Procès des attentats de Bruxelles: cinq accusés dont Abdeslam désertent le box

Cinq accusés au procès des attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles et Zaventem ont décidé de quitter la salle d'audience, Une grève du box pour protester contre leurs conditions d'extraction "indignes": Salah Abdeslam et quatre de ses coaccusés ont quitté la salle d'audience mercredi, au troisième jour du procès des attentats de Bruxelles qui ont fait 32 morts le 22 mars 2016.

Belga
This drawing by Jonathan De Cesare shows accused Salah Abdeslam and accused Sofien Ayari at a session of the trial of the attacks of March 22, 2016, at the Brussels-Capital Assizes Court, Tuesday 06 December 2022 at the Justitia site in Haren, Brussels. On March 22 2016, 32 people were killed and 324 got injured in suicide bombings at Zaventem national airport and Maalbeek/ Maelbeek metro station, which were claimed by ISIL. 
BELGA PHOTO JONATHAN DE CESARE
Image d'illustration

Ce départ en rangs serrés des cinq principaux accusés, déjà condamnés en France pour leur participation aux attaques jihadistes du 13 novembre 2015, fait planer le risque d'une participation minimale, voire nulle, à l'audience bruxelloise.

"Tout est fait pour qu'on se taise. (...) Si personne ne parle, il ne peut y avoir de procès", a lancé Ali El Haddad Asufi, pendant que ses voisins de box, Salah Abdeslam, Sofien Ayari, Osama Krayem et Mohamed Abrini se levaient et partaient sans un mot.

Comme l'avait fait dès l'ouverture des débats lundi Mohamed Abrini, "l'homme au chapeau" qui a renoncé à se faire exploser à l'aéroport de Bruxelles le 22 mars 2016, Ali El Haddad Asufi a dénoncé les conditions d'extraction et de transfert auxquelles ils sont soumis quotidiennement.

Yeux bandés, menottes aux poignets, casque avec de la musique à plein volume, fouilles et génuflexion à nu, mais aussi "caméra dans les toilettes" dans la cellule du palais de justice, situé sur l'ancien site de l'Otan à Bruxelles.

"On nous humilie tous les matins. (...) Tout est fait pour nous briser psychologiquement", a vilipendé Ali El Haddad Asufi, accusé de soutien logistique aux auteurs des attentats qui ont fait 32 morts et des centaines de blessés à l'aéroport de Bruxelles-Zaventem et dans le métro de la capitale européenne.

"Cela fait six ans que j'attends mon procès et que je clame mon innocence. On n'a pas les moyens de s'exprimer sereinement", a poursuivi ce Belgo-Marocain de 38 ans.

"Tout ce qu'on veut c'est parler, tout ce qu'on veut, c'est se défendre", a-t-il encore assuré, demandant "des mesures dignes", comme "tous les justiciables".

"Ras-le-bol total"

La présidente de la cour d'assises Laurence Massart a réaffirmé qu'elle n'avait pas la "compétence" d'assouplir les conditions de transfert, mais a toutefois indiqué qu'elle écrirait dès la pause de la mi-journée aux autorités compétentes.

"La cour espère que le procès se déroulera le plus sereinement possible", a déclaré la magistrate, avant que M. El Haddad Asufi quitte le box à son tour.

Après cet incident, le ministère public a repris la lecture entamée la veille de l'acte d'accusation, un résumé des investigations de plus de 450 pages, devant un box quasi vide.

Au total, sept accusés comparaissent détenus. Deux autres sont libres et un dixième, présumé mort en Syrie, est jugé par défaut.

"C'est plus qu'un mouvement d'humeur, c'est un ras-le-bol total, c'est l'épuisement", a déclaré à l'AFP en marge de l'audience Stanislas Eskenazi qui défend Mohamed Abrini.

"Ce qu'on demande, c'est qu'on ait un procès équitable. Et pour cela, il faut des conditions sereines", a ajouté l'avocat.

Le conseil d'Ali El Haddad Asufi, Jonathan De Taye, avait annoncé lundi une mise en demeure du ministère de la Justice afin d'obtenir l'assouplissement des mesures de sécurité.

La réponse du ministère "est négative", a-t-il indiqué à l'AFP. "On va attendre que les choses se décantent, mais il y a urgence, ce n'est pas tenable", a poursuivi Me De Taye, disant réfléchir à des voies de recours.

Ce coup d'éclat intervient après une première polémique sur les box, qui avait repoussé de près de deux mois le début du procès, et à une dizaine de jours des interrogatoires des accusés, prévus à partir du 19 décembre.

Le ministère de la Justice "doit absolument remédier à la situation", a réagi dans un communiqué le collectif Life4Brussels, qui représente environ 300 parties civiles.

"Les victimes ont été maltraitées durant plus de six ans. (...) Après la saga des box, aujourd'hui, une nouvelle saga risque de mettre à mal ce procès. Il n'est pas envisageable pour nous que les accusés ne prennent pas part à ce procès", ajoute le collectif.


Life4Brussels: "Pas envisageable" que les accusés ne prennent pas part au procès

"Il n'est pas envisageable pour nous que les accusés ne prennent pas part au procès!", clame mercredi le groupement Life4Brussels, qui rassemble les avocats de 300 victimes des attentats de Bruxelles et Zaventem en 2016. Cinq accusés au procès des attentats ont décidé mercredi matin de quitter la salle d'audience pour protester contre les conditions de leur transfert de la prison vers le bâtiment de justice Justitia.

"Le SPF Justice doit absolument remédier à la situation. (...) Après la saga des box, aujourd'hui, une nouvelle saga risque de mettre à mal ce procès. Il n'est pas envisageable pour nous que les accusés ne prennent pas part à ce procès!", selon un bref communiqué de Life4Brussels.

Les survivants des attentats ont vécu des choses terribles après les attentats de 2016, mais ce n'est pas une raison "pour traiter les accusés de manière inhumaine et dégradante", déclare une victime, citée dans le communiqué.

"Une partie des victimes a besoin de réponses", a déclaré la présidente de Life4Brussels Jamila Adda. "Si les conditions sont vraiment si mauvaises, il faut faire quelque chose pour y remédier. Les victimes ne doivent pas être prises en otage par cette situation."


Mohamed Abrini a nié avoir fabriqué des explosifs, rappelle l'acte d'accusation

L'accusé Mohamed Abrini a contesté avoir participé à la fabrication du TATP, or son ADN a été décelé sur des gants qui ont probablement été portés pour manipuler les produits dangereux. C'est ce qu'il ressort de l'acte d'accusation dont la lecture est en cours, mercredi, devant la cour d'assises de Bruxelles qui juge le dossier des attentats du 22 mars 2016.

L'ADN de Mohamed Abrini a été découvert sur deux gants en caoutchouc, dont un porte également la trace de Najim Laachraoui. Ces gants, selon l'enquête, ont très probablement été utilisés par les auteurs des attentats pour manipuler les produits chimiques nécessaires à la fabrication des explosifs. Mais Mohamed Abrini a nié avoir participé à cette fabrication, affirmant que la tâche a été accomplie par Najim Laachraoui et Ibrahim El Bakraoui.

Par ailleurs, Mohamed Abrini a affirmé, lors de ses interrogatoires, qu'une photo de lui, posant avec des armes, n'avait pas de signification religieuse quelconque. Un cliché montrant Mohamed Abrini, Najim Laachraoui et Ibrahim El Bakraoui a été retrouvé dans la planque de la rue Max Roos à Schaerbeek. Les trois hommes posent avec le drapeau islamique en arrière plan et entourés d'armes. Abrini a déclaré à la police qu'il n'y avait "aucune raison religieuse ou d'adhérence à l'État Islamique par rapport à cette photo", précisant: "ils m'ont demandé de faire la photo avec eux, ce que j'ai fait" et "si j'avais refusé, ils auraient trouvé cela bizarre".

L'accusé avait ajouté: "je ne sais pas d'où viennent ces armes, elles arrivaient par les frères El Bakraoui. ça arrivait petit à petit". Il avait toutefois pu préciser aux enquêteurs qu'il s'agissait de quatre kalachnikovs, 5.000 douilles, des grenades, du C4 [explosif industriel NDLR], un pistolet Glock 9 millimètres, ainsi qu'un "45 et tout petit flingue où on ne sait mettre que deux cartouches". Il y avait également "un revolver, mais avec des petites munitions", a-t-il dit.

Selon les interrogatoires de Mohamed Abrini, il apparaît aussi que tous les membres de la cellule qui résidaient dans la planque de la rue Max Roos à Schaerbeek en ont précipitamment rejoint une autre, rue du Tivoli à Laeken, le soir du 15 mars 2016. Ce jour-là, les forces de l'ordre ont débusqué Salah Abdeslam, Sofien Ayari et Mohamed Belkaïd dans leur planque de la rue du Dries à Forest. Le dernier a été abattu par les brigades d'intervention. Ibrahim El Bakraoui était "profondément bouleversé" par la mise au jour de cette planque, selon les déclarations d'Abrini.

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