Attentat au Bataclan : la scène rock parisienne sous le choc

En frappant la salle du Bataclan, les terroristes ont touché un des centres névralgiques de la scène culturelle parisienne. Dans les années 80, le post-punk y avait établi ses quartiers. Aujourd’hui, le rock continue fréquemment d’investir l’endroit comme c’était le cas hier. De quoi plonger musiciens et labels parisiens dans un désarroi mêlé de colère.

Thierry Dupiereux
Attentat au Bataclan : la scène rock parisienne sous le choc
petitDSC09983.jpg ©EDA TDF

«C'est complètement l'horreur. Je n'ai pas envie d'en parler ». Froos du label parisien Teenage Menopause, effectivement, n'en dira pas plus. Et on ne le poussera pas à se livrer. Les personnes impliquées dans le rock à Paris ont été violemment touchées par ce qui s'est passé, hier. Les mots viennent difficilement ou pas du tout. La douleur est là.

«C'est la bêtise totale qui s'est exprimée. Je n'éprouve que de l'écœurement ». Brice, clavier et chant dans le groupe Wall of Death, est sous le choc «Je viens d'avoir des amis qui y étaient au téléphone. Ils n'ont rien, heureusement. Mais sur place, tout le monde n'a pas eu cette chance. Mes amis ont vu des morts. C'est horrible ».

«On est tous assommés et tristes » renchérit Mathieu Zub de Blackstrobe. Mais le guitariste n'est pas «hyper chaud » pour s'exprimer sur le sujet «trop tôt » dit-il «il faut rester prudent et mesuré dans nos propos ».

Lorsqu'on demande à Mathieu Zub comment il perçoit cette attaque des terroristes contre la musique et le rock en particulier, il relativise «Je pense qu'ils n'attaquaient pas le rock, ils sont trop déconnectés. Ils cherchaient juste un endroit facile d'accès et bondé de gens ». Cette discussion via Facebook se passe juste avant la revendication de Daesh qui précisera ses sinistres critères de sélection définissant dans son communiqué le Bataclan comme un lieu «où étaient rassemblées des centaines d'idolâtres dans une fête de la perversité ».

Brice ne revient pas des termes utilisés «encore une fois, c'est d'une bêtise totale. C'est affligeant. Et ça ne va pas aller en s'arrangeant ». Comme beaucoup, le musicien est effrayé par ce qu'il voit circuler sur Facebook. «Tous ces amalgames, cette haine, voilà à quoi amènent de tels actes. C'est juste l'horreur ». Cet effet d'emballement est craint aussi du côté de Mathieu, «mon avis est qu'il n'y a pas besoin d'être des milliers de djihadistes pour faire un carnage, mais j ai peur que la population pense être cernée par ces fous. Et que cela entraîne dès réactions démesurées, spontanées, inappropriées ».