Trump, milices, show: ce qu’il faut attendre des premières auditions sur l’assaut du Capitole

À partir de ce jeudi 9 juin, débutent les auditions portant sur l’assaut du Capitole par des partisans de Donald Trump, devant une commission parlementaire.

L'avenir (avec AFP)
Trump, milices, show: ce qu’il faut attendre des premières auditions sur l’assaut du Capitole
©Photo News

Les images avaient fait le tour du monde. Le 6 janvier 2021, des centaines de partisans de Donald Trump avaient pris d’assaut le Capitole, siège du Parlement des États-Unis, pour protester contre la défaite de leur champion à la présidentielle face à Joe Biden. Un événement dramatique qui va donner lieu à des auditions très médiatisées, un an et demi plus tard. Un déferlement de violence rarement observé dans une démocratie occidentale qui avait causé la mort d’un policier et d’une militante.

À partir de ce jeudi 9 juin, débutent les auditions portant sur l’assaut du Capitole par des partisans de Donald Trump, devant une commission parlementaire.

Un show à l’américaine

Et pour prouver l’ampleur qu’a pris cette affaire, il suffit de jeter un œil au traitement médiatique de la séquence qui s’annonce. À partir de ce 9 juin donc, neuf élus (sept démocrates et deux républicains fermement opposés à Donald Trump) vont chercher à retracer le fil de cette funeste journée et à déterminer l’implication de l’ancien président au cours de débats diffusés en prime time à la télévision nationale.

Ainsi, CNN, MSNBC et toutes les chaînes d’information du pays à l’exception de la très miséricordieuse avec Donald Trump Fox News vont faire des premières auditions, programmées à 20 heures sur la côte Est (2 heures du matin dans la nuit de jeudi à vendredi en France), un véritable événement. Notamment en invitant d’emblée des témoins qui donneront le ton de l’exercice: la première policière du Capitole à avoir été blessée par les émeutiers, Caroline Edwards, et un journaliste britannique, Nick Quested, qui suivait au moment des faits les “Proud Boys”, une milice fasciste, masculiniste et convaincue par le suprémacisme blanc.

Préparation ou éruption spontanée?

C’est la grande question qui agite l’Amérique depuis 18 mois: l’envahissement du Capitole par des partisans violents de Donald Trump avait-il été préparé de longue date ou est-il survenu subitement du fait d’une minorité exprimant sa fureur par les actes?

À en croire l’élu démocrate du Maryland Jamie Raskin, qui est membre de la commission du Congrès en charge de l’enquête, son travail va prouver que tout avait été soigneusement organisé. Et que Donald Trump a en réalité été “au centre” de ces préparatifs et donc de la commission des exactions du 6 janvier, comme l’a précisé l’élu au Washington Post. Jamie Raskin va même jusqu’à dire que sans sa majorité au Sénat au moment des faits, Donald Trump aurait été poursuivi et condamné.

Le rôle des milices d’extrême droite

Le rôle de certains partisans va faire l’objet de longues discussions durant les auditions: les “Proud Boys”. Au travers du témoignage du documentariste Nick Quested, qui suivait la milice d’extrême droite depuis plusieurs jours au moment de l’assaut du Capitole, la commission veut en effet démontrer que ses membres ont entraîné la foule des manifestants dans la violence.

Des images encore jamais vues par les équipes du journaliste vont notamment être montrées, avec par exemple des militants des “Proud Boys” projetant des barrières sur les forces de l’ordre ou encore l’organisation de la marche depuis le lieu où Donald Trump donnait un discours jusqu’aux marches du Capitole. Une plongée semble-t-il éclairante au sein d’une troupe armée et violente, et convaincue par l’argumentaire de Trump sur la conspiration visant à priver “leur” Amérique du pouvoir au profit de Joe Biden.

Quelles conséquences pour Trump?

Parmi les points de focalisation de l’enquête, le rôle de Donald Trump a donc été central. Les neuf parlementaires ont entendu nombre de ses proches, dont deux de ses enfants, mais aussi étudié des SMS échangés entre des membres de l’entourage immédiat de l’ancien président et des personnalités républicaines, des emails officiels, des menaces rédigées par des partisans haut placés et envoyés à des décisionnaires du pouvoir judiciaire.

Autant d’éléments qui font aujourd’hui dire aux membres du Congrès que le camp de Donald Trump avait échafaudé divers plans visant à faire annuler l’élection de Joe Biden. Et cela via des scénarios allant d’une tentative de saisie des machines électorales (qui permettent le vote par correspondance) jusqu’à l’invasion planifiée du Capitole.

En fonction des conclusions et des témoignages qui seront présentés au public, la séquence pourrait faire basculer l’opinion publique au sujet des événements du 6 janvier. Car si la commission n’a pas le pouvoir d’inculper elle-même des protagonistes de cette journée, elle transmettra tout de même ses preuves à la justice et il y a fort à parier qu’un engouement national pour l’affaire, par exemple à l’encontre de Donald Trump, pourrait engendrer des rebondissements judiciaires.