Proximus supprime brutalement une famille d’abonnements

L’ancien Belgacom retire de son catalogue les abonnements mobiles et le packs Epic. Le cœur du problème : l’usage illimité des applications des réseaux sociaux, de streaming musical et de streaming vidéo.

Georges Lekeu
Publicité Proximus Epic
Enterrée le 1er juillet 2022, la gamme Epic de Proximus visait tout particulièrement les 18/35 ans.

Proximus a euthanasié en toute discrétion une famille d’abonnements et de packs en Belgique. Dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 2022, l’opérateur a retiré de son catalogue et de son site web toute la gamme Epic. C’est la fin d’une aventure longue de quatre ans. C’est aussi une réponse radicale à une exigence de l’IBPT (Institut belge des services postaux et des télécommunications). Explications.

Le 25 juin 2018, Proximus lance en grande pompe les abonnements mobiles Epic (Epic stories, Epic beats). La cible : les « millenials », les 18/35 ans. Le principe : l’utilisation illimitée des réseaux sociaux (Epic stories) et du streaming musical (Epic beats). Concrètement, ces formules ignorent la data (3G/4G) consommée par toute une série d’applications triées sur le volet (WhatsApp, Facebook, Snapchat, Twitter, Spotify…).

Le 29 mars 2019, l’ancien Belgacom enfonce le clou et complète la famille Epic avec le pack Epic combo (Internet à la maison, TV, mobile). Dans cette combinaison, il devient possible de regarder Netflix, Proximus TV ou encore YouTube en 3G/4G sans toucher à son forfait mensuel de data.

La remise en cause « zero-rating »

En sélectionnant arbitrairement des applications dont l’usage n’affecte pas le volume mensuel de data, Proximus fait à l’époque ce que l’on appelle dans le jargon des télécoms du « zero-rating ». Or cette pratique va à l’encontre du principe de la neutralité du Net, estime depuis septembre 2021 la Cour de justice européenne. L’argument déployé : c’est une pratique discriminatoire.

Pour le formuler autrement, en exonérant de data certaines applications, Proximus bafoue cette neutralité en accordant une position privilégiée à certains acteurs, au détriment de leurs concurrents qui sont dès lors discriminés.

Pour le dire plus simplement encore : un client Epic est incité à utiliser WhatsApp comme messagerie instantanée plutôt qu’un concurrent comme Telegram dont l’application consommera de la data.

L’IBPT dialogue et surveille

Depuis les arrêts de la Cour de justice européenne, l’IBPT (Institut belge des services postaux et des télécommunications) entretient des contacts informels avec Proximus, Orange et Base concernant leurs offres de « zero-rating ».

En ligne de mire : « (…) sonder leurs plans de transformation (visant de faire en sorte que les offres soient conformes à l’interprétation donnée par la Cour de justice) et les délais d’exécution de ces plans », dixit l’IBPT dans son dernier rapport relatif à la surveillance exercée sur la neutralité de l’internet en Belgique

Bref, l’IBPT veille et vérifie que les opérateurs mobiles s’occupent d’éliminer les dernières traces de « zero-rating » dans leurs abonnements anciens (Base, Orange) mais aussi actuels (Proximus). Même si Proximus n’a pas répondu à nos sollicitations, il semble évident que la suppression soudaine des abonnements Epic soit une réponse brutale et radicale à cette obligation de mettre fin à cette pratique.