Procès des attentats de Bruxelles: les enquêteurs retracent la fuite de "l'homme au chapeau" depuis l'aéroport de Zaventem

Les enquêteurs ont retracé jeudi, devant la cour d'assises du procès des attentats à Bruxelles, la fuite de Mohamed Abrini, connu à ce moment-là comme "l'homme au chapeau", depuis l'aéroport jusqu'au boulevard du Jardin botanique à Bruxelles.

Belga
<p>Image d'une caméra de surveillance, diffusée par la police fédérale belge le 22 mars 2016, de Mohamed Abrini (d), l'homme au chapeau, et de deux autres suspects à l'aéroport international de Bruxelles-Zaventem le matin des attentats jihadistes dans la capitale belge</p>
Image d'une caméra de surveillance, diffusée par la police fédérale belge le 22 mars 2016, de Mohamed Abrini (d), l'homme au chapeau, et de deux autres suspects à l'aéroport international de Bruxelles-Zaventem le matin des attentats jihadistes dans la capitale belge ©BELGIAN FEDERAL POLICE/AFP/Archives

Grâce à un "travail de fourmi" qui impliquait notamment de localiser les caméras de surveillance qui auraient pu filmer l'homme en fuite et d'en analyser les images, les enquêteurs ont pu retracer le chemin suivi par le suspect.

Sur les images diffusées devant la cour, on voit Mohamed Abrini quitter le hall des départs à 07h59 via un parking. Il quitte l'enceinte de l'aéroport à 08h11 et traverse plusieurs routes en direction du centre de Zaventem. Il sort du champ des caméras de surveillance à 08h13.

Grâce à l'appel d'un témoin qui affirme avoir vu l'homme au chapeau sur la chaussée de Louvain alors qu'il passait devant une centrale de pneu, les enquêteurs retrouveront la piste de l'homme au chapeau qui se dirige vers la place Meiser. Les caméras le captent vers 09h15 sans la veste claire qu'il portait à l'aéroport.

Le 28 mars, soit six jours après les attentats, l'analyse des images permet de retrouver sa trace à Schaerbeek, au carrefour entre l'avenue de la Brabançonne et la rue du Noyer, à 09h50. À ce moment-là les enquêteurs le perdent de vue et sont contraints d'analyser les images de toutes les caméras de surveillance environnantes pour le localiser de nouveau à Saint-Josse-ten-Noode à 10h01 alors qu'il se dirige vers la place Rogier via le boulevard du Jardin botanique où on perd définitivement sa trace à 10h15.

Un avis de recherche sera lancé dans les médias et une enquête de voisinage sera menée mais ni l'un ni l'autre ne déboucheront sur une piste. Mohamed Abrini sera finalement arrêté le 8 avril chaussée de Mons alors qu'il se dirige vers le domicile de Hervé Bayingana Muhirwa.

Des recherches seront effectués les 24 et 29 mars et une autre enquête de voisinage sera menée le 2 avril à Zaventem centre afin de retrouver la veste dont le fuyard s'était débarrassé mais celle-ci ne sera jamais retrouvée. Mohamed Abrini affirmera l'avoir jetée dans une poubelle. Deux chapeaux semblables a celui qu'il portait ont également été découverts, mais l'enquête montrera qu'il ne pouvait s'agir de son chapeau.

Certaines images montrant l'homme en train de téléphoner, une enquête de téléphonie sera effectuée, mais ne débouchera sur rien de probant. Abrini expliquera lors d'un interrogatoire qu'il faisait semblant de téléphoner pour masquer son visage.


Les enquêteurs font parler les caméras de surveillance et la téléphonie

Les enquêteurs chargés de la partie Zaventem des attentats à Bruxelles ont poursuivi jeudi la présentation de leur travail en retraçant le trajet de Mohamed Abrini lors de sa fuite de Zaventem avant d'expliquer ce qu'ils avaient pu tirer des données de la téléphonie.

L'audience a débuté, comme d'habitude, par quelques réglages. Smail Farisi, qui comparait libre, a notamment pris la parole pour expliquer qu'il se sentait mal. "Je ne vais pas bien", a-t-il déclaré. "Je souffre d'agoraphobie depuis un an et demi. Ma santé est vacillante, vachement même."

Il a ajouté avoir été "obligé" de boire deux bières le matin pour se donner le courage de venir à son procès. "C'est les médocs ou l'alcool. Le cocktail est fou", a-t-il dit. La présidente de la cour d'assises Laurence Massart a demandé à la Croix Rouge de venir en aide à l'accusé, qui est finalement parti avec les secouristes, ajoutant "merci et désolé".

Son frère, Ibrahim Farisi qui comparait libre également a, lui, indiqué devoir se rendre au CPAS pour un rendez-vous concernant son revenu d'intégration sociale.

Les deux frères sont finalement revenus en salle d'audience respectivement à 10h45 et 12h15.

Les accusés détenus étaient, eux, tous présents à l'exception d'Ossama Krayem qui a préféré être reconduit en cellule. Abrini a alors demandé à s'asseoir aux côtés d'Abdeslam, avec qui il a beaucoup discuté.

Après la pause matinale, le commissaire Kris Meert a dévoilé les éléments qui avaient pu être tirés de l'analyse de la téléphonie. Celle-ci a permis d'identifier un "triangle de planques", soit celles de la rue Max Roos, de l'avenue des Casernes à Etterbeek, et de la rue du Dries.

Le policier a également révélé que les terroristes achetaient des téléphones "jetables" (bon marché, NDLR) en série ainsi que des cartes prépayées qui, à l'époque, pouvaient encore être achetées et activées de manière anonyme. Il a également montré que chacun des 11 téléphones analysés était utilisé dans un but bien précis : certains servaient pour les contacts d'urgence entre les différents lieux d'hébergement, d'autres pour la location et le suivi des hébergements et d'autres enfin pour l'exécution les attentats en tant que telle.

Une ligne a également été ouverte dans le cadre d'un appel à témoins pour retrouver Mohamed Abrini et Ossama Krayem. Le commissaire a précisé que cette ligne, ouverte 24h/24 avait permis d'ouvrir 880 fiches dont 790 avaient été analysées. Les 90 restantes relevant d'appels "farfelus" de la part de radiesthésistes ou de passionnés du paranormal.

Après la pause de midi, les présentations se focaliseront sur la planque située rue Max Roos.

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