ATTENTATS DE PARIS | Un dimanche presque comme les autres… et de résistance

De nos envoyés spéciaux. Si tous les musées, les cinémas, les marchés et marchés de Noël ainsi que la Tour Eiffel étaient fermés ce dimanche, les touristes et Parisiens sont malgré tout sortis sans crainte. Mais surtout: ils se sont rendus par milliers devant les lieux des drames pour rendre hommage aux victimes.

Jacques Duchateau

Par mesure de sécurité, les autorités avaient décidé de fermer ce dimanche et jusqu’à nouvel ordre tous les musées, les cinémas, la Tour Eiffel.

Et puis surtout le fameux Marché de Noël des Champs Élysées… qui avait ouvert ses portes le vendredi 13, quelques heures avant les attentats.

Ce qui fait dire à Thierry, qui tient un chalet sur le marché de Noël, que le carnage eût pu être bien pire.

«Vendredi soir, c’était blindé ici. S’ils avaient remonté les Champs en voiture en arrosant la foule, je peux vous dire que ça aurait du dégât».

Son patron, Romain, ne comprend pas trop qu’on ait décidé de fermer tout.

«Pas pour une question d’argent. Ici sur le week-end, je perds 8000 euros. Mais bon, c’est pas ça le souci. Moi je vous parle d’un point de vue républicain. En fermant musées et marchés de Noël, on leur montre qu’on a peur. Avec cette décision, c’est Lepen et Daesh qui se régalent.»

Cela dit, la fermeture des pôles touristiques n’empêchent pas les gens de sortir. Fin de matinée et début d’après-midi, la foule envahissait la plus belle avenue du monde. Comme si de rien n’était. Là, c’est un couple qui fait son jogging. Plus loin un demi-car de touristes chinois.

«Que ce soit fermé ou pas, pour les gens c’est pareil» juge encore Romain. Qui estime même que les mesures de sécurité sont… contre-productives.

«S’il n’y a rien d’ouvert, les gens, ils font quoi? Ils se rassemblent tous sur la plus belle avenue du monde. Du coup, la concentration de gens est plus importante… et c’est plus dangereux.

La Tour Eiffel, malgré tout

Confirmation de cette ambiance étrange où les mesures de sécurité côtoient un sentiment de calme et de «même pas peur»: le Champ de Mars et la Tour Eiffel. Seule la présence de policiers et de militaires en armes ainsi que l’absence de file aux caisses laissent comprendre que tout n’es pas exactement pareil ce dimanche.

«Il y a presque autant de monde sur le Champs de Mars qu’un dimanche normal» constate ce policier. «Les gens n’ont pas peur. Mais à titre personnel, je trouve qu’on aurait aussi dû fermer la plaine. Vous avez vu ce monde? Si ça recommence comme vendredi, ça sera à nouveau le carnage. Faut tout de même pas oublier qu’il y a peut-être encore des terroristes dans la nature, on n’en sait rien».

Sous la Tour Eiffel, à l’ombre d’un soleil exceptionnel qui pousse aussi tout le monde dehors, Yvan, espagnol, se promène tranquille avec sa copine. Les attentats ne l’ont pas refroidi.

«J’avais acheté mes billets pour monter dans la Tour, et aujourd’hui on ne peut pas y aller. Bon, c’est dommage, mais je peux comprendre les mesures de sécurité. Cela dit, je ne me sens pas en danger. Il y a énormément de policiers visibles. ET franchement, je pense même qu’on est plus en sécurité aujourd’hui à Paris que la semaine dernière avant les attentats…»

Un sentiment visiblement partagé par touristes et parisiens. De l’inconscience? Sans doute pas. Tout au plus un sens de la fatalité chez certains. Mais surtout: une furieuse envie commune de montrer aux terroristes qu’ils n’obtiendront pas ce qu’ils veulent: semer la crainte et le chaos.

« Résiste»

Ce dimanche, c'était aussi l'occasion pour des centaines, des milliers de parisiens, de venir rendre hommage aux victimes de ces attentats. « Résiste, prouve que tu existes »… Ils sont plusieurs centaines, sur les marches de la place de la République à Paris. Ils chantent la chanson de France Gall enchaîne avec « Oh happy day », reprennent la Marseillaise, ponctuent cet enthousiasme par une minute de silence, applaudissent à tout va, hurlent en chœur « Tous ensemble »… La place de la République a vibré ce dimanche après-midi, Paris est entré en résistance, dans la bonne humeur. Et c'est certainement une des plus belles réponses à adresser à l'obscurantisme et à ceux qui, dans un garage, dans un appartement, fomentent les prochaines attaques.

Samedi, Paris avait la gueule de bois et fonctionnait au ralenti. « On ne peut pas servir à manger car on n'a pas été livré », explique ce restaurateur.

Dimanche, le soleil a inondé la ville lumière. Les musées, la tour Eiffel, les grands commerces des Champs Élysées étant fermés, la foule s'est déplacée vers les petits quartiers, vers les sites des fusillades. Il fallait voir, tenter de comprendre et expliquer aux plus jeunes pourquoi.

L'avenue Parmentier menant au site de la première attaque avait des allures de piétonnier. Une fleur à la main, le chien en laisse de l'autre, ou avec un enfant sur les épaules, les Parisiens affluaient par centaines pour se recueillir devant le restaurant le Petit Cambodge et le bar le Carillon. Un peu plus bas, face au canal Saint-Martin, les terrasses sont bondées. « C'est comme ça, relativise une serveuse. Il y a du monde, il fait beau. » Du côté du Bataclan, la foule est aussi dense. En ce dimanche au soleil, Paris a rebondi…

Notre vidéo ci-dessous :

+ Prolongez l'info dans L'Avenir de ce lundi 16 novembre 2015.