Présidentielle française: ces socialistes qui soutiennent Macron contre Hamon

Bertrand Delanoë a affirmé ce mercredi qu’il voterait pour Emmanuel Macron, plutôt que pour le candidat désigné par son parti, Benoît Hamon. Il n’est pas le premier à faire ce choix et d’autres devraient le suivre, déchirant le PS.

Rémi MARTIN
Présidentielle française: ces socialistes qui soutiennent Macron contre Hamon
Bertrand Delanoë, ancien maire de Paris a annoncé ce mercredi son soutien à Emmanuel Macron, jugeant le programme de son candidat naturel, Benoît Hamon, «dangereux». ©AFP

Emmanuel Macron séduit l’aile droite du PS. Largement battue à la primaire du Parti socialiste, cette tendance, incarnée par Manuel Valls, rechigne à soutenir Benoît Hamon, le candidat désigné par le vote populaire. Certains départs se font dans la discrétion, d’autres avec plus de fracas. Le PS français est-il en train de creuser sa tombe?

Pour Delanoë, le programme de Hamon est «dangereux»

Bertrand Delanoë est le plus récent à avoir ainsi rallié Macron. Ce mercredi il est sorti de sa retraite politique pour annoncer son soutien au candidat du mouvement En Marche.

L’ancien maire de Paris (jusqu’en 2014) s’est montré très sévère avec Benoît Hamon: son programme «est dangereux, parce qu’il ne rassemble pas la gauche. Philosophiquement, il n’est pas en mesure de produire du vrai progrès social».

Il apprécie par contre le programme d’Emmanuel Macron, «le candidat qui se rapproche le plus de mes convictions».

Delanoë avance un autre argument: dresser un front républicain anti-Front National. Il se dit «hanté» par «la possibilité que l’idéologie et les méthodes de l’extrême droite gouvernent la France». Dans cette logique, le vote Macron devient le vote utile pour faire barrage à l’extrême droite.

Les «gros poissons» socialistes ralliés à Macron

Gérard Collomb (à droite), maire de Lyon, la seconde métropole de France, est le premier socialiste à s’être engagé dans la campagne derrière Emmanuel Macron.
Gérard Collomb (à droite), maire de Lyon, la seconde métropole de France, est le premier socialiste à s’être engagé dans la campagne derrière Emmanuel Macron. ©Reporters/Abaca

La liste s'allonge chaque jour. Gérard Collomb, maire de Lyon, 2e agglomération de France et Christophe Caresche, député PS se sont déjà positionnés très clairement en faveur de Macron et font partie intégrante de sa campagne.

Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, Claude Bartolone, président de l'assemblée nationale et Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'état de la francophonie ont déjà donné des signes médiatiques de leur proche ralliement à Macron sans le confirmer pour le moment.

Beaucoup plus taiseux mais ne soutenant sûrement pas le candidat de leur parti, Manuel Valls, Ségolène Royal, ministre de l'Environnement et Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires Étrangères ne se sont pas prononcés mais les médias français les envoient de plus en plus vers le camp Macron. Ségolène Royal serait même l'un des relais du candidat En Marche au sein du gouvernement pourtant socialiste.

Plus de 40 députés vont lâcher officiellement Hamon pour Macron

Plus important, un groupe de députés socialistes a, par erreur, fait fuiter un communiqué prévu pour ce vendredi et qu'a pu se procurer Le Figaro. Ce sont cette fois plus d'une quarantaine de parlementaires qui devraient annoncer officiellement leur ralliement à Macron.

Dans ce document, ils fustigent chez le candidat Hamon «des orientations prenant le contre-pied de la politique que nous n’avions cessé de défendre devant nos électeurs».

Ces députés étaient tous des fervents soutiens d’Emmanuel Macron et de Manuel Valls quand les deux hommes étaient au gouvernement. Caresche, l’homme du PS le plus intégré dans la campagne de Macron, est à l’origine de ce ralliement record.

Hamon ne réagit pas

Hamon, candidat du parti, a mollement réagi aux défections. Il n’a par ailleurs que peu critiqué le programme de Macron. Seules 10 petites minutes étaient réservées à cet exercice lors de son meeting à Marseille de ce mardi.

Aurélie Filippetti, soutien du candidat Hamon, a dénoncé la «trahison» des socialistes ralliés à Macron.
Aurélie Filippetti, soutien du candidat Hamon, a dénoncé la «trahison» des socialistes ralliés à Macron. ©Reporters/Abaca

L’attaque la plus franche vient d’Aurélie Filippetti, frondeuse comme lui et compagne d’Arnaud Montebourg. Elle n’a pas hésité à parler ce mercredi de «trahison» à propos du ralliement de Delanoë à Macron.

L’ancienne ministre de la Culture vient de lancer la première pique contre les socialistes qui se sont mis «En Marche» aux côtés de Macron avant peut-être que Hamon ne s’exprime lui-même sur ce sujet pour essayer colmater les fuites.

Le PS s'enfonce dans la crise

Cette situation est totalement inédite pour le parti de gauche français et est le paroxysme d'une crise qui couvait depuis le virage social libéral de François Hollande en 2014. Ce virage avait provoqué la démission des ministres Hamon et Montebourg remplacés par Macron. La «gauche de gouvernement» avait, dès lors, gouverné sans majorité, une cinquantaine de députés PS ne votant plus toutes les lois.

La popularité du gouvernement étiqueté socialiste n'avait fait que chuter jusqu'aux manifestations massives de printemps 2016 contre une loi portée conjointement par Macron et Valls.

La division au sein du PS s'est accentuée jusqu'à la fracture lorsque la ligne gouvernementale de Valls a perdu contre la ligne frondeuse de Hamon au second tour de la primaire. Apparemment mauvais perdants, les tenants de la ligne Valls ont immédiatement disparu de la campagne socialiste.

Il semble maintenant qu'ils attendaient en fait le bon moment pour définitivement lâcher le candidat choisi par leurs électeurs et se ranger derrière Macron. Le PS perd, dans l'histoire, une partie de ses élus et du gouvernement et peut-être aussi les 830.000 électeurs de Manuel Valls lors de cette primaire.