Présidentielle française: la galère de la chasse aux parrainages

Spécificité de la démocratie française, 500 signatures d’élus sont nécessaires pour avoir le droit de concourir officiellement en tant que candidat à l’élection présidentielle. C’est une chasse aux parrainages pour les petits partis. Exemple avec le NPA de Philippe Poutou.

Rémi MARTIN
Présidentielle française: la galère de la chasse aux parrainages
Ce mercredi, il manquait à Philippe Poutou, ouvrier et candidat d’extrême gauche, une quarantaine de parrainages selon lui. Ses militants se démènent sur le terrain pour les trouver. ©AFP

Selon le dernier décompte officiel qui date de ce mardi, il manquerait à Philippe Poutou, le candidat ouvrier d’extrême gauche, 143 parrainages. Il ne reste au Nouveau Parti Anticapitaliste d’Olivier Besancenot et Philippe Poutou que quelques jours pour trouver et acheminer les parrainages manquants.

Concrètement, ce sont des militants bénévoles qui dépensent leur temps et leur argent pour leur candidat. Exemple à Lyon (sud-est) où une vingtaine de bénévoles sillonne les 70 cantons de la région depuis déjà 3 mois. Cela représente environ 500 communes, donc autant de maires à convaincre sans compter les élus départementaux et régionaux et les députés nationaux et européens.

«Depuis janvier, nous essayons d’aller directement dans les mairies ou directement chez les maires pour leur demander de nous soutenir», nous disait le coordinateur local. Le jeune homme qui ne se considère même pas comme un «responsable de parti», explique l’argumentaire déployé pour convaincre les édiles locaux: «Le meilleur argument c’est de leur dire qu’il ne s’agit que d’une formalité administrative pour permettre le bon déroulement de la démocratie».

Les maires des petites communes sont les principales cibles. Souvent non affiliés à un parti politique, ils sont logiquement plus libres pour signer un soutien mais dans la réalité, «on nous dit souvent qu’ils ne veulent parrainer personne, que les politiques sont tous pourris», raconte le militant désabusé.

Second obstacle, tous les parrainages sont publiés sur le site internet du Conseil Constitutionnel qui assure la légalité de l’élection: «À cause de ça, les maires refusent de nous parrainer pour ne pas avoir à se justifier devant leur conseil municipal ou leurs électeurs».

Et même lorsque le maire est convaincu, la galère continue: «Il faut absolument que le papier avec la signature soit dans une enveloppe spéciale. J’ai passé deux heures ce mardi à chercher cette fameuse enveloppe pour l’amener à un maire qui voulait bien signer mais pas faire l’effort de s’occuper de cette enveloppe».

Le NPA arrive à convaincre des maires avec l’argument démocratique, même si les idées que défend le parti de Philippe Poutou et Olivier Besancenot ne leur conviennent pas. D’autres maires le font par simple calcul: «J’ai un maire Les Républicains qui nous soutient alors qu’il combat nos idées et nous déteste mais il a fait le calcul que nous faisions perdre quelques points à la gauche», nous dit le militant lyonnais.

Selon Philippe Poutou lui-même, il aurait réuni ce mercredi 460 parrainages. Il lui reste à peine une journée pour en trouver 40 de plus sachant que la réception du parrainage doit se faire avant jeudi soir 18 heures.

Lorsque la question sur la réussite ou non de la campagne des parrainages est posée au coordinateur lyonnais, le militant est désabusé: «Ma raison me dit que c’est mort mais mon cœur veut y croire. On va se battre. On aura tout tenté».

Tous les cinq ans, la grande chasse aux parrainages recommence pour les petits partis avec peu d’élus comme le NPA. Depuis 2002, le NPA appelé alors LCR, a toujours réussi à présenter un candidat au poste suprême, réunissant même 4% des voix en 2007 et 2002 derrière la candidature d’Olivier Besancenot et 1,15% avec Philippe Poutou en 2012.

L’Union Populaire Républicaine de François Asselineau, Lutte Ouvrière de Nathalie Arthaud, et Nicolas Dupont-Aignan et son parti Debout La France sont les trois petits partis à avoir déjà réussi à valider les 500 parrainages. Le premier cité est candidat pour la première fois. Dupont-Aignan et Arthaud le sont eux pour la deuxième fois. Ils n’avaient pas dépassé les 2% en 2012.