Saluts nazis et financement illégal de parti: le très étrange premier cercle de Marine Le Pen

Frédéric Chatillon est un proche et communiquant de la Marine Le Pen. Il est mis en examen dans les affaires du FN et aurait multiplié les saluts nazis dans des réunions avec de vieux copains en commun avec la candidate à l’élection présidentielle.

Rémi MARTIN
Saluts nazis et financement illégal de parti: le très étrange premier cercle de Marine Le Pen
Marine Le Pen se défend d’être le produit d’un parti raciste et nationaliste mais son premier cercle est mis en cause dans un livre. ©AFP

«Marine est au courant de tout». Ce livre écrit par deux journalistes de Marianne et Mediapart, Marine Turchi et Mathias Destal, raconte l’histoire de l’ascension du premier cercle de Marine Le Pen au sein de Front National.

Ce premier cercle a pour origine un syndicat étudiant particulièrement actif dans les milieux d’extrême droite au début des années 1990, le Groupe Union Défense (GUD). Les anciens de ce syndicat, les «gudards», se sont recyclés dans la communication au service du Front National et sont au cœur des enquêtes liés au financement des dernières campagnes électorales du parti d’extrême droite.

L’ancien chef de ce syndicat, Frédéric Chatillon, 49 ans, est un proche de Marine Le Pen. Conseiller et communiquant, il était l’homme de la machine électorale du Front National avant que la justice ne lui interdise de traiter avec le parti frontiste. Sans être dans la lumière, il fait toujours partie du cercle de Marine Le Pen.

Frédéric Chatillon et le GUD: entre saluts nazis, croix gammées et négationnisme

Le GUD, syndicat étudiant d’extrême droite

Frédéric Chatillon répondait en 2016 aux accusations de financement illégal de parti politique devant la caméra de TF1.
Frédéric Chatillon répondait en 2016 aux accusations de financement illégal de parti politique devant la caméra de TF1. ©Capture Facebook — Égalité et Réconciliation

Un nom est à retenir plus que les autres: Frédéric Chatillon. Il est l’origine de la renaissance du GUD au tout début des années 1990 alors qu’il est étudiant à Paris, dans la même promotion qu’une certaine Marine Le Pen, alors étudiante en droit.

Le syndicat d’extrême droite forme, encore aujourd’hui, ses membres à la boxe et au combat de rue mais professe aussi des cours d’histoire, de politique, de communication etc. Concrètement, ils combattent dans les rues leurs ennemis de toujours, ceux qui se font appeler les anti fascistes, d’inspiration extrême gauche mais ne renient pas non plus un passage à tabac d’un noir croisé dans la rue.

Des soirées d’anciens aux allures de réunion néonazie

Dans un extrait vidéo d’Envoyé Spécial de ce jeudi soir publié par Mediapart, Marine Turchi questionne un ancien membre du GUD sur les réunions entre ancien gudards de la génération Chatillon.

L’homme n’hésite pas lorsqu’il est interrogé sur Frédéric Chatillon: «Il ne lui manque que la moustache», comprenez ici celle d’Hitler. Il décrit des amis qui se lâchent lorsqu’ils sont en petit comité: salut nazi, partage de «blagues» négationnistes et antisémites etc. Frédéric Chatillon surnomme même, selon ce témoin, Hitler «Tonton».

Frédéric Chatillon le communiquant: trois mises en examen en lien avec le FN

Riwal, société de communication au service du FN

Un syndicaliste d’extrême droite qui fait des saluts nazis et se bat dans les rues contre l’extrême gauche, rien de bien exceptionnel jusque-là sauf que depuis la prise du pouvoir par Marine Le Pen dans le parti frontiste, Frédéric Chatillon est au cœur du financement et de la communication de la candidate.

Frédéric Chatillon et ses amis gudards ont monté en 1995, lorsque le parti de Jean-Marie Le Pen a conquis quelques mairies, une société de communication, Riwal. Cette société va gérer tout ce qui concerne ces communes frontistes.

Ils se diversifient ensuite, montent une librairie négationniste, planchent globalement sur la communication du FN et finissent, en 2012, lorsque la vieille amie de Frédéric Chatillon, Marine Le Pen, devient la candidate du mouvement à l’élection présidentielle, par gérer de A à Z toute la communication du Front National. Frédéric Chatillon et son équipe organisent les meetings, produisent les tracts et fournissent en outils communication les candidats aux législatives.

Mis en examen pour financement illégal de parti politique

En 2015, les ennuis commencent pour Frédéric Chatillon. Une première mise en examen tombe pour, entre autres, escroquerie et blanchiment d’abus de biens sociaux dans l’affaire du financement illégal de la campagne de Marine Le Pen en 2012 grâce à un système de surfacturation des outils de communication produits par Riwal et remboursés ensuite par l’État.

Il est de nouveau mis en examen pour cette même affaire mais cette fois en son nom propre et pas via sa société Riwal. La justice interdit alors Riwal de traiter avec le Front National. Il perd la main sur la communication et n’apparaît nulle part dans l’organigramme du Front National et jamais en compagnie de Marine Le Pen.

Le «GUD business»

Seulement, Le Monde remarque qu’en octobre dernier, un tract frontiste est imprimé par Riwal, en opposition à l’interdiction de la justice. Depuis, Frédéric Chatillon et Marine Le Pen affirment qu’ils ne travaillent plus ensemble.

Même si Frédéric Chatillon s’est mis personnellement en retrait, ce sont d’autres membres de son cercle d’ancien du GUD qui ont repris le flambeau. Il serait par exemple actionnaire de la société qui a édité le site marine2017.fr contrôlée par un ancien gudard comme lui.