Les réactions des secteurs après le Codeco du 11 février 2022: entre "soulagement" et "critiques"

Baromètre en code orange, fin du télétravail obligatoire, suppression du masque pour les 6-11 ans: le Codeco de ce vendredi 11 février a fait un pas de plus dans les assouplissements. Comment ont réagi les différents secteurs face à ces nouvelles mesures? Petit tour d’horizon.

Les réactions des secteurs après le Codeco du 11 février 2022: entre "soulagement" et "critiques"
Le Codeco de ce vendredi 11 février a fait un pas de plus dans les assouplissements ©BELGA

Le pays basculera en "code orange" vendredi prochain, le 18 février, a confirmé en conférence de presse le Premier ministre Alexander De Croo. Plusieurs autres décisions ont été prises lors du Codeco de ce vendredi. Parmi celles-ci: la suppression du masque pour les 6-11 ans, la fin du télétravail obligatoire ou encore la réouverture du monde de la nuit.

Les différents secteurs se sont exprimés par rapport aux nouvelles mesures présentées ce vendredi. Petit tour d’horizon.

Le patronat soulagé de la fin du télétravail obligatoire

Le patronat s’en réjouit, évoquant "une réelle bouffée d’air" pour les entreprises.

La Fédération des entreprises de Belgique se dit satisfaite des assouplissements annoncés, outre la fin du télétravail obligatoire, le Codeco a autorisé la reprise des événements de teambuilding.

"La fin du télétravail obligatoire permettra de réinstaurer une dynamique d’équipe. Toutefois, la bataille contre le coronavirus n’est pas encore finie. C’est pourquoi la FEB appelle aussi à continuer à miser sur la vaccination, la distanciation sociale et le respect des mesures sanitaires", commente Pieter Timmermans, CEO de la FEB.

L’Union wallonne des Entreprises embraie et estime que la suppression de l’obligation du télétravail "permettra de renouer le lien avec l’entreprise, mais aussi de recréer du lien social avec les collègues, ce qui était une attente forte avancée par de nombreux collaborateurs pour leur équilibre personnel et leur santé mentale".

"C’est aussi un soulagement pour de nombreux collaborateurs, qui souffraient de cette barrière physique devenue injustifiée, contreproductive et démoralisante", estime Olivier de Wasseige, administrateur délégue de l’UWE.

""Les collaborateurs pourront désormais se revoir et tirer de l’énergie d’une interaction réelle avec les autres", se réjouit le CEO de la fédération technologique Agoria, Bart Steukers. "Nous constatons également un besoin de retour au travail pour certains employés qui ont moins de contacts sociaux. Une présence régulière sur le lieu de travail est propice à un environnement de travail créatif et innovant et est nécessaire pour rester compétitif."

Pour l’organisation patronale flamand Voka, la fin de l’obligation du télétravail était "la seule décision logique" à prendre au vu de l’évolution de la pandémie.

Unizo salue de son côté "une étape importante vers plus de normalité" mais déplore le maintien temporaire de l’obligation de porter le masque dans les magasins, une décision "illogique" alors qu’il n’est plus obligatoire dans les discothèques, selon elle. Unizo plaide désormais pour un passage rapide au code jaune afin de pouvoir se passer du CST et de reléguer les masques à la poubelle.

Le syndicat neutre pour indépendants (SNI) se réjouit de son côté de l’impact que la fin du télétravail obligatoire pourra avoir sur la fréquentation de l’horeca et des commerces.

Les magasins de mode déçus de ne pas pouvoir se passer du masque

Le secteur de la mode est déçu que le port du masque soit encore imposé dans ses magasins. Mode Unie estime que les enseignes de vêtements ne constituent pas des lieux de contagion plus importants que les cafés et restaurants. Les clients de l’horeca ne seront pourtant plus tenus de porter un masque dans une semaine, à l’occasion du passage au code orange du baromètre corona, annoncé vendredi par le Comité de concertation.

"C’est très calme actuellement dans les magasins de vêtements et les bulles sont toujours respectées lorsque les clients font leur shopping, contrairement à ce que l’on peut voir dans l’horeca", pointe Isolde Delanghe, directrice de Mode Unie, la filiale d’Unizo pour les indépendants actifs dans le commerce de mode.

La levée du port du masque aurait en outre permis un véritable redémarrage de l’activité. "Lorsque le masque avait été abandonné en octobre, le secteur avait immédiatement constaté une augmentation dans les ventes. Cela prouve que les clients ont plus envie de se trouver des nouveaux vêtements quand ils peuvent le faire sans masque. Maintenir une obligation à cet égard pour les clients est une occasion manquée pour les commerçants de donner un départ solide à la nouvelle saison des ventes après quatre saisons entachées du coronavirus."

Le SNI a de son côté salué la possibilité de faire du shopping sans limite de nombre de personnes.

Un secteur horeca soulagé par la réouverture sans limite horaire décidée par le Codeco

Le secteur horeca poussait un véritable "ouf" de soulagement vendredi à l’issue du Comité de concertation et de la décision de basculer au code orange du baromètre corona à partir du vendredi 18 février. Cela signifie la réouverture du secteur sans limite horaire et la fin de la limitation du nombre de personnes par table (actuellement 6), et du port du masque obligatoire pour la clientèle. Seul le personnel a encore l’obligation de porter un masque. Le Covid Safe Ticket sera, en revanche, lui toujours nécessaire pour pouvoir accéder aux restaurants et bars.

"Cette réouverture sans limite horaire était plus qu’importante pour le secteur", souligne ainsi Fabian Hermans, le président de la fédération Horeca Bruxelles. "La fermeture obligatoire à minuit représentait un important manque à gagner pour les restaurants et bars", explique-t-il. Dorénavant, deux services seront à nouveau possibles en soirée, les bars pourront plus largement rouvrir et cela permettra de remplir la trésorerie. "Tout le secteur est dans une situation assez catastrophique à ce point de vue"’, alerte ce responsable.

"Il était grand temps", réagit, pour sa part, Erik Beunckens, directeur délégué de la Fédération des cafés de Belgique (FedCaf). "Notre secteur est vraiment dans une situation très précaire", s’inquiète-t-il. "Tout cela a pris beaucoup trop de temps. Le soutien aux cafés a disparu beaucoup trop rapidement, laissant beaucoup d’entre nous dans de réelles difficultés. Nous ne connaissons pas encore le bilan définitif mais, après une enquête auprès de nos membres, je crains que sur les 13.000 établissements actuels, moins de 10.000 subsisteront à la fin de 2022."

La fédération Horeca Bruxelles appelle dès lors à la mise en place de mesures de soutien pour le secteur par le gouvernement bruxellois, alors que des décisions en ce sens ont déjà été prises en Flandre et en Wallonie. "A Bruxelles, c’est toujours le flou complet", déplore Fabian Hermans, parlant de situation "catastrophique", avec des établissements dans l’hypercentre de la capitale perdant entre 40 et 60% de chiffre d’affaires.

Le secteur a par ailleurs un besoin criant de personnel, "à tous les niveaux: bars, boîtes de nuit, restaurants et restaurants d’entreprise", a encore souligné le président de la fédération Horeca Bruxelles.

Un personne qui devra continuer à porter le masque alors que cela ne sera plus imposé à la clientèle. "Encore une incohérence", regrette Fabian Hermans, qui espère que cette obligation tombera très rapidement.

"C’est vraiment très étrange", abonde la Fédération des cafés de Belgique. "C’est incroyablement fatigant et ennuyeux. Les clients peuvent laisser leur masque buccal sans le porter, ils ne doivent le porter que lorsqu’ils se déplacent, mais pour nous, c’est une journée entière de travail. Nous demandons que cela soit également modifié", insiste Erik Beunckens.

De son côté, le Syndicat neutre pour indépendants (SNI) se félicite de ces assouplissements, estimant qu’il "était urgent d’abolir également l’heure de fermeture et les limitations du nombre de convives par table dans l’horeca".

"La vie nocturne est autorisée à bourdonner à nouveau, l’heure de fermeture est abandonnée, plus de masques pour les clients, consommation debout, autant de personnes que l’on veut à table dans un restaurant ou lors d’une fête.... Nous sommes sur la voie de l’ancienne normalité. Aujourd’hui, l’orange apporte à nouveau avec lui des nuits pétillantes", se réjouit enfin Horeca Vlaanderen, la fédération flamande de l’horeca, qui espère un passage rapide du baromètre corona au jaune. Cela signifierait la fin du port du masque pour le personnel et du recours au CST pour pouvoir accéder aux bars, cafés et restaurants.

Fin de l’obligation du masque pour les moins de 12 ans: réactions partagées au sud

Une nouvelle réjouissante pour le Délégué général aux droits de l’enfant Bernard De Vos; prématurée, selon le groupe Parents et enseignants solidaires.

Il était question d’attendre le congé de détente (Carnaval) pour lever l’obligation de porter le maque pour les enfants de moins de 12 ans. Le Codeco a finalement avancé la date de quinze jours. Les enfants de moins de 12 ans ne devront plus porter le masque ni à l’école ni dans les magasins ni dans les transports publics ou ailleurs dès le 19 février.

"C’est décevant car ces quinze jours, qui ne représentent que 4 jours et demi d’école, vont laisser contaminer de nombreuses familles alors qu’on aurait pu attendre d’être plus bas dans les courbes pour le faire", a estimé Françoise Heine, porte-parole du groupe Parents et enseignants solidaires face à la crise covid-19.

Il s’agit en revanche d’une très bonne nouvelle, selon le Délégué général aux droits de l’enfant Bernard De Vos. "On sait qu’à l’école, le masque a freiné l’apprentissage de certains enfants et apporté des difficultés dans la relation entre les enfants et avec l’instituteur ou l’institutrice. Sans oublier les enfants qui rencontraient des problèmes physiques", a-t-il indiqué.

M. De Vos se réjouit aussi que le masque ne soit plus obligatoire dans les activités de loisirs, qui participent à l’éducation des enfants. "Quand on sait que certains adultes ont du mal à garder un masque pendant deux heures au cinéma, on comprend que cela soit été compliqué pour des enfants qui, à d’autres moments délicats de la crise, n’avaient jamais dû le porter au contraire des adolescents", a-t-il conclu.

Le secteur culturel partagé entre un «signal positif» et des «mesures insuffisantes»

Le secteur culturel s’est montré mitigé à l’annonce des nouvelles mesures prises vendredi par le Comité de concertation et au passage en "code orange" du baromètre, signifiant notamment que les cinémas et établissements culturels pourront accueillir davantage de public à partir du 18 février.

Pour Patricia Santoro, directrice de l’Association des centres culturels, "ce n’est pas suffisant". Selon elle, la différence de capacité entre un événement avec un public assis en intérieur (80%) et un public dynamique à l’intérieur (70%) "ne se tient pas". "Il y a aussi une grosse différence entre le secteur culturel et d’autres secteurs d’activité qui ne sont pas dans le baromètre, comme les centres commerciaux où il n’est exigé ni CST, ni jauge", explique-t-elle, ajoutant aussi que le "manque de prévisibilité" est réellement problématique pour un secteur qui doit planifier ses événements parfois plusieurs mois à l’avance.

Du côté des cinémas, la capacité des salles augmente, passant de 70% à 80%. C’est mieux que rien selon Thierry Laermans, secrétaire général de la Fédération des cinémas de Belgique (FCB). "On s’y attendait et cela n’apporte pas beaucoup de changements à notre secteur. On aurait aimé pouvoir monter jusqu’à 90% comme la couleur orange du baromètre aurait pu le permettre." Le secrétaire général de la FCB aurait aussi apprécié la disparition du Covid Safe Ticket (CST, le certificat qui atteste d’une vaccination, d’une guérison ou d’un dépistage négatif au coronavirus, donnant accès à certaines activités). "Il cause de plus en plus de problème aux caisses. Plusieurs experts se sont exprimés mettant en doute son utilité et les gens montrent moins de compréhension."

M. Laermans rappelle aussi qu’au-delà de la levée progressive de certaines mesures en raison de l’amélioration de la situation sanitaire, la crise économique pose toujours de gros problèmes. "Nous avons fait des efforts, nous avons dû fermer durant 15 mois. Mais nous n’avons reçu que des aides minimes et nous demandons toujours un soutien financier."

"Cet assouplissement des règles est très important, cela donne un signal positif pour les professionnels du secteur mais aussi au public", a, quant à elle, commenté Françoise Havelange, secrétaire générale de la FEAS (fédération des employeurs des arts de la scène), sur le plateau de la RTBF.

Concrètement, le port du masque restera obligatoire pour les activités non dynamiques à l’intérieur. Le CST sera, lui, nécessaire pour toutes les activités intérieures à partir de 50 personnes et pour les activités extérieures à partir de 100 participants.

Une capacité de 200 personnes est toujours autorisée, mais peut être augmentée pour passer à: 70% de la capacité pour les activités dynamiques à l’intérieur; 80% pour les activités non dynamiques à l’intérieur et pour toutes les activités extérieures; 100% si la qualité de l’air est inférieure à une valeur (cible) moyenne de 900 ppm de CO2 (démontrant une bonne ventilation) pour les activités à l’intérieur; 100% pour les activités extérieures si l’on travaille avec des compartiments comptant jusqu’à maximum 2.000 personnes ou si des mesures de gestion des foules ("anticrowding") supplémentaires sont prises après avis positif de la cellule de sécurité locale.

La réouverture des discothèques, «très bonne nouvelle» pour le secteur, qui a été entendu

Le passage du baromètre corona du rouge à l’orange à partir du 18 février et la réouverture du monde de la nuit qu’il implique, avec toutefois une jauge de 70%, est une "très bonne nouvelle", se réjouit Lorenzo Serra, le porte-parole de la fédération Brussels by night. Il se dit très satisfait que les demandes du secteur aient été entendues par les différents gouvernements et que" le politique puisse encore prendre des décisions positives".

Le Comité de concertation a décidé vendredi de la réouverture du monde de la nuit, avec cependant une capacité limité à 70%. Le Covid Safe Ticket sera toujours nécessaire pour accéder aux établissements, dès le moment où les activités intérieures accueillent 50 personnes ou plus. Pour les activités extérieures, le CST sera nécessaire dès 100 participants. Seul le personnel aura encore l’obligation de porter un masque.

"La réouverture est une très bonne nouvelle pour la santé mentale des jeunes, des entrepreneurs et des fournisseurs", dit Lorenzo Serra, soulignant l’aspect "essentiel" de son secteur. "Nous avons un vrai patrimoine de la culture festive en Belgique, notamment avec les festivals, et on s’est assis dessus durant deux ans. Les responsables politiques ont entendu le récent cri d’alarme du secteur, qui avait annoncé cette semaine qu’il rouvrirait le 18 février quoi qu’il arrive. "Ils ont compris l’urgence de la situation de la culture festive", se félicite le responsable.

La jauge de 70% ne rend pas les discothèques et boîtes de nuit rentables, met-il toutefois en garde. Le secteur compte dès lors demander des aides fédérales et régionales pour combler la différence, qui pourraient par exemple passer par une TVA à 6%.

La fédération Brussels by night espère que le baromètre corona pourra passer le plus rapidement possible au code jaune, "possiblement vers la mi-mars", ce qui signifierait la fin de la jauge. "Si l’on reste longtemps en code orange, cela serait dangereux pour la viabilité financière des établissements", met en garde son porte-parole, rappelant que le secteur, "à l’agonie financièrement", a été fermé pendant deux ans, à l’exception de 57 jours.

En cette période précédant le retour des beaux jours, début avril, et celui des événements festifs à l’extérieur et des festivals, tout jour d’ouverture est important, souligne encore Lorenzo Serra. "Il était primordial de rouvrir le plus vite possible car, à partir d’avril, le clubbing indoor est beaucoup moins rentable."

Le secteur événementiel se montre critique face aux assouplissements

Le secteur de l’événementiel s’est montré critique à l’égard des assouplissements annoncés par le comité de concertation vendredi. Ceux-ci ne sont en effet pas suffisants pour le rendre à nouveau rentable, déplore ainsi l’organisation sectorielle Event Confederation.

Le secteur de l’événementiel reconnait que les mesures décidées vendredi constituent de "bonnes nouvelles". En phase orange, le secteur événementiel pourra en effet obtenir davantage d’autorisations. Néanmoins, le secteur reste critique. "Autoriser une capacité de 70 ou 80% est à peine rentable. Nos entreprises événementielles ont besoin de capacités plus élevées dans les salles pour pouvoir travailler de manière rentable. Le secteur veut être en mesure d’éliminer les pertes accumulées et ne peut pas commencer à le faire maintenant", regrette l’Event Confederation.

Le secteur demande donc une perspective concrète de "code jaune" à très court terme. "Ce n’est qu’à ce moment-là que le printemps pourra devenir vraiment festif. D’ici là, un soutien est nécessaire", insiste-t-il.

Le maintien de l’obligation du port du masque pour un public assis lors d’événements non dynamiques n’est pas non plus bien perçu. "Cette décision est difficile à comprendre."

Les prestataires de mariage contents que le nombre de convives à table ne soit plus limité

La Fédération belge des prestataires de mariage a accueilli avec soulagement les assouplissements décidés vendredi par le Comité de concertation dans le cadre de la gestion de la crise du coronavirus. La limitation du nombre de convives à table - établie à six - sautera le 18 février, tandis que les noceurs et noceuses pourront danser sans masque. "Enfin un signal positif pour notre clientèle", souffle la porte-parole de la fédération, Isabelle Ghosez.

Tout comme les enterrements, les mariages constituaient déjà une exception aux événements selon le code rouge du baromètre gouvernemental. Ils pouvaient accueillir, moyennant l’usage du Covid Safe Ticket (CST), à partir de 50 personnes en intérieur et 100 en extérieur. Les convives devaient en outre sortir le masque pour se déhancher sur la piste de danse.

"Nous restons une exception, qui nous permet de remplir une salle à pleine capacité. Les invités et invitées pourront également se défaire de leur masque pour danser et les tables pourront accueillir plus de six couverts. C’est très positif", s’est réjouie Mme Ghosez.

La période s’annonce chargée pour les organisations de mariage. "De nombreux mariages ont été reportés ces derniers mois. À partir de mars, nous nous attendons à quelques mariages reportés mais aussi à beaucoup de ‘nouvelles’ fêtes."

La fédération espère un passage au code jaune dès mars, même si celui-ci supposera de nouveaux défis pratiques et matériels. "Mais il vaut mieux que ce soit ainsi, plutôt que d’avoir plus de restrictions", conclut la porte-parole.