Arafat, le retour

Alors que les tensions entre Palestiniens et Israéliens restent vives, voilà que le nom de Yasser Arafat revient dans l’actualité. C’est un peu comme si l’ancien dirigeant palestinien décédé en 2004 dans un hôpital parisien s’offrait une incursion dans le monde des vivants pour venir compliquer une situation déjà bien tendue. Mardi, des experts français, suisses et russes vont exhumer sa dépouille qui est

Arafat, le retour
Thierry Dupiereux ©EDA - Jacques Duchateau

enterrée dans un mausolée situé dans l’enceinte de la fameuse Mouqataa, le siège de la présidence de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie. Ce sera dans le cadre d’une information judiciaire lancée en août dernier, en France. La veuve de Yasser Arafat affirme que son mari a été assassiné. Pointés du doigt, les Israéliens qui se seraient débarrassés de ce symbole vivant palestinien en utilisant du polonium, une substance radioactive hautement toxique. On aurait retrouvé des traces de celle-ci sur les effets personnels du leader palestinien. Ce nouvel épisode des accrochages incessants entre Palestiniens et Israéliens est emblématique. L’historique entre ces deux peuples est fait de haine et de rancœurs, d’amertumes et de regrets. Le contexte est tellement passionnel qu’on peut se poser une question: le fait de savoir que Yasser Arafat a été assassiné changera-t-il quelque chose? Pas sûr. Pour beaucoup de Palestiniens, il est clair que Yasser Arafat a été tué par leurs éternels ennemis. Des indices écartant la thèse de l’empoisonnement ne prouveront rien. L’inverse ne fera que confirmer une conviction. Pas plus, pas moins. Cela dit, savoir que Yasser Arafat a été empoisonné est une chose, découvrir qui est responsable en est une autre. Ainsi, dans l’hypothèse d’un meurtre, une autre piste est évoquée. Celle d’un règlement de compte au sein de la mouvance palestinienne. Il est question de lutte de pouvoir. Ce n’est donc pas seulement le vieux dirigeant palestinien qui ressuscite le temps d’une polémique judiciaire, mais bien la personnalité controversée d’un leader qui fut aussi bien apprécié que haï, y compris dans son propre camp. En clair, même mort, Arafat divise et dérange. Cette exhumation un peu glauque en est la dernière preuve en date. Symbolique, certes, mais terriblement sensible et sujette à dérapages.