Meurtrière escalade entre Israël et le Hamas

Palestiniens et Israéliens comptent leurs morts. Les violences s’intensifient. Israël se prépare à entrer dans la bande de Gaza.

Interview : Catherine Dehay
Meurtrière escalade entre Israël et le Hamas
TOPSHOTS-PALESTINIAN-ISRAEL-GAZA-CONFLICT ©AFP

Bombardements contre tirs de roquettes, mouvements de troupes à la frontière israélienne… Malgré la visite du Premier ministre égyptien dans la bande de Gaza, vendredi, le conflit s’intensifie. Pour la première fois, le Hamas a frappé Jérusalem. L’armée israélienne a commencé à mobiliser 16 000 réservistes en vue d’une intervention terrestre. Et nul ne sait où s’arrêtera l’escalade, dans une région particulièrement instable.

Michel Liègeois, vous êtes spécialiste du monde arabe à l’UCL, que veut Israël: la chute du Hamas ou seulement se protéger ?

Renverser le Hamas me paraît un peu compliqué vu son implantation diffuse au cœur de la société de la bande de Gaza. L’intervention israélienne a d’abord une fonction de défense et de protection. L’opération ne vise pas à annihiler le Hamas ni même à réoccuper la bande de Gaza. Il s’agit d’affaiblir les capacités militaires et politiques du Hamas pour être tranquille quelque temps.

Une nouvelle guerre pourrait aider à débloquer le processus de paix israélo-palestinien ?

C’est plutôt une stratégie qui vise à perpétuer un statu quo, le blocage des négociations.

Cette situation convient à la majorité actuellement au pouvoir en Israël qui pourrait être reconduite aux prochaines élections. Cette majorité n’est pas favorable à une solution négociée ni à une solution à plusieurs États.

Et le Hamas, pourrait-il un jour négocier avec Israël ?

Le Hamas n’est pas une entité tout à fait homogène. Certains n’entendent que la lutte armée, d’autres envisagent éventuellement une solution négociée.

Le choix de Netanyahu d’intervenir est-il lié aux prochaines élections du 22janvier ?

Cela a probablement joué. Mais on voit mal, même en période non électorale, comment un gouvernement israélien, quel qu’il soit, pourrait rester sans réagir dès lors que son territoire est visé par des tirs de roquettes. Mais le type de stratégie mis en œuvre, l’ampleur de la riposte peuvent en partie être influencé par la situation préélectorale.

La donne dans la région a changé avec le Printemps arabe. Quel est le rôle de l’Égypteoù les Frères musulmans ont pris le pouvoir ?

L’Égypte a toujours joué un rôle d’apaisement et avait réussi à se positionner comme une sorte de médiateur acceptable par les deux parties. Maintenant les choses sont beaucoup plus complexes.

Pourquoi ?

Il y a un double enjeu pour l’Égypte. Au niveau international, l’Égypte n’a certainement pas intérêt à mettre le feu aux poudres. Elle a plutôt intérêt à calmer le jeu et à favoriser une solution négociée. Au niveau interne, dans la nouvelle dynamique égyptienne, on ne peut pas imaginer un gouvernement qui ne soit pas clairement aux côtés des Palestiniens.

C’est une situation extrêmement délicate qui ne laisse pas beaucoup de marge de manœuvre, mais où l’Égypte peut aussi tirer pas mal de dividendes diplomatiques à la fois en gagnant du crédit en terme de soutien à la cause palestinienne, en terme de rôle de leader du monde arabe, tout en gardant des contacts corrects avec Washington.

Israël est sur deux fronts, Gaza et la Syrie...

C’est plutôt une bonne chose pour Israël d’avoir ce voisin, autrefois assez puissant, finalement réduit à l’impuissance pour un certain temps. Cette situation donne à l’État hébreu l’opportunité de s’engager dans une opération militaire à Gaza sans avoir aucune crainte d’une action syrienne.¦