5 ans de plus: L’Allemagne a sauvé le glyphosate

Jusqu’alors abstentionniste sur le dossier de la prolongation du glyphosate, l’Allemagne a changé d’avis ce lundi, entraînant d’autres États avec elle et une majorité pour une prolongation de 5 ans du glyphosate.

Alain Wolwertz
5 ans de plus: L’Allemagne a sauvé le glyphosate
En Allemagne, les activistes de la Fédération pour la conservation de la nature et de l’environnement avaient mis une forte pression, comme ici lors d’une manifestation devant le Bundestag. Le revirement du gouvernement allemand n’en est que plus ... ©Reporters/DPA

La Commission européenne est donc parvenue à décrocher une majorité d’États membres en faveur d’une prolongation pour cinq ans du glyphosate.

Même si les associations environnementalistes et citoyennes espéraient que la substance phare de Monsanto allait enfin être recalée, cette prolongation n’est qu’une demi-surprise. Par contre, que ce soit l’Allemagne qui ait dénoué ce dossier qui paraissait inextricable en est une entière.

Pour rappel, la prolongation de la licence du glyphosate était suspendue à la recherche d’une double majorité: 55% d’États et un total d’États représentants au moins 65% de la population européenne.

Début novembre, ni l'une ni l'autre n'avait été atteintepuisque seulement 14 pays (représentant 37% de la population) étaient prêts à reprendre quelques louches de Roundup. Blocage donc.

Hier jusqu’en début d’après-midi, les observateurs du dossier pensaient que ce blocage perdurerait jusqu’à la toute dernière limite (le 15 décembre, date d’expiration de la licence). C’était donc sans compter sur le revirement de l’Allemagne: d’abstentionniste, sa position est devenue «pour» une prolongation. Une voix de plus mais surtout un poids démographique (16% de l’UE) qui allait permettre aux patrons de Monsanto de faire sauter les bouchons de Champagne…

Embarquer deux autres États qui étaient abstentionnistes n’était alors plus qu’une formalité, d’autant plus évidente que la Bulgarie et la Roumanie s’étaient abstenues parce qu’elles estimaient qu’une prolongation de 5 ans était… insuffisante. Le poids de l’Allemagne dans le dos, ces deux pays ont donc voté pour ce lundi. La Pologne s’y ajoutant et le Portugal étant finalement le seul abstentionniste du début du mois à conserver cette position.

Greenpeace scandalisé

«On ne s’attendait pas du tout ce que l’autorisation du glyphosate soit renouvelée sans restriction. C’est une décision scandaleuse et dangereuse», réagit Thomas Leroy, porte-parole de Greenpeace Belgique. Cette substance active utilisée dans des herbicides est classée «probablement cancérigène» par un organisme de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), rappelle l’organisation environnementale.

«Les personnes chargées de nous protéger ont échoué. La Commission comme la majorité des États membres ont eu plus peur d’éventuels procès que de bafouer le principe de précaution en acceptant un produit potentiellement dangereux pour la santé des citoyens», s’inquiète Thomas Leroy.

Lundi, les États membres ont choisi à une très courte majorité – 65,7% – d’autoriser sans conditions le renouvellement du glyphosate pour cinq ans. L’Allemagne, qui auparavant s’opposait à la mesure, a notamment fait pencher la balance en votant finalement pour ce renouvellement. Neuf pays, dont la Belgique, ont voté contre et un s’est abstenu.

Nos ministres de l’Environnement déçus

«Une triste décision de l’Europe», juge lundi le ministre wallon de l’Environnement Carlo Di Antonio (cdH). Pour son homologue bruxelloise Céline Fremault (cdH), «l’UE ne tient compte ni de l’opinion des citoyens ni de leur santé.»

Dans un communiqué commun, les ministres se disent «abasourdis par la décision qui vient d’être rendue par l’Union Européenne au sujet du Glyphosate.» Selon eux, «prolonger de 5 ans la licence de ce pesticide sans même entamer le moindre travail ou même un début de réflexion autour de la sortie définitive de ce dangereux produit est tout bonnement incompréhensible et scandaleux en terme de santé publique.»

Céline Fremault et Carlo Di Antonio regrettent aussi «très amèrement» que les préoccupations environnementales et de santé publique «portés intensément et depuis des mois par de nombreux citoyens aux quatre coins de l’Europe» soient «balayés d’un revers de la main».

«Malgré des mois de débats qui ont mis en lumière des éléments scientifiques inquiétants, l’Union Européenne vient de faire la triste démonstration, dans ce dossier emblématique, qu’elle ne tient compte ni de l’opinion de ses citoyens ni de leur santé, c’est interpellant!», estime Céline Fremault.

Pour Carlo Di Antonio: «c’est une triste décision de l’Europe. L’application élémentaire du principe de précaution s’est heurtée à la force de l’industrie phyto. La Belgique a voté contre le renouvellement mais 18 pays ont décidé autrement. J’espère que le fédéral interdira la commercialisation en Belgique.»

L’autorisation de mise sur le marché du glyphosate, une substance active utilisée dans des herbicides, a été renouvelée pour cinq ans lundi après-midi par une majorité d’États membres, a indiqué le cabinet du ministre de l’Agriculture, Denis Ducarme (MR). Celui-ci a également déploré la position adoptée par ses collègues. La Belgique a voté contre le renouvellement.

Le gouvernement bruxellois a validé le 14 avril 2016 l’interdiction de l’utilisation de pesticides contenant du glyphosate. L’interdiction a été validée par le gouvernement wallon le 30 mars 2017.

La Fugea dénonce «l’hypocrisie politique de certains États»

La Fugea, qui dit soutenir la position belge en la matière, dénonce «l’hypocrisie politique de certains États qui préfèrent soutenir la santé économique des multinationales au détriment de celle du citoyen et du respect de notre agriculture.»

Pour la fédération agricole, cette autorisation du glyphosate pour 5 ans «doit absolument être couplée à un engagement citoyen et politique ambitieux d’accompagnement technique et de recherche d’alternatives afin d’être en mesure d’éventuellement mettre un terme définitif au glyphosate, dans 5 ans, sans pénaliser les agriculteurs».

Selon la Fugea, il faut ainsi soutenir d’urgence l’indépendance des fermes face à ce type d’intrants. Certaines filières agricoles sont en effet devenues dépendantes des pesticides en raison des besoins de l’industrie, de la sélection variétale et de la diminution de la main-d’œuvre. «Les grands gagnants de cette dépendance aux pesticides restent les agro-industries chimiques», rappelle la Fugea.

Elle considère par ailleurs que les consommateurs doivent «afficher leur soutien à l’agriculture qu’ils demandent, par leurs choix quotidiens de consommation».

En outre, la Fugea met en garde contre certaines formes d’hypocrisie. «Il est important que la problématique du glyphosate soit prise en compte dans son ensemble à une échelle mondiale. Les mesures de sécurités européennes pour ses citoyens doivent être cohérentes avec la multiplication des traités transatlantiques (Mercosur, etc.). Sans cela, même en interdisant le glyphosate dans 5 ans, les cultures transgéniques et particulièrement le soja, indéniable auxiliaire du glyphosate, continueront d’inonder le marché européen.»

(Réactions recueillies par Belga)

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