« Si c’est l’extrême droite américaine, l’enquête sera rapide »

Le spécialiste du terrorisme Claude Moniquet a passé la nuit à tenter d’analyser les premiers éléments de l’attentat de Boston. Alors, piste islamiste ou extrême droite américaine?

Interview : Pascale SERRET
« Si c’est l’extrême droite américaine, l’enquête sera rapide »
Marathon Extended Security ©Associated Press/Reporters

Claude Moniquet (Centre européen pour le renseignement stratégique et la sécurité), que peut-on déjà dire à ce stade sur l’attentat de Boston ? Peut-on y voir la signature des islamistes ? Ou celle d’un autre groupe terroriste ?

Il y a en effet deux pistes en ce moment. Celle des islamistes et celle de l’extrême droite américaine. Les éléments vont dans les deux sens. Le muticiblage, à savoir des bombes qui explosent en peu de temps en plusieurs endroits et qui visent la foule, c’est plutôt la marque d’Al Qaida ou des groupes qui y sont associés. Mais le type d’explosifs, à savoir les «pipe bombs», ces tuyaux sciés, bourrés de poudre et bouchés aux extrémités, ça ressemble davantage aux groupes d’extrême droite américains.

Qui, eux, ne visent jamais la foule ?

En effet. Les cibles habituelles de l’extrême droite sont plutôt liées à des bâtiments officiels, qui symbolisent le gouvernement, l’État. Mais chaque groupe apprend des autres et peut s’en inspirer aussi. Ils ont pu se dire que le multiciblage était une bonne idée.

Quels sont les éléments qui permettraient de pencher plus pour l’un que pour l’autre ?

L’analyse du système de mise à feu sera déterminante. Face à une bombe, on doit en effet se baser sur trois éléments: le mode de fabrication, le type d’explosifs et le système de mise à feu. Il y aura aussi évidemment les vidéos de surveillance, qui sont partout aux États-Unis. La police est en train de les exploiter en ce moment. Et puis, les services de renseignements vont aussi amener des informations, bien sûr. Un étudiant saoudien a été interrogé par la police. Mais au terme de l’interrogatoire, il a été dit qu’il n’y avait pas de raison de le suspecter.

Il a fallu beaucoup de monde pour organiser cet attentat, selon vous ?

Au moins deux ou trois personnes.

Le fait qu’il n’y ait pas eu de revendication, est-ce en soi un indice ?

L’extrême droite ne revendique pas ses attentats. Mais ce n’est pas non plus la culture des islamistes. En tout cas, pas dans l’immédiat. Pour les attentats du 11septembre ou ceux de Londres, les revendications ne sont venues que des mois plus tard. Et souvent de façon incidente.

En Belgique, l’Ocam (organe de coordination pour l’analyse de la menace) a décidé de ne pas modifier le niveau d’alerte. Est-ce que ça dépend du diagnostic qui sera fait aux États-Unis sur le type d’attentat ?

Oui, je pense que ça va dépendre de ça. Il y aura une concertation avec les États-Unis et aussi entre pays européens. Si c’est l’extrême droite américaine qui est derrière ces bombes, il n’y a pas de raison de changer quoi que ce soit chez nous. Si c’est la piste islamiste, sans doute que oui. Et si c’est l’extrême droite américaine, alors, il est probable que l’enquête sera assez rapide.

Pourquoi ?

Parce que ce sont des milieux bien connus des services de sécurité. Et c’est aussi un milieu où les gens parlent beaucoup.

On avait un peu oublié que des attentats pouvaient se produire sur le sol américain ?

C’est une piqûre de rappel pour les États-Unis, en tout cas. Ça peut arriver, même dans un événement ultra-sécurisé comme le marathon de Boston.

Malgré ça, on ne pourra jamais garantir une sécurité absolue…

Non. Mais ça permet de réduire les risques et les conséquences d’un attentat. Ainsi, pour Boston, toutes les voitures avaient été dégagées du parcours. On ne pouvait donc pas utiliser de véhicule piégé, qui aurait fait bien plus de victimes. On a installé des bombes de petit format à la place. Ceci dit, même 3 morts, c’est encore beaucoup trop… Mais la sécurité à 100%, c’est impossible.