Europe : le FN proche d’un groupe parlementaire

Marine Le Pen et le FN pourraient disposer d’un groupe au Parlement européen. Elle serait parvenue à convaincre 19 élus d’autres pays.

Emmanuel Huet
Europe : le FN proche d’un groupe parlementaire
FRANCE2014-VOTE-FN-LE PEN ©AFP

Forte d’un succès écrasant aux élections européennes, Marine Le Pen caressait le doux espoir de constituer un groupe au sein du Parlement européen. Les conditions: rassembler au moins 25 élus (le FN en compte déjà 24 en France sur les 74) représentant au moins 7 pays. Date butoir: le 24 juin. Et il semblerait que l’élue FN soit en passe de réussir son pari. Qui la rejoindrait? Le Vlaams Belang belge (1 élu), la Ligue du nord italienne (5 élus), le Partij voor vrijheid aux Pays-Bas (4 élus), le FPÖ autrichien (4 élus), le KNP polonais (4 élus) ainsi qu’un élu polonais. Avec 43 membres, le nouveau groupe dépasserait largement le quota requis mais serait aussi très fragile. Si l’élu belge ou polonais décidait de se rétracter, le groupe serait dissous.

Le FN français rassemblerait ainsi une kyrielle de partis jugés liés de près ou de loin à l’extrême droite, et surtout profondément eurosceptiques.

Le FN version Marine se veut nettement plus «politiquement correct». Le message passe moins lorsque son père, le président honoraire du FN, émet des déclarations fracassantes où il estime qu’on pourrait faire «une bonne fournée» avec les artistes qui s’opposent au FN (et parmi eux, Patrick Bruel, de confession juive).

Cette sortie paternelle, condamnée par Marine, met en danger sa volonté de constituer un groupe parlementaire européen. Si les partis susceptibles de rallier ce groupe s’estiment en phase avec le FN, ce type de propos nauséeux pourrait crisper les négociations.

Les intérêts de se constituer en groupe sont nombreux. Le groupe gagne sur plusieurs plans: en visibilité, en poids au sein de l’assemblée et en moyens financiers. Mais le groupe ne peut être constitué uniquement de manière technique. Il faut une convergence d’idées et une déclaration commune des partis. Chaque année, le Parlement réévaluera si ces critères, comme celui du nombre de mandataires et d’États, sont toujours respectés.

Des moyens pour le groupe

Un groupe parlementaire constitué peut ainsi prétendre aux postes clés. Pour les répartir, le Parlement européen fonctionne selon un principe bien connu des partis belges: celui de la clé d'Hondt. Cela va de la présidence du Parlement et des 14 vice-présidences qui constituent le bureau. Mais aussi les présidences de groupe, celles des 20 commissions parlementaires… Dans les matières traitées, les groupes se partagent aussi le «lead» des rapports de commissions via un système de points: «plus grand est le groupe, plus il dispose de points pour acheter des rapports importants», analyse une proche du Parlement. C'est ainsi que les matières économiques échappent souvent au front de gauche GUE. Et que les matières liées à l'immigration devraient échapper au groupe de Marine Le Pen. «Être en groupe, c'est déterminant. Cela apporte plus de droit de parole, la possibilité de déposer des amendements. Oui, c'est déterminant .»

Le groupe bénéficiera également d'un soutien plus appuyé en logistique (impression, interprétariat…). «Être en groupe donne accès à des moyens plus importants.»

On comprend mieux l’intérêt de Marine Le Pen à batailler pour convaincre les élus à rallier sa cause. De là à former un groupe cohérent…