Calais: des militaires s’embourbent après une séance de dérapage, les migrants leur viennent en aide

Des militaires en mission Vigipirate se sont amusés à faire du rodéo en 4X4 auprès d’un camp de migrants. Ils sont restés embourbés avant d’être secourus par ceux qu’ils étaient censés surveiller… Une enquête de l’Armée de Terre est ouverte.

Alain Wolwertz

Scène surréaliste en bordure d’un camp de migrants à Calais: des militaires en mission Vigipirate, dans leur puissant 4X4, se sont amusés à faire une série de dérapages dans la boue. Cette même boue dans laquelle les migrants pataugent au quotidien…

«Vous avez pas des pelles?»

Après plusieurs tours de "piste" en glissade sous les yeux médusés des migrants et… des CRS, le véhicule de l'armée s'est embourbé et est resté coincé dans une profonde ornière. Selon le photo-journaliste Louis Witter, spécialisé dans la couverture de la situation à Calais et qui a immortalisé la scène, une fois sorti du véhicule, fusils d'assaut à la main, les militaires auraient interpellé quelques migrants: "Vous avez pas des pelles?"

Malgré l’appel de renforts d’autres militaires et d’un camion, le 4X4 est resté dans sa fâcheuse position. Les sangles utilisées pour le tracter se déchirant à plusieurs reprises.

Les CRS regardent, les migrants viennent aider

C’est finalement avec l’aide des migrants, dont certains en sandales dans la boue, que les militaires français ont pu dégager leur véhicule. Une scène surréaliste qui, selon Louis Witter, aurait suscité une certaine tension entre les militaires et les CRS. Les premiers reprochant aux seconds de regarder la scène sans donner un coup de main…

Ce dimanche, les photos et vidéos de cette scène ont été largement relayées sur les réseaux sociaux. Notamment en Grande-Bretagne, où les commentaires allaient bon train sur le fait que des militaires s’amusent à faire du rodéo avec l’argent des contribuables britanniques (NDLR: Londres finance une partie des moyens utilisés pour le contrôle des migrants à Calais).

Ce dimanche en fin d’après-midi, l’Armée de terre française a indiqué que le commandement avait déclenché une enquête concernant cette "scène inadmissible".

Cet épisode met surtout en lumière la "déconnexion (avec) le quotidien des migrants", a réagi Nikolaï Posner, coordinateur de la communication pour l’association Utopia 56. "En parallèle, vous avez plusieurs naufrages en mer ce matin, avec 16 enfants revenus trempés" d’un naufrage, souligne-t-il.

Reconnaissant que "ça aurait pu être dangereux", M. Posner estime malgré tout que la scène apporte "un peu d’humain dans un quotidien inhumain".