnait toujours pas sa défaite face au démocrate Joe Biden.

Près de 300 républicains soutenant ces thèses complotistes étaient candidats à des sièges nationaux et locaux, selon un comptage du Washington Post.

Et dans la nuit de mardi à mercredi, plus de 140 d’entre eux ont été élus à la Chambre des représentants, au Sénat et à des postes de responsables locaux. Parmi ces derniers, certains, comme les secrétaires d’État, seront notamment en charge des opérations électorales.

Marjorie Taylor Greene, élue républicaine de Géorgie connue pour ses outrances, a notamment été réélue, et Katie Britt a remporté un siège du Sénat dans l’Alabama.

Cette frange des républicains a cependant subi un revers avec la défaite de Doug Mastriano face au démocrate Josh Shapiro, élu gouverneur dans l’État clé de Pennsylvanie.

Kari Lake, candidate au poste de gouverneure dans l’Arizona et figure majeure de ce mouvement proche de M. Trump, attendait encore les résultats dans l’État du Grand Canyon.

6Un sénateur américain de 89 ans remporte un huitième mandat

Le républicain Chuck Grassley, 89 ans et sénateur de l’Iowa depuis 1981, a remporté mardi un huitième mandat, selon les chaînes NBC et CBS. Il aura 95 ans à la fin de son prochain mandat.

Il faisait face à sa course la plus serrée en 42 ans, contre le démocrate et ancien militaire de haut rang Michael Franken.

Tout au long de sa carrière, ce membre de la commission judiciaire du Sénat s’est voulu la voix de l’Amérique rurale et des fermes familiales - lui-même est fermier. Il a notamment fait campagne cette année sur l’inflation.

Donald Trump lui a apporté son soutien, même si Chuck Grassley a pu avoir des désaccords avec l’ancien président, dont il a malgré tout largement soutenu les politiques. "Si je n’acceptais pas le soutien d’une personne qui a (l’appui) de 91% des électeurs républicains dans l’Iowa, je ne serais pas très malin. Je suis assez malin pour accepter ce soutien", avait dit M. Grassley lors d’un meeting l’an dernier, Donald Trump à ses côtés.

Président pro tempore du Sénat de 2019 à 2021, M. Grassley fut à cette période le troisième dans l’ordre de succession en cas d’incapacité du président, après le vice-président et la présidente démocrate de la Chambre des représentants. Marié depuis 68 ans, il a cinq enfants.

7Les démocrates conservent le siège disputé de gouverneur de l’État de New York

Les démocrates sont parvenus mardi à conserver le siège disputé de gouverneur de l’État de New York, un de leurs bastions, qui a pourtant été le théâtre d’une course plus serrée qu’attendu, selon des médias américains.

La gouverneure sortante Kathy Hochul, qui avait remplacé à l’été 2021 le puissant chef de l’exécutif local Andrew Cuomo parti en raison d’un scandale sexuel, a battu son adversaire républicain Lee Zeldin, d’après les chaînes ABC et NBC.

Selon des résultats partiels donnés par le New York Times, Mme Hochul, une démocrate centriste de 64 ans, du nord de l’État de New York, a rassemblé 55% des suffrages contre 45% pour son challengeur républicain de 42 ans que Donald Trump avait adoubé.

Peu de gens imaginaient avant les élections de mi-mandat de mardi que la ville de New York et l’État, considérés comme des bastions progressistes de gauche, puissent échapper au contrôle des démocrates au profit des républicains conservateurs.

Pourtant l’État de New York aurait pu donner un coup de barre à droite, notamment en dehors des villes où les républicains sont parfois plus populaires que les démocrates.

Depuis octobre, la course entre l’opposition de droite et la majorité de centre gauche s’était resserrée en pleine flambée des prix et poussée du sentiment d’insécurité dans la plus grande ville des États-Unis et le quatrième État du pays.

Jusqu’à ce que des sondages évoquent un coude-à-coude, voire une défaite sur le fil de la gouverneure Hochul, au profit de M. Zeldin.

Outre les élections de gouverneurs et d’élus locaux dans tout le pays, les scrutins de mardi doivent renouveler un tiers des 100 sièges de sénateurs et l’ensemble de la Chambre des représentants, qui composent le Congrès à Washington.

L’État de New York, 20 millions d’habitants, doit renvoyer 26 représentants à la Chambre, dont 19 sortants sont démocrates, mais les républicains pourraient décrocher neuf sièges, selon le New York Times et le site ballotpedia.org.

8Les démocrates arrachent un siège de sénateur déterminant en Pennsylvanie

Les démocrates ont remporté mercredi matin un siège potentiellement déterminant pour le contrôle du Sénat, avec la victoire de John Fetterman en Pennsylvanie face à un candidat trumpiste, selon les chaînes américaines Fox News et NBC.

Colosse chauve fragilisé par un AVC subi en mai, John Fetterman affrontait le chirurgien superstar Mehmet Oz dans l’un des duels les plus scrutés des élections de mi-mandat.

"Nous avons parié sur les habitants de Pennsylvanie - et vous ne nous avez pas laissés tomber. Et je ne vous laisserai pas tomber", a immédiatement réagi le démocrate, remerciant les électeurs.

Longtemps en tête dans les sondages, John Fetterman avait vu son avance fondre ces dernières semaines, jusqu’à ce que la course devienne trop serrée pour désigner un favori.

Sa campagne a été freinée par son AVC et par les interrogations sur ses capacités, surtout après une interview télévisée au cours de laquelle il a eu recours à un téléprompteur pour lire les questions qu’on lui posait en raison de problèmes auditifs.

John Fetterman était face à Mehmet Oz, longtemps à la tête d’une émission médicale très populaire. Les deux hommes se sont beaucoup affrontés au fil des mois à coups de petites phrases assassines et de "memes", ces images détournées qui font les délices des réseaux sociaux.

Le siège, jusque-là occupé par un républicain, pourrait être décisif pour le contrôle de la chambre haute et donc pour le reste du mandat de Joe Biden.

Natif de Pennsylvanie, John Fetterman a été maire de 2006 à 2019 de Braddock, ancienne ville industrielle tombée dans la décrépitude avec le déclin de la production d’acier, dont il a le code postal tatoué sur le bras.

Ce progressiste au crâne rasé, qui fut qualifié de maire "le plus cool" du pays, a tenté de faire revivre la localité avec des programmes d’aide pour les jeunes et des espaces verts.

Ses opposants l’accusent de se donner des airs d’homme du peuple avec ses éternels sweats à capuche, lui qui reconnaît avoir grandi dans une famille plutôt aisée et qui a un diplôme de la prestigieuse université Harvard.

Il affirme s’être attaqué à la criminalité pendant ses mandats à Braddock, se flattant que sur une période de cinq ans et demi, pas un décès par balle n’y ait été enregistré.

John Fetterman dit vouloir s’attaquer à l’ "avidité" des grandes entreprises et leur faire payer leur "juste part", soutient une couverture santé universelle et la légalisation du cannabis et défend le droit "non négociable" à l’avortement.

9L’inflation est la préoccupation principale des électeurs, suivie de l’avortement

Environ un tiers des Américains estiment que l’inflation est le thème le plus important de ces élections de mi-mandat, l’avortement arrivant en deuxième position avec 27%, selon des sondages à la sortie des urnes commandés par plusieurs chaînes de télévision.

Environ trois-quarts des électeurs ont déclaré avoir une opinion négative de la situation économique du pays. Il s’agit d’une vision plus pessimiste qu’en 2020, lorsque 49% jugeaient encore la situation économique comme étant bonne. Les trois-quarts des répondants ont déclaré que l’inflation de plus de 8% leur causait des tracas d’ordre financier, tandis que 60% pensent que le problème réside spécifiquement dans le prix élevé de l’essence.

Démocrates et républicains accordent une importance différente aux divers enjeux. Près de la moitié des électeurs républicains considèrent l’inflation comme la question la plus importante, tandis que 44% des électeurs démocrates perçoivent l’avortement comme étant le sujet le plus important.

Cette distinction est apparue au cours de la campagne, alors que les républicains martelaient que Joe Biden était responsable de l’inflation et des prix élevés de l’énergie, et que les démocrates promettaient de renforcer le droit à l’avortement après que la Cour suprême a annulé l’arrêt "Roe v. Wade".

Plus de sept électeurs sur dix se disent également mécontents de la situation dans le pays. Environ la moitié estime que les politiques de Joe Biden portent préjudice au pays.

Enfin, plus d’un tiers des électeurs (34%) ne semblent toujours pas convaincus que Joe Biden soit le président américain légitimement élu. Soixante-trois pour cent des électeurs le considèrent comme le président légitime.

CNN souligne qu’il s’agit de sondages provisoires, réalisés uniquement auprès des électeurs qui votaient mardi. Les résultats montrent néanmoins que de nombreux électeurs croient toujours au discours de Donald Trump selon lequel les démocrates ont volé l’élection.