Nathan Clumeck: "Le débat sur la vaccination obligatoire clarifiera la position des experts et politiques"

Nathan Clumeck, chef de service des maladies infectieuses du CHU Saint Pierre, s’est exprimé sur l’évolution de la situation sanitaire due au coronavirus. Il a évoqué, ce vendredi matin, le débat sur la vaccination, le baromètre corona et Omicron.

Le professeur émérite en maladies infectieuses à l'ULB, Nathan Clumeck, était invité dans l'émission "Il faut qu'on parle", sur DH Radio. L'entrée en vigueur du baromètre corona ce vendredi était l'occasion de faire le point sur la pandémie et les assouplissements prévus en Belgique.

"On est confronté aujourd’hui à un virus qui se transmet très facilement, avec le variant Omicron. L’OMS annonce d’ailleurs qu’on va vers 50% de la population mondiale qui pourrait être infectée", a détaillé le professeur.

"Jusqu’à présent, les souches du coronavirus étaient très agressives, avec une mortalité importante, ici c’est autre tableau. Avec Omicron, les gens sont malades, mais ne vont pas à l’hôpital ou pour peu longtemps. Le virus a donc trouvé le moyen de s’implanter dans une population au prix d’une diminution de sa virulence", analyse-t-il.

Un constat qui a amené à revoir nos règles de quarantaine dans notre stratégie. Une bonne chose selon Nathan Clumeck. "Ce qui se passe, si on suivait les règles actuelles, c’est que l’école devrait être fermée par exemple. On s’adapte donc à la situation: la majorité des élèves sont asymptomatiques et peuvent donc venir à l’école".

Des assouplissements des règles de quarantaine et cas contact qui permettent aussi au pays de continuer à tourner. "Sans ça, on allait désarticuler l’économie, c’est intenable. Ce constat a été fait dans tous les pays confrontés à Omicron", poursuit-il.

Baromètre corona

Sur l’entrée en vigueur du baromètre, même si ce n’est peut-être pas l’outil parfait, le chef de service des maladies infectieuses du CHU Saint Pierre veut d’abord voir le positif. "On peut d’abord se réjouir que les salles culturelles puissent rouvrir, sans jauge selon certaines conditions. Le baromètre corrige donc certaines choses qui n’allaient pas".

Surtout, le baromètre a choisi des indicateurs pertinents au regard de la situation actuelle, selon Nathan Clumeck. "Heureusement, il ne se base pas sur le nombre de cas détectés, ce qui serait ingérable. Il se base sur ce qui est embêtant pour la société, c’est-à-dire ce qui se passe à l’hôpital, là où c’est plus fragile. En ça, c’est un bon baromètre".

Obligation vaccinale

Le débat sur l'obligation vaccinale a commencé cette semaine. Un débat qui arrive tard. "Ça aurait pu avoir du sens lorsque le vaccin est arrivé et qu'on avait beaucoup de malades. Aujourd'hui, plus de 80% des gens sont vaccinés et plusieurs millions de personnes ont été infectées. L'un dans l'autre, on peut dire qu'environ 90% de la population est immunisée".

"Qui serait donc concerné?", s’interroge le professeur. "Des réfractaires absolus, on voit bien avec les manifestations dans les rues ce que ça donne, ou alors des enfants, alors que la vaccination n’empêche pas la transmission donc ça a moins de sens. Ou bien, on oblige uniquement les personnes vulnérables, ce qui peut avoir du sens et on va vers ça dans certains pays".

En revanche, ce débat aura au moins un mérite. "Cela va clarifier la position de chacun, experts et politiques, sur l’obligation du vaccin. Il faut de la transparence, savoir ce que les gens disent dans ce dossier", estime-t-il.

Un prochain variant?

Des sous-variants d’Omicron sous déjà apparu, mais le professeur rappelle que c’est dans la nature des choses. "Chaque virus évolue. Ici, les bases de mutations sont les mêmes qu’Omicron et il y a des petites variations qui créé ces sous-variants".

On commence déjà à mieux connaître ces sous-variants. "Il semble qu’ils sont peut-être un peu plus transmissibles encore et on ne voit pas d’évolution de la mortalité. Il faut être vigilant, avec des outils de surveillance de l’émergence des variants".

Plus tôt dans l’interview, Nathan Clumeck reconnaissait que "le scénario catastrophe ce serait un mutant qui aurait la transmissibilité d’Omicron et l’agressivité de Delta". Mais nous n’en sommes pas encore là.