Blanquer était à Ibiza pour annoncer le protocole sanitaire de rentrée scolaire: scandale en France, le ministre "regrette"

Des vacances qui ne passent pas: la révélation par Mediapart du séjour à Ibiza de Jean-Michel Blanquer juste avant la rentrée de janvier, alors que se décidait le protocole sanitaire dans les écoles, fragilise le ministre de l’Education déjà mis à mal par une grève très suivie.

Blanquer était à Ibiza pour annoncer le protocole sanitaire de rentrée scolaire: scandale en France, le ministre "regrette"

L’annonce de ce nouveau protocole, la veille de la rentrée dans le quotidien Le Parisien, avait suscité l’exaspération des enseignants. Ils déploraient d’avoir été informés tardivement et par voie de presse, en pleine inquiétude suscitée par la vague Omicron.

Le directeur délégué des informations du quotidien a assuré que son équipe de journalistes n’était pas au courant que le ministre était à Ibiza au moment de l’interview. "Il n’y avait aucune volonté de cacher une information que nous n’avions simplement pas", explique Pierre Chausse.

La désorganisation engendrée ensuite dans les écoles, avec des élèves devant multiplier les tests et des directeurs croulant sous les tâches administratives, puis l’allègement de ce protocole à plusieurs reprises, avaient entraîné un sentiment de ras-le-bol chez les enseignants et autres personnels de l’éducation. S’en est suivie une grève d’ampleur le 13 janvier.

Mediapart a révélé lundi soir que le ministre se trouvait à Ibiza lorsqu’il a annoncé ce protocole controversé, une information confirmée par le ministère.

"C’est terrible. Ca creuse encore plus le fossé qui existait déjà avec le ministre et ses personnels", a réagi auprès de l’AFP Guislaine David, secrétaire générale du SNUipp-FSU, premier syndicat du primaire.

"Pendant que lui était à Ibiza, les directeurs et directrices d’écoles recevaient des mails de parents dont l’enfant avait le Covid et qui ne savaient pas comment ils allaient faire le lendemain. Et des mails de collègues qui étaient positifs au Covid", a-t-elle ajouté. "On n’avait pas de protocole qui avait été anticipé".

C’est "le symbole d’une grande désinvolture et d’une grande légèreté", renchérit Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat du second degré (collèges, lycées).

Pour Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa, "cette révélation est l’illustration de la distance et du décalage du ministre avec la réalité sanitaire".

«Jean-Michel Blanquer doit démissionner»

Les révélations de Mediapart interviennent avant une nouvelle journée de mobilisation et de grève dans les établissements scolaires jeudi, à l’appel de plusieurs syndicats, pour demander notamment "des réponses fortes" face au "chaos" engendré par la crise du Covid.

 Les appels à la démission se multiplient envers Jean-Michel Blanquer.

"Il y a vraiment une perte de légitimité et de crédibilité de ce ministre", qui "n’est plus digne de sa fonction", estime Guislaine David. "Il va falloir calmer la colère des enseignants".

Du côté de la classe politique, la gauche réclame à nouveau la démission du ministre.

"Trop c’est trop. Jean-Michel Blanquer doit démissionner", a réagi la présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale Mathilde Panot dans un tweet.

Le candidat écologiste à la présidentielle Yannick Jadot a évoqué un "niveau de mépris et d’irresponsabilité (qui) n’est pas acceptable". "Le problème ce n’est pas Ibiza, c’est le dilettantisme de ce ministre", "son improvisation, son impréparation", a-t-il estimé.

A droite, Othman Nasrou, vice-président de la Région Île-de-France et porte-parole de la candidate LR à la présidentielle Valérie Pécresse, qui avait demandé un report de la rentrée de janvier, a appelé le ministre à "s’expliquer sur les circonstances et les raisons de ce fiasco".

Face à ces réactions, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal s’est contenté d’assurer que le ministre se trouvait "à sa tâche". "Il y a une règle qui est fixée pour le gouvernement s’agissant des vacances: il faut être joignable en permanence, à sa tâche. Je n’ai aucune raison de penser que ce n’était pas le cas de M. Blanquer", a-t-il souligné.

"Je rappelle que si le protocole sanitaire a été présenté tardivement, c’est que les recommandations du Haut conseil à la santé publique (HCSP) sont arrivées le 31 décembre au soir", a-t-il ajouté.

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