Vols annulés ce week-end: pagaille pour les clients Ryanair

La CNE ayant annoncé une grève du personnel belge pour ce week-end, Ryanair a annulé près de la moitié des vols de la compagnie à Zaventem et à l’aéroport de Charleroi. Il est conseillé aux clients de se renseigner.

 Seuls les sols opérés par le personnel belge sont cloués au sol. Photo: Daniel Karmann/dpa
Seuls les sols opérés par le personnel belge sont cloués au sol. Photo: Daniel Karmann/dpa ©Daniel Karmann/dpa
Jean-Christophe HERMINAIRE

C’était la pagaille, et l’incertitude, ce jeudi pour les clients de Ryanair, après l’annonce par la compagnie irlandaise de l’annulation, ce week-end des 22, 23 et 24 avril, d’une bonne moitié des vols prévus aux aéroports de Charleroi et de Zaventem. "A quel jeu jouent-ils? Jusqu’ici, ils n’ont annulé que les vols pour vendredi mais ils ont maintenu ceux de samedi et de dimanche.On peut toujours réserver" , soulignait ce matin Didier Lebbe, permanent de la CNE. Ryanair parle, de son côté, d’une "grève prématurée et inutile" et affirme que "tous les clients concernés sont avertis par e-mail, et informés des options qui s’offrent à eux, comme le changement de vol ou le remboursement."

La moitié des vols programmés vendredi au départ de Brussels South Charleroi Airport sont annulés, soit 40 vols sur 80 toutes compagnies confondues, a annoncé l’aéroport. Quelque 6500 voyageurs sont concernés par ces annulations. Il s’agit des vols assurés par les avions de la compagnie basés à Charleroi, en partance notamment vers Bergame, Naples, Porto, Marseille, Manchester ou encore Lisbonne. L’aéroport n’est pas encore en mesure de déterminer combien de vols seront supprimés samedi et dimanche, Ryanair annulant ses vols "petit à petit", en fonction sans doute des possibilités de retour. Les vols à destination de Charleroi ne seront par contre pas perturbés vendredi.

Le syndicat chrétien avait annoncé, dans les délais impartis, une grève de trois jours du personnel de cabine, qui doit clouer au sol tous les vols opérés par des travailleurs des bases belges (Ryanair en emploie 650), soit une quinzaine d’avions.Bien que le mouvement de colère soit européen, souligne la CNE, les vols opérés de l’extérieur mais atterrissant ou partant de Bruxelles ou Charleroi ne sont pas concernés par la grève. "Les actions européennes vont sans doute venir.Une réunion est prévue" , explique Didier Lebbe.Le syndicat chrétien reproche à la compagnie de ne pas appliquer les conventions belges comme elle s’y était engagé "depuis 3 ans" .

«Pas le salaire minimum»

"C’est la loi.Et la loi ne se négocie pas, elle s’applique" , tonne le permanent syndicat. "La plupart des gens n’ont même pas le salaire minimum" , dit-il. "Quand on est malade une semaine, et bien on n’est pas payé, ou alors le mois suivant et en réclamant.Durant le chômage économique, ils ont très mal renseigné l’ONSS, ce qui a entraîné de nombreux problèmes."

La CNE réclame "un DRH" belge" , et non un seul directeur des ressources humaines pour les 82 bases d’où opère la compagnie irlandaise. "Tout est géré depuis Dublin.Le rôle de DRH est rempli par la délégation syndicale et l’ONSS qui s’emploie à remettre les dossiers en ordre" , illustre Didier Lebbe. Autre sujet de mécontentement dénoncé: "On demande de l’eau pour le personnel à bord et ils refusent en invoquant des problèmes de logistique".

"Au lieu de profiter de l’accalmie liée aux confinements pour régler la situation précaire de ses travailleurs, Ryanair a profité de la crise pour faire pression sur ses travailleurs via un usage abusif de la Loi Renault, pour les obliger à accepter des salaires inférieurs au minimum légal, qu’ils ne paient pas toujours correctement" , dénonce la CNE. "Maintenant que les activités reprennent, la compagnie se cache derrière la guerre en Ukraine et la hausse des prix de l’énergie pour demander à son personnel de faire "des efforts".

«Ryanair est disponible pour négocier»

Ryanair conteste, et affirme "respecter pleinement le droit belge du travail, des assurances sociales et de la fiscalité" .Des négociations sur une nouvelle Convention collective de Travail pour le personnel de cabine avaient débuté l’an dernier, mais une dernière réunion avait échoué le 15 avril. "Le syndicat n’a fait aucune tentative de négociation, mais a lancé une action de grève inutile" , déplore la compagnie. "Il est incroyablement frustrant que la CNE ait continuellement rejeté les offres de médiation et semble vouloir causer des perturbations injustifiées à des milliers de clients de Ryanair ce week-end" , accusait Darell Hugues, directeur du personnel de Ryanair, disant "rester disponible pour des négociations" .

La grève du personnel de cabine Ryanair basé en Belgique, prévue de vendredi à dimanche, est "irresponsable" et met en difficulté les négociations à propos de la nouvelle convention collective sur les salaires et les primes, regrette jeudi Eddie Wilson, le CEO de la compagnie Ryanair (et non du groupe, dirigé par Michael O’Leary). Le CEO indique avoir tout tenté pour obtenir un accord lors de la dernière médiation de vendredi dernier mais n’avoir reçu aucune réponse des syndicats aux propositions de la compagnie. "Ils nous ont dit qu’ils voulaient nous donner une leçon. Malheureusement, ils ne donneront pas une leçon à Ryanair mais aux passagers" , explique-t-il.

Du côté des syndicats (CNE et ACV Puls flamand), on rétorque au contraire "avoir utilisé tous les moyens pour les obliger à négocier avec nous, et finalement ils commencent à paniquer quand le préavis est lancé" , note Didier Lebbe. "A un moment, il faudra se remettre autour de la table mais alors qu’ils viennent avec des propositions sérieuses. Leur modèle de gestion du personnel arrive à son terme."

Il est conseillé aux clients qui ont prévu de voyager avec Ryanair ce week-end de bien vérifier le statut de leur vol sur l’application de la compagnie "low cost", qui ne dispose pas de bureaux contactables.Même si le message des annulations est relayé, ce n’est pas toujours évident d’y voir clair sur le site internet de la compagnie.Au cas où le vol serait annulé, l’opérateur aérien est dans l’obligation de proposer un vol alternatif à la date la plus rapprochée.Si le client n’est pas satisfait de cette proposition, il peut réclamer le remboursement de son biller, mais aussi une indemnisation allant de 250 à 600 €, selon la distance.