Attentats de Paris : ce qu’on ignore encore

Les incertitudes subsistent sur certains détails suite aux attentats perpétrés dans Paris vendredi soir. On les décortique en 5 questions.

Thomas Bernard
Attentats de Paris : ce qu’on ignore encore
FRANCE-UNREST-ATTACK ©AFP

Où se trouve le commanditaire?

Qui est le cerveau des attentats et où se trouve-t-il? Si l'on en croit les derniers éléments de l'enquête, le commanditaire serait Abdelhamid Abaaoud, un Belge originaire de Molenbeek.

L’homme âgé selon les sources de 27, 28 ou 29 ans a déjà fait parler de lui à de nombreuses reprises. Également connu sous le pseudonyme d’Abou Omar al-Baljiki, il a notamment été vu dans une vidéo où il traînait, avec un effrayant sourire, des cadavres accrochés à un pick-up en Syrie.

Lors de l’intervention policière pour démanteler la cellule djihadiste de Verviers, en janvier dernier, Abdelhamid Abaaoud a été présenté comme en étant le cerveau.

Donné mort à plusieurs reprises, il s’est échappé en janvier vers la Syrie. Il est toujours en fuite et demeure introuvable.

Combien d’assaillants?

Daesh, qui a revendiqué les attaques, parle de huit assaillants. Mais la police ne mentionne la mort que de sept personnes. Qui manque? D'autres personnes sont-elles impliquées?

On sait que trois assaillants sont morts au Bataclan (un tué par la police, les deux autres se sont fait exploser), trois kamikazes sont morts près du Stade de France, et un dernier kamikaze s’est fait sauter Boulevard Voltaire.

Sur les sept assaillants morts, cinq ont déjà été identifiés: Samy Amimour, Ahmad Al Mohammad, Bilal Hadfi, Brahim Abdeslam et Omar Ismaïl Mostefaï.

Il reste l’incertitude sur l’équipe de tueurs qui a mené les attaques à la kalachnikov dans les rues de Paris. Combien étaient-ils? Au moins deux, selon les témoignages des rescapés, dont probablement le kamikaze qui s’est fait sauter à 21h53 Boulevard Voltaire juste après la dernière attaque de 21h36 qui a fait 19 morts.

On sait également que Salah Abdeslam (qui fait l'objet d'un avis de recherche) a été contrôlé par la police dans une voiture avec deux autres personnes à bord. L'une a été interceptée à Molenbeek. L'autre court toujours.

Stade de France: a-t-on échappé au pire?

Les trois kamikazes qui se sont fait sauter au Stade du France avaient d'autres projets. Selon les informations du Wall Street Journal, au moins l'un des kamikazes possédait un ticket pour voir le match.

Thierry Braillard, secrétaire d’État aux sports, a confirmé que les assaillants ont «voulu pénétrer dans l’enceinte, mais ils n’ont pas pu». Il ne précise pas si les kamikazes possédaient effectivement un ticket.

Selon le témoignage d'un membre de la sécurité du stade, un des terroristes a essayé de pénétrer dans le stade avec son billet environ 15 minutes après le début de la rencontre, précise le Wall Street Journal. Mais un autre membre de la sécurité a découvert sa ceinture d'explosifs au moment du contrôle et l'a refoulé. C'est à ce moment-là que, tentant de s'échapper, il aurait déclenché l'explosion.

La volonté des tueurs était donc visiblement de se faire sauter au milieu du public, alors que les tribunes étaient pleines pour voir le match France-Allemagne et que le président François Hollande était présent.

Un scénario catastrophe évité, mais qui a tout de même coûté la vie à un passant, proche du kamikaze lors de la première explosion.

D’où provient le passeport syrien retrouvé?

Près du corps d’un des kamikazes du Stade de France, un passeport syrien au nom de Ahmad Al Mohammad a été retrouvé. D’où provient-il?

L’homme portant ce nom avait fait l’objet d’un contrôle en Grèce le 3 octobre, a annoncé lundi le procureur de Paris, avant que sa trace ne soit perdue en Croatie. Il a 25 ans selon les documents et les empreintes digitales prises lors du contrôle en Grèce correspondent à celles du dernier kamikaze du Bataclan.

Mais les hypothèses restent ouvertes sur l'authenticité du document. Véritables papiers? Papiers volés? Papiers falsifiés?

Soit l’homme s’est infiltré parmi les réfugiés. Soit il s’agit d’«une fausse piste» lancée par le groupe État islamique pour «radicaliser» le débat migratoire, comme l’évoque par exemple le ministre allemand de la Justice.

«Nous savons que l’EI (est connu) pour laisser de telles fausses pistes pour politiser et radicaliser la question des réfugiés en Europe», a déclaré Heiko Maas à la chaîne de télévision publique ARD. Il faut «faire preuve d’une très, très grande prudence jusqu’à ce que les choses soient claires», a-t-il ajouté.

«Il n’y a aucun lien prouvé entre le terrorisme et les réfugiés sinon peut-être un seul: les réfugiés fuient en Syrie les mêmes personnes que celles qui sont responsables des attentats à Paris», a-t-il dit.

Le ministre grec de la politique migratoire a fait remarquer que la plupart des attaques terroristes sont menées par des gens qui «sont nés et ont grandi dans des pays occidentaux […], quittent les pays occidentaux avec des passeports occidentaux légaux, vont faire le djihad et reviennent».

Quels liens avec la Belgique?

L'enquête est très vite devenue franco-belge. Les autorités des deux pays ont commencé le travail dès vendredi soir, mettant en lumière les connexions et les réseaux existants en Belgique, notamment dans la commune bruxelloise de Molenbeek.

Parmi les assaillants, deux d'entre eux, des Français, ont résidé à Bruxelles et Molenbeek: Bilal Hadfi (20 ans) et Brahim Abdeslam (31 ans). Un frère de ce dernier, Salah, est recherché, tandis qu'un autre de ses frères a été interpellé.

Ces deux personnes sont soupçonnées d’être en lien avec la cellule djihadiste de Verviers, via Abdelhamid Abaaoud. Le commanditaire des attentats de Paris, qui serait ce même Abdelhamid Abaaoud, est un Belge cerveau de la cellule de Verviers démantelée en janvier dernier. Il a fui en Syrie.

On sait également que deux des véhicules utilisés par les assaillants, une Seat noire et une Polo noire, ont été loués en Belgique par les frères Abdeslam.

Chez nous, huit personnes ont été arrêtées, dont une ce lundi matin, dans une nouvelle opération policière à Molenbeek.

Les attentats ont-ils été fomentés depuis notre pays? Quid des armes fournies?

La Belgique est en tout cas pointée du doigt, alors que notre pays est celui qui compte le plus grand nombre de volontaires partis combattre en Syrie ou en Irak, proportionnellement à sa population.