Nicolas Gosset sur la guerre en Ukraine: «Le temps n’est clairement pas celui de la diplomatie»

L’invité de « Il Faut Qu’on Parle » ce mercredi 8 juin est Nicolas Gosset, chercheur au centre d’étude de sécurité et de défense de l’Institut royal de Défense. Avec Maxime Binet, ils font le point sur la guerre en Ukraine.

La Rédaction de L'Avenir

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky se dit prêt à discuter avec Vladimir Poutine. Quand cette guerre pourrait-elle se finir? Maxime Binet tente de répondre à la question en compagnie de Nicolas Gosset, chercheur au centre d’étude de sécurité et de défense de l’Institut royal de Défense (IRSD).

Les Russes veulent, au minimum, remporter le Donbass et en sont encore assez loin, et les Ukrainiens veulent remporter une forme de victoire

"Au moment (de la guerre) où nous sommes aujourd’hui, le temps n’est clairement pas celui de la diplomatie. Les Russes veulent, au minimum, remporter le Donbass et en sont encore assez loin, et les Ukrainiens veulent remporter une forme de victoire, ils veulent rééquilibrer le rapport de force pour arriver dans une position moins misérabiliste en face de la partie russe et ne pas devoir concéder les demandes de Moscou", confie Nicolas Gosset.

Qu’en est-il de la bataille actuelle du pour le Donbass? "Elle vient confirmer l’intensité de la guerre et la lenteur de la progression des opérations. Il y a une progression russe qui est indéniable, mais qui est très très lente, et donc très coûteuse en vie humaine."

Sommes-nous au point culminant de cette guerre? "Beaucoup pensent que l’armée russe est au point culminant de ses opérations. Par point culminant de la guerre, on entend le point maximum de la puissance de feu que les Russes peuvent engager à un certain moment sur le terrain", avant de poursuivre: "On est à une forme d’échec puisque les Russes en sont à avoir des difficultés à conquérir le Donbass, alors qu’initialement, ils voulaient retourner l’Ukraine en quelques jours, quelques semaines.Est-ce que ça veut dire que la Russie est en échec dans le Donbass actuellement? Non. Est-ce que ça veut dire que la Russie a perdu cette guerre? Non. Est-ce que ça veut dire que cette guerre va durer longtemps? Oui."

On pourrait imaginer un scénario de ni guerre, ni paix. De conflit perpétuel

Quant à la durée de cette guerre, Nicolas Gosset estime que celle-ci pourrait encore prendre des mois, voire des années."On pourrait imaginer un scénario de ni guerre, ni paix. De conflit perpétuel. On peut imaginer un conflit qui pourrait perdurer aussi longtemps que le régime Poutine."

Que va-t-il se passer dans les prochaines semaines? "Une continuation, une intensification de ce qu’on voit aujourd’hui. En fait, une politique de la terre brûlée. La Russie rase le Donbass. Les Ukrainiens essayent de limiter l’expansion, on n’en est pas encore à des contre-offensives, comme on voit en revanche dans la région de Kharkiv, par exemple. Il faut casser l’idée que la guerre, c’est seulement le Donbass."

Il faut casser l’idée que la guerre, c’est seulement le Donbass

Pour Nicolas Gosset, le premier objectif de l’invasion de l’Ukraine par la Russie était de retourner le pays, lui imposer la volonté de Moscou. Chose qui n’a pas fonctionné. "La Russie consolide, justifie et met un narratif sur les gains qu’elle est capable d’acquérir. D’où cette idée de la ‘Nouvelle Russie’, qui reprend un vieux discours de la Russie impérialiste du 18esiècle."

Vladimir Poutine, dans cette guerre, joue une forme de légitimité personnelle

Quant à Vladimir Poutine, est-il contesté en Russie? "On est dans une autocratie. Mais il y a des signaux faibles, de plus en plus manifestes, de mouvements, à l’intérieur de la société russe. On voit que, malgré la chape de plomb, l’"unanisme" est beaucoup plus ténu que ce que l’on peut imaginer. Mais de là à préjuger d’une révolution populaire en Russie, En tout cas, Vladimir Poutine, dans cette guerre qui est sa guerre, joue une forme de légitimité personnelle."