Attentats de Paris : la France riposte en bombardant l’État islamique

Deux jours après les attentats qui ont frappé sa capitale, la France a riposté dimanche en bombardant massivement Raqa, le fief syrien du groupe jihadiste État islamique (EI) qui avait revendiqué les attaques.

En un coup d'oeil

Six attaques dans Paris et sa proche banlieue ce vendredi soir

Au moins 132 personnes ont été tuées et 352 personnes ont été blessées, selon le dernier bilan dimanche soir.

Deux Liégeois et un Franco-Belge figurent parmi les victimes.

7 terroristes présumés sont morts. Trois d'entre eux sont identifiés.

L'État islamique a revendiqué les attentats.

– Des perquisitions et des arrestations ont eu lieu à Molenbeek. Sept personnes ont été interpellées. Deux des véhicules utilisés par les assaillants ont été loués en Belgique.

– Deux Français ayant résidé à Bruxelles figurent parmi les auteurs des attentats meurtriers de vendredi soir à Paris. Ils sont «décédés sur place».

– La police française a lancé un appel à témoins. Le suspect visé par celui-ci est né en Belgique.

Des chasseurs-bombardiers français ont largué 20 bombes à Raqa, dans le nord de la Syrie, détruisant un poste de commandement et un camp d’entraînement, selon le gouvernement. Douze appareils, dont dix chasseurs, ont été engagés simultanément à partir des Emirats arabes unis et de la Jordanie, une première depuis le début de l’engagement militaire français en Syrie en septembre.

L’opération, coordonnées avec les forces américaines, a été «planifiée sur des sites préalablement identifiés lors des missions de reconnaissance réalisées par la France», a précisé le ministère de la Défense.

Après les attentats, le président français François Hollande avait dénoncé «un acte de guerre», avertissant que son pays serait impitoyable» sur tous les terrains, «intérieur comme extérieur».

Des dépôts d’armes détruits à Raqa

D’après l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), une série de raids probablement menés par des avions français ont détruit dimanche soir un camp d’entraînement et des dépôts d’armes à Raqa.

«Il y a eu au moins 36 explosions dans la nuit à Raqa, certaines causées par des frappes aériennes, d’autres par des explosifs», a indiqué à l’AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH, qui dispose d’un vaste réseau de sources en Syrie.

«Les explosions ont secoué la cité entière. Il y a eu des raids au nord et au sud de Raqa», a ajouté M. Abdel Rahmane, selon qui ces explosions pourraient provenir des raids lancés par des avions de combat français.

Parmi les cibles visés, l’OSDH a cité la «brigade 17», un camp d’entraînement incluant des dépôts d’armes. Le directeur de l’OSDH n’était pas en mesure de fournir un bilan dans l’immédiat.

La France, qui participe depuis un an à la coalition internationale contre l’EI en Irak, a décidé en septembre d’élargir ses opérations à la Syrie.

Recherches en Belgique

Dimanche, la police française a diffusé un appel à témoins pour tenter de localiser Salah Abdeslam, 26 ans, suspecté d’implication dans les attentats. Il est visé par un mandat d’arrêt international émis par la justice belge.

Présenté comme «dangereux», il pourrait être l’un des kamikazes morts samedi ou avoir pris la fuite, selon des sources proches du dossier. Il résidait à Molenbeek, une commune populaire de Bruxelles où sept personnes ont été interpellées depuis les attentats.

«Nous sommes déterminés à agir ensemble […] pour démanteler les filières» de jihadistes, a déclaré le ministre français de l’Intérieur Bernard Cazeneuve à l’issue d’une rencontre dimanche à Paris avec son homologue belge Jan Jambon.

Parmi les nombreux actes d’enquête, une perquisition, dont le résultat n’était pas connu dans la nuit, a été menée dimanche soir à Bobigny, dans la banlieue nord de Paris.

Dans la capitale, les Parisiens ont afflué dimanche, une rose ou une bougie à la main, vers le Bataclan pour rendre hommage aux victimes. Dix mois après les attaques contre le journal satirique Charlie Hebdo et le magasin Hyper Cacher, qui avaient fait 17 morts, la Ville Lumière restait frappée de stupeur devant cette nouvelle vague d’horreur.

Hollande en quête d’unité nationale

Ce lundi, une minute de silence figera toute la France à midi et l’Union européenne a souhaité qu’elle soit aussi respectée dans tous les États membres. François Hollande l’observera à l’université de La Sorbonne, un choix de lieu lié au nombre important de jeunes victimes dans ces attentats. Dans la foulée, le chef de l’État, qui a appelé à l’unité nationale, réunira les deux chambres du Parlement à Versailles – une configuration rare.

Son prédécesseur et rival de droite Nicolas Sarkozy lui a demandé «une inflexion» dans sa politique étrangère et des «modifications drastiques de sa politique de sécurité». Il a ainsi réclamé que toutes les personnes signalées comme radicalisées soient «mises en résidence surveillées» chez elles avec un «bracelet électronique».

La présidente du Front national (extrême droite), Marine Le Pen, à qui les sondages prédisent des victoires aux prochaines régionales en décembre, s’est dite d’accord pour une «union nationale» mais a aussi demandé des «décisions fermes».

Parmi les sept assaillants recensés, tous tués par leur ceinture d’explosifs, les enquêteurs ont identifié trois Français, âgés de 20 à 31 ans. Deux d’entre eux résidaient à Bruxelles, dont l’un à Molenbeek, selon le parquet fédéral belge. Le premier a perpétré l’un des attentats suicide à proximité du Stade de France, l’autre s’est fait exploser boulevard Voltaire dans l’est parisien. Le troisième kamikaze français avait été identifié dès vendredi: il s’agit d’Omar Ismaïl Mostefaï, 29 ans. Il était fiché depuis 2010 pour radicalisation islamiste. Selon une source proche de l’enquête, il fréquentait assidûment la mosquée de Lucé, près de Chartres (centre).

Solidarité internationale

Les enquêteurs poursuivent leurs investigations pour identifier l’ensemble des assaillants. Ils commencent aussi à mettre au jour la logistique des opérations. Deux voitures utilisées par les auteurs des attaques avaient été louées dans la banlieue bruxelloise quelques jours auparavant.

Des Kalachnikov ont été retrouvées dans l’une d’elles, une Seat noire aperçue par des témoins sur les lieux des fusillades contre des bars et abandonnée à Montreuil, dans la banlieue est de Paris.

Une Polo noire avait été auparavant découverte à proximité du Bataclan, théâtre du plus gros bain de sang avec 89 morts.

Les enquêteurs ont aussi mis la main, près du corps d’un kamikaze du Stade de France, sur un passeport syrien au nom d’Ahmad al-Mohammad, 25 ans. Un homme en possession de ce document a été enregistré sur l’île grecque de Leros le 3 octobre avant que sa trace ne soit perdue en Croatie. Son authenticité n’est pas confirmée.

Tout le week-end, les manifestations de solidarité se sont multipliées dans le monde. Les lumières de la fontaine de Trevi et du Colisée à Rome se sont éteintes quelques minutes dimanche soir, en hommage sobre et silencieux aux victimes.

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