Un père amputé tient son fils né sans membres: une photo sur l’horreur de la guerre en Syrie primée à Sienne

Le photojournaliste turc Mehmet Aslan a remporté l’édition 2021 du Prix international de la photographie de Sienne. Il raconte les coulisses de ce cliché édifiant, montrant un réfugié syrien et son fils, tous deux marqués dans leur chair par la guerre.

Un père amputé tient son fils né sans membres: une photo sur l’horreur de la guerre en Syrie primée à Sienne
Une scène de complicité entre un père et son fils qui montre toute l’horreur de la guerre. ©Siena Awards - Mehmet Aslan

Un père tient son fils en l’air et ils rient tous les deux. C’est une scène a priori banale... à quelques détails près: le père n’a plus qu’une jambe et le garçon n’a pas de membres. Cette photo bouleversante a été élu «Photo de l’année» à Sienne.

Pris par le photographe turc Mehmet Aslan à la frontière turco-syrienne, ce cliché a été choisi parmi des milliers d’autres entrées par le jury du prestigieux Prix international de la photographie de Sienne, en Italie. La dualité entre l’apparent bonheur familial et les horribles stigmates de la guerre en Syrie a fortement touché le jury.

🏆 𝐒𝐢𝐞𝐧𝐚 𝐈𝐧𝐭𝐞𝐫𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥 𝐏𝐡𝐨𝐭𝐨 𝐀𝐰𝐚𝐫𝐝𝐬 𝟐𝟎𝟐𝟏 𝐏𝐡𝐨𝐭𝐨𝐠𝐫𝐚𝐩𝐡𝐞𝐫 𝐨𝐟 𝐭𝐡𝐞 𝐘𝐞𝐚𝐫 🏆 And the 𝑆𝑖𝑒𝑛𝑎 𝐼𝑛𝑡𝑒𝑟𝑛𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑎𝑙 𝑃ℎ𝑜𝑡𝑜 𝐴𝑤𝑎𝑟𝑑𝑠 2021...

Posted by Siena Awards on Thursday, October 21, 2021

France Info a pu s’entretenir avec le photojournaliste turc, qui a raconté ce qui se cachait derrière cette photo. Le père s’appelle Munzir al-Nazzal et est un réfugié syrien. Il a perdu sa jambe lorsqu’un marché de la ville syrienne d’Idlib, où il faisait ses courses, a été bombardé.

De son côté, Mustafa, son fils de 5 ans, est né sans membres. Il souffre de tétra-amélie, une malformation congénitale rare qui serait le résultat des médicaments que sa mère a pris pendant sa grossesse, après avoir été victime d’une attaque au gaz toxique. La famille s’est réfugiée en Turquie depuis trois ans maintenant.

Cette scène de complicité illustre l’horreur. Elle montre l’un des aspects les plus catastrophiques de la guerre en Syrie.

«Il y a toutes sortes de situations terribles dans le monde. Même cette scène de complicité illustre l’horreur. Elle montre l’un des aspects les plus catastrophiques de la guerre en Syrie», a raconté le photographe à nos confrères de France Info.

Intitulée «Épreuves de la vie», la photo fait référence non seulement aux handicaps physiques du père et de son fils, mais aussi à la recherche compliquée de prothèses électroniques qui pourraient offrir à Mustafa une certaine forme d’indépendance.

«Malheureusement, cela n’existe pas en Turquie. C’est très difficile de s’en procurer, on les trouve seulement en Europe et elles coûtent très cher», regrette Mehmet Aslan.

Le photojournaliste turc espère que cette photo primée aidera la famille dans sa recherche de prothèses.