Les réactions au Codeco du 26 novembre 2021: "Une gestion de crise lamentable"

Les réactions fusent après la série de nouvelles mesures actées par le Comité de concertation de ce vendredi. Voici ce qu’en pensent les secteurs concernés.

Les réactions au Codeco du 26 novembre 2021: "Une gestion de crise lamentable"

«Gestion de crise lamentable», pour l’horeca

Le Comité de concertation de ce 26 novembre a acté une série de mesures visant notamment le secteur de l'horeca.

Ainsi, le nombre de personnes par table sera limité à six (sauf si personnes d’un même ménage), avec obligation de fermer les établissements à 23h00 (ouverture à partir de 5h00) et seules les places assises à table seront autorisées, dès samedi.

Pour Maxence Van Crombrugge, président de la Fédération Horeca Wallonie, ces nouvelles mesures témoignent d’une "gestion de crise lamentable". Il déplore que son secteur soit à nouveau mis à contribution alors qu’il a déjà consenti à de lourds efforts cette année, avec, notamment, cinq mois de fermeture.

"Ce sont des mesures qui vont surtout porter atteinte aux cafés. L’ambiance commence généralement à monter vers 22 heures et les fêtes patronales qui approchent sont également très importantes pour les cafetiers. Sans oublier que certains comptaient sur leur proximité avec les marchés de Noël pour remonter la pente", explique-t-il à Belga.

Le président de la Fédération horeca dit ne pas comprendre la limitation à six personnes par tables dans les restaurants.

En soi, ça ne modifie pas la capacité des restaurants. Il y aura donc autant de monde qu’avant mais pas à la même table. Ça va à nouveau casser l’élan festif qui commençait à reprendre.

Maxence Van Crombrugge demande également au monde politique de se pencher sur la source des clusters. "Il faut être plus attentif à la situation dans les écoles et les administrations publiques. Nos dirigeants doivent se montrer plus créatifs dans leur gestion de crise", conclut-il.

«Trop d’incertitude», déplore le secteur des mariages

De nombreuses incertitudes demeurent, constate Isabelle Ghosez de la Fédération belge des prestataires de mariage.

Les mariages et enterrements ont été épargnés par le Codeco, contrairement aux autres fêtes privées. "C’est une bonne nouvelle pour les cérémonies prévues ce week-end, mais nous devons encore prendre connaissance des détails concernant les mesures en vigueur", réagit Mme Ghosez.

Les mariages peuvent être organisés avec CST à partir de 50 personnes en intérieur et 100 en extérieur. Il est également permis de danser avec le masque. Mais pour la fédération, d’autres questions demeurent. "Nous attendons l’arrêté ministériel. Tant que les noces peuvent avoir lieu sans trop de limitations, nous sommes satisfaits en tant que fournisseurs. Heureusement, la fin d’année n’est pas la période la plus chargée pour nous, même si elle l’est davantage cette année à la suite de nombreux reports", conclut Isabelle Ghosez.

«Incompréhension totale» pour les discothèques

La fermeture des discothèques et boîtes de nuit est reçue comme une "vraie claque" et suscite "une incompréhension totale" pour tout le secteur du monde de la nuit qui prévoit le "retour des soirées clandestines sans aucun contrôle", se désole Lorenzo Serra, porte-parole de Brussels By Night Federation.

C’est bien évidemment là un coup dur pour le monde de la nuit qui n’avait pu rouvrir que le 1er octobre dernier, après 19 mois de fermeture.

Nous avions demandé aux autorités de ne pas jouer au yoyo, et elles n’ont pas tenu leurs promesses.

"Avec le Codeco de la semaine passée (obligation, en plus de la possession du CST, du port du masque ou d’exiger un autotest sur place, NDLR), nous avions déjà investi beaucoup d’argent pour payer des caisses entières d’autotests. Nous étions devenus l’un des secteurs les plus ‘safe’de Belgique avec ce CST +. Cette décision maintenant, c’est vraiment très dur à comprendre", renchérit M. Serra.

"Mentalement, et financièrement, c’est difficile. Le secteur va se réveiller avec une vraie gueule de bois, et au vu des timings, on sait qu’on ne va pas commencer à préparer les festivités de fin d’année, période la plus rentable pour nous."

Pour ce porte-parole, cette décision est un aveu d’échec pour une politique sanitaire basée sur le long terme. "Le CST lié à l’autotest était une preuve d’une volonté de ‘vivre avec le virus’comme l’ont souvent rappelé les politiques. Et ici, on retombe dans une recette qui n’a déjà pas marché l’année passée. Et on sacrifie à nouveau notre secteur alors qu’aucun chiffre ne vient prouver que nous sommes plus responsables que d’autres de la propagation du virus."

Dans une boîte de nuit emblématique de Bruxelles, on s’inquiète encore plus de la prolongation potentielle de cette fermeture. "On est reparti pour refermer. Et vous savez comme moi qu’il risque de s’agir d’une fermeture à rallonge comme nous avons déjà pu le connaître durant un an et demi depuis le début de la crise", se désole Evelyne Devroye, patronne d’une célèbre boîte de nuit à Bruxelles. "C’est un vrai retour à la case départ".

Le secteur culturel «à bout de nerf»

Les acteurs du secteur culturel se sont montrés divisés sur les mesures. Si pour les uns, la décision de n’autoriser que les places assises lors d’événements publics à l’intérieur relève du "bon sens", pour d’autres il s’agit d’un nouveau coup dur pour un secteur "à bout de nerf". Les salles de concerts espèrent des compensations financières à la hauteur.

Les autorités ont annoncé vendredi que seules les places assises lors d’événements publics à l’intérieur seraient encore autorisées à partir de lundi, en combinaison avec le Covid Safe Ticket (CST) et le port du masque obligatoire.

Au lieu de fermer tout un secteur, "le gouvernement montre avec cette mesure qu’il prend enfin en considération la gestion du risque de transmission du virus. Avec les places assises et la ventilation des salles, il est tout à fait légitime que les activités culturelles puissent se poursuivre", se félicite la secrétaire générale de la Fédération des employeurs des arts de la scène (FEAS), Françoise Havelange.

Si la FEAS compte une majorité de salles de théâtre et de cinéma parmi ses membres, elle représente également quelques salles de concerts. "Pour nos membres qui ne peuvent offrir de places assises aux spectateurs, nous attendons de voir quelles seront les compensations financières pour les pertes occasionnées", ajoute Françoise Havelange.

Le groupe Sportpaleis, à la tête de la plus grande salle de spectacles du pays, regrette, lui, un "nouvel écueil" pour le secteur, déjà durement touché par les mesures de précaution sanitaire. S’il est possible pour le Sportpaleis, "malgré les contraintes organisationnelles", d’offrir des places assises pour un spectacle initialement prévu "debout", ce n’est pas le cas pour d’autres salles, à l’infrastructure plus limitée.

Le directeur de Depot à Louvain regrette ainsi une décision "dramatique". "Nous allons de nouveau devoir reporter ou annuler presque tous nos concerts", se désole Mike Naert, dans l’espoir de compensations financières suffisantes.

"Nous encaissons par solidarité pour le personnel soignant, mais nous sommes épuisés", ajoute le mouvement "Sound of Silence", qui défend le secteur de l’événementiel. Ce dernier, qui se dit à "bout de nerf" attend "des mesures structurelles" pour soutenir durablement le secteur et l’aider à se relever.

Besoin de soutiens financiers (SDI)

Du côté de la SDI, Fédération patronale interprofessionnelle, on déplore également les décisions du Comité de concertation.

La Fédération appelle à la mise en place de nouvelles mesures de soutiens financiers: "Au regard des répercussions négatives des mesures adoptées pour l’horeca et le monde de la nuit, nous demandons que le gouvernement réactive ou prolonge au-delà du 31 décembre les mécanismes de soutien financier destinés à compenser les pertes de chiffre d’affaires des exploitants", demande Daniel Cauwel, président de la SDI.

Prolongement du chômage temporaire jusqu’à fin mars (FEB)

De son côté, la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) demande au gouvernement de prolonger le régime flexible de chômage temporaire jusqu’à la fin mars 2022.

Pour Pieter Timmermans, CEO de la FEB, une intervention aujourd’hui constitue à ses yeux "le seul moyen d’éviter d’avoir à fermer par la suite d’autres secteurs de l’économie".

«Gérer les obligations administratives est un casse-tête» (UWE)

Même son de cloche à l’Union wallonne des entreprises (UWE), qui demande également un soutien spécial aux secteurs de l’horeca et de l’événementiel, qui figurent parmi ceux "qui se sont vus imposer le plus de contraintes en termes de conditions d’accès et d’équipements, avec des investissements lourds à la clé".

"Comme nous le faisons depuis le début de la crise, nous allons continuer d’intervenir auprès des différents gouvernements pour obtenir des mesures de soutien à ces secteurs touchés, que ce soit celui des traiteurs, des organisateurs d’événement, du monde de la nuit et autres. Il est indispensable de prolonger ou de réactiver ces mesures pour éviter des drames", affirme le directeur général de l’UWE, Olivier de Wasseige.

Quant à la prolongation du télétravail, quatre jours par semaine jusqu’au 19 décembre au moins, le responsable de l’UWE rappelle que "le monde des entreprises a organisé le télétravail partout où cela était possible, et l’a renforcé à chaque fois que le Codeco l’a exigé".

Fort de ce constat, il invite les autorités à ne pas faire peser de charge administrative sur les sociétés dans la mise en œuvre de ce télétravail. "Dans de nombreuses entreprises, gérer et monitorer au jour le jour ces obligations administratives est un casse-tête dont les entreprises se seraient bien passé. Les obligations administratives imposées sont inapplicables."

L’activité de centaines de PME réduite «à presque rien» (UCM)

Les indépendants et PME actives dans le secteur de l’événementiel vont voir leur activité réduite "à presque rien" à la suite de la décision du Comité de concertation d’interdire les fêtes privées et les événements d’entreprises, estime l’Union des Classes moyennes (UCM) dans un communiqué.

Les fêtes de fin d’année constituent de plus une période cruciale pour le chiffre d’affaires de centaines de PME de ce secteur. "Les mesures de sécurité étaient pourtant établies et respectées, ce qui n’est pas le cas pour les fêtes informelles qui vont se multiplier", déplore l’UCM.

L’organisation "veillera à ce que la promesse du Premier ministre d’apporter aux entrepreneurs touchés un soutien ‘correct’soit tenue". Elle demande que les entrepreneurs de ces secteurs bénéficient du double droit passerelle en cas d’arrêt des activités, du droit passerelle simple et du chômage corona au-delà du 31 décembre. "Le moratoire de fait des faillites, lié à la patience de l’ONSS et des administrations fiscales qui ne réclament pas immédiatement les impayés, doit être prolongé."

TVA à 6%, plaide le SNI

Le SNI (Syndicat neutre pour indépendants) a de son côté demandé de rétablir la TVA à 6% dans l’horeca, outre les requêtes émises par l’UCM et l’Unizo.

Il se montrait par ailleurs fort inquiet pour le monde de la nuit. "C’est probablement le coup de grâce pour beaucoup qui ont été fermés un an et demi et n’ont pu rouvrir que deux mois. Tous ces secteurs ont toujours été de bons élèves qui ont suivi toutes les restrictions qui leur ont été imposées. Il suffit de penser au CST, qui pourtant a entraîné une baisse de 30% de leur chiffre d’affaires, à l’installation d’un compteur de CO2 et, plus récemment, à la réintroduction des masques obligatoires ou des tests rapides", soulève le SNI qui estime que vendredi était un "nouveau jour noir pour les indépendants".

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