Le toreke : un petit plus qui fait du bien

Dans le quartier du Rabot, à Gand, une monnaie complémentaire agrémente le revenu des habitants :le «toreke».

Amélie Deconninck
Le toreke : un petit plus qui fait du bien
Belgodyssée toreke Gand ©Amélie Deconninck

Situé dans la partie nord de Gand, Rabot-Blaisantvest est économiquement le quartier le plus pauvre de la ville. Dans une volonté de le rendre plus agréable à vivre, un nouveau projet a vu le jour, «Bruggen naar Rabot». Financé par la Ville de Gand et divers partenaires, il comporte différents volets, dont la création d’une monnaie complémentaire en 2010: le «toreke». Initié par la commune, ce qui devait faire l’objet d’une expérience d’un an s’est aujourd’hui développé en une véritable économie locale.

Un complément au salaire

Implanté en plein cœur du quartier, le Torekesloket est une sorte de banque. Là, les habitants peuvent acheter des choses spécifiques comme des tickets de métro ou des lampes économiques. Ellen Bettens y travaille de temps à autre comme volontaire. Elle insiste sur le fait que «le " toreke " doit se gagner, soit en travaillant sur le site du Rabot, soit en participant aux activités d'embellissement ou d'entretien du quartier».

De cette manière, un habitant peut, par exemple, gagner dix «torekes» (équivalents à un euro) en posant un bac à fleurs sur le rebord de sa fenêtre, côté rue. Travailler sur le site dans les jardins communautaires ou peindre la façade de sa maison pour donner de la couleur à la rue permet également d'acquérir cette monnaie. Pour ces habitants, «il est important d'avoir le choix de dépenser les " torekes " plutôt que les euros», insiste-t-elle.

À l'origine, le but de l'initiative était de renforcer la cohésion sociale. Aujourd'hui, avec la crise, le gain de «torekes» «est réellement devenu une nécessité pour les personnes qui ne parviennent pas à s'en sortir avec leur salaire», confie-t-elle.

Les commerçants participent

Comme de nombreux commerçants du quartier, Osman et sa femme ont adhéré au projet. Depuis deux ans, ils acceptent les «torekes» au sein de leur établissement. «Au début, personne ne payait réellement avec cette alternative économique, mais aujourd'hui, c'est très différent. Tous les jours, des habitants viennent acheter des fruits et des légumes frais grâce au " toreke "», explique la commerçante. Même s'ils pensent que l'initiative est très bonne, les marchands fixent néanmoins des limites. «Certaines personnes viennent ici uniquement pour acheter des cigarettes ou de l'alcool. Dans ce cas, nous n'acceptons pas le " toreke ", car nous considérons qu'il doit aider les gens qui en ont réellement besoin et leur permettre d'acheter les choses de première nécessité», enchaîne-t-elle.

Une fois les «torekes» obtenus, les commerçants peuvent facilement les échanger contre des euros via le Torekesloket. Cette initiative ne leur coûte donc rien, mais leur rapporte le plaisir d’aider les personnes les plus nécessiteuses, pour qui cette alternative économique est un vrai plus. Voilà qui confirme également tout le bien-fondé de la démarche.