Guerre en Ukraine: "horribles" tirs de missiles russes sur Kiev, au moins 137 morts ukrainiens, mobilisation générale

On fait le point sur les infos de la nuit écoulée, au lendemain de l’attaque russe en Ukraine lancée par le président Vladimir Poutine.

Ania TSOUKANOVA, avec Thibaut MARCHAND à Chougouyev et Antoine LAMBROSCHINI à Moscou
Guerre en Ukraine: "horribles" tirs de missiles russes sur Kiev, au moins 137 morts ukrainiens, mobilisation générale

Explosions à Kiev

L'Ukraine, où des combats meurtriers opposent forces russes et ukrainiennes jusqu'aux portes de Kiev, a annoncé la mobilisation générale pour tenter de freiner l'offensive massive déclenchée par Vladimir Poutine, et des explosions ont retenti ce vendredi à l'aube dans la capitale.

"Des tirs horribles de missiles russes sur Kiev. La dernière fois que notre capitale a connu quelque chose de semblable, c’était en 1941 quand elle a été attaquée par l’Allemagne nazie. L’Ukraine a vaincu ce démon et vaincra aussi celui-ci", a affirmé le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba dans un message sur son compte Twitter.

Sur son compte Facebook, l’armée de terre ukrainienne a indiqué que des "tirs de missiles" visaient Kiev, précisant en avoir détruit deux en vol. Selon le maire de la ville, Vitali Klitschko, trois personnes ont été blessées, dont une grièvement, par des débris de missiles tombés dans un quartier résidentiel du sud-est de la capitale ukrainienne.

Avancée russe

La progression des forces russes fait redouter un assaut et la multiplication d’attaques ciblées sur Kiev et des cibles stratégiques et gouvernementales. Selon des sources militaires occidentales, l’armée russe se rapprochait de Kiev, où un couvre-feu a été imposé, avec l’intention de "décapiter le gouvernement" ukrainien et d’y installer à la place un gouvernement favorable à Moscou.

La Russie a aussi pris le contrôle de la centrale de Tchernobyl, site du pire accident nucléaire de l'histoire en 1986, a annoncé la présidence ukrainienne. Du personnel y est pris d'otages ce vendredi matin.

L’Ukraine se sent «seule»

Afin de contrer l’invasion russe, le président Volodymyr Zelensky a décrété jeudi soir la mobilisation générale et le rappel des réservistes sous 90 jours dans toutes les régions ukrainiennes.

Le dirigeant a par ailleurs regretté que l’Ukraine soit "laissée seule" face à l’armée russe alors que l’Alliance atlantique a indiqué qu’elle n’y enverrait pas de troupes pour la soutenir.

Les forces militaires des Etats de l’Otan ont été placées en état d’alerte et certaines unités vont faire mouvement pour renforcer le flanc est de l’alliance. Un sommet de l’Alliance atlantique consacré à la crise en Ukraine se déroulera en visioconférence vendredi.

Les Etats-Unis, qui n'enverront pas de troupes en Ukraine, défendront "le moindre pouce de territoire de l'Otan",a assuré le président Joe Biden. Le Pentagone dépêchera toutefois quelque 7.000 soldats de plus en Allemagne.

De son côté, la France va accélérer le déploiement dans le cadre de l’Otan de soldats en Roumanie, pays frontalier de l’Ukraine, a annoncé le président Emmanuel Macron à l’issue d’un sommet exceptionnel de l’UE, jugeant également utile de "laisser ouvert le chemin" du dialogue avec Moscou pour obtenir un arrêt de son offensive.

Les dirigeants des 27 pays de l’UE ont durci les sanctions contre la Russie, dans les secteurs de l’énergie, de la finance et des transports, sans aller jusqu’à l’exclure du système d’échanges bancaires internationaux Swift. "Les dirigeants russes devront faire face à un isolement sans précédent", a promis la présidente de la Commission Ursula von der Leyen.

Moscou a de son côté promis une réplique "sévère" à ces mesures.

Au moins 137 morts côté ukrainien

Au lendemain du déclenchement de l’offensive russe, le président Zelensky a aussi dressé le bilan des pertes côté ukrainien, civiles et militaires: au moins 137 morts et 316 blessés.

L’armée ukrainienne a estimé les pertes matérielles russes à plus de 30 tanks, quelque 130 véhicules blindés de combat, sept avions et six hélicoptères.

Les deux camps faisaient des déclarations invérifiables, mais l’armée russe gagnait du terrain. Dans la région de Kherson, elle est présente dans plusieurs zones et contrôle Genichesky, ville à 300 km à l’ouest de la frontière russe.

Le ministère de la Défense du Royaume-Uni a toutefois jugé, dans un communiqué, "improbable que la Russie ait atteint ses objectifs militaires prévus" pour le premier jour de son attaque, soulignant "la résistance acharnée" des forces ukrainiennes.

L’offensive russe a commencé jeudi à l’aube, après la reconnaissance lundi par Vladimir Poutine de l’indépendance de territoires séparatistes ukrainiens du Donbass.

"J’ai pris la décision d’une opération militaire spéciale" ayant pour but "une démilitarisation et une dénazification de l’Ukraine", a martelé le président russe à la télévision en annonçant cette opération, mais "nous n’avons pas dans nos plans une occupation des territoires ukrainiens".

Pour justifier cette intervention, il a réitéré ses accusations, infondées, d’un "génocide" orchestré par Kiev dans les "républiques" rebelles prorusses, cité un appel à l’aide des séparatistes et dénoncé la politique "agressive" de l’Otan.

Juste après le discours de Poutine, des explosions ont retenti à Kiev - où des habitants se sont pressés dans le métro pour s’abriter - ainsi que dans les grandes villes ukrainiennes. La centrale de Tchernobyl, théâtre du pire accident nucléaire de l’histoire en 1986, est tombée plus tard aux mains des soldats russes.

«J’ai vite fait mes bagages»

Environ 100.000 personnes ont fui leur foyer en Ukraine et des milliers ont quitté leur pays, a déploré le Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés. L’UE s’est dite "pleinement préparée" à les accueillir.

Quelque 200 d’entre eux ont passé la nuit dans la gare polonaise de Przemysl (sud-est). "J’ai entendu les explosions à côté de mon immeuble... et j’ai vite fait mes bagages, j’ai presque tout pris avec moi", a raconté Olha, une enseignante de 36 ans de l’Institut polytechnique de Kiev.

A Moscou, des rassemblements contre la guerre ont eu lieu dans le centre de la capitale ainsi qu’à Saint-Pétersbourg. Plus de 1.700 personnes ont été interpellées sur l’ensemble du territoire russe, selon une ONG.

Vladimir Poutine a averti les Occidentaux "qui tenteraient d’interférer", que "la réponse de la Russie sera immédiate et entraînera des conséquences que vous n’avez encore jamais connues".

L’offensive russe intervient huit ans après que Moscou eut annexé la Crimée et parrainé la prise de contrôle de régions du Donbass par des séparatistes prorusses, déclenchant un conflit régional qui a fait plus de 14.000 morts.

La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a prévenu que le conflit - qui a provoqué la chute des bourses européennes et la flambée des cours des matières premières - faisait peser "un important risque économique pour la région et le monde", au moment où l’économie mondiale tente de se relever de la pandémie de Covid-19.

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