AUTOUR DU BATACLAN | « On a vu quelqu’un qui s’écroulait »

C’est tout un quartier qui a vécu le massacre du Bataclan. De nombreux riverains et restaurateurs ont accueilli les premiers blessés.

Emmanuel Huet
Jacques Duchateau

Autour du Bataclan et du petit parc situé face à sa façade colorée, tous les commerces, à de très rares exceptions, sont restés fermés ce samedi matin. Le quartier continue à vivre, les gens errent parmi la masse de journalistes dépêchés par les médias des quatre coins de la planète. Au plus près du cordon de sécurité, quelques Parisiens viennent déposer des fleurs, un bouquet. Cette jeune dame, une fleur à la main, profite de son jogging matinal pour fleurir la barrière de protection.

À l'Attitude café, sur le boulevard Voltaire, on était en première ligne hier soir. Derrière le bar, le serveur se limite à peu de commentaires. «Oui, on a accueilli des blessés. Mais on ne fait que répondre à ça depuis hier», lâche-t-il avec un agacement compréhensible.

AUTOUR DU BATACLAN | « On a vu quelqu’un qui s’écroulait »

De l’autre côté du boulevard, au Bistro 55, la sœur du patron se montre un peu plus loquace. Les yeux rougis par l’émotion -

«hier, ça allait. Mais aujourd’hui, c’est le contrecoup».

«Je ne travaillais pas mais j'habite au-dessus.» Au moment où les premiers coups de feu ont fait trembler le quartier, «mon serveur était en train de ranger les tables dehors. On a pensé que c'était des coups de pétards.» Et puis, tout s'est enchaîné. «On a vu quelqu'un qui s'écroulait devant le café d'en-face . On a vu qu'il marchait bizarrement Mon serveur a été voir et il a dit qu'il avait froid et soif. Un des blessés avait une balle dans le genou. Un autre avait une balle dans la jambe, dans le bras et dans le flanc.»

C'est un client du Bistro 55, un ancien pompier, qui a prodigué les premiers soins aux deux victimes. «On a apporté une trousse de secours. Il y avait du sang partout. Mon client a fait un garrot. Puis, la police est arrivée. Mais au moment de la deuxième rafale, elle est partie.»

Autour des victimes qui prenaient la fuite, de nombreux riverains ont ouvert leur porte pour les mettre à l'abri. «Je sais que des gens avaient du monde dans leur cour.» À l'étage, la jeune patronne a recueilli l'ancien pompier: «il était sous le choc».

Parmi les connaissances de la jeune femme, il y a une victime, morte sous les balles des terroristes. Un collègue restaurateur installé quelques dizaines de mètres plus loin. «On s'entend tous bien entre restaurateurs.»

Car ce quartier vit notamment grâce à la salle de spectacle. «Cette salle, elle est trop belle. Elle marche bien: toutes les semaines, il y a des concerts.»

Pourtant en ce vendredi soir, le quartier était plutôt calme. «Quand il y a match ou que Paris joue, il y a moins de monde et ça se ressent.»

Seuls les coups de feu à répétition ont déchiré cette soirée. Face à la station de métro Saint-Ambroise, un riverain est dubitatif face aux grilles verrouillées par une chaîne. «Oui, j'habite là, juste au coin,» affirme-t-il en désignant la salle concert. «Mais je n'ai rien entendu, je dormais. Et ce qui m'intéresse, c'est de savoir si le métro est ouvert, pas de vous faire des commentaires.»