Drogue au port d’Anvers: «Il faut être créatif face aux criminels»

Les saisies de drogue sont en constante augmentation à Anvers. Les Douanes belges doivent faire preuve de créativité pour être performantes.

Emmanuel Huet
Drogue au port d’Anvers: «Il faut être créatif face aux criminels»
Les cargaisons de fruit (ici des bananes) sont considérées comme à risques. Et sont donc plus ciblées par les contrôles. ©eda E. H.

Le port d’Anvers constitue une des principales plaques tournantes du commerce mondial de drogue. C’est en quelque sorte la rançon de la gloire pour le port belge où, chaque année, 6 à 7 millions de containers transitent par le port flamand.

Le ministre des Finances, Vincent Van Peteghem, l’a rappelé ce mercredi lors d’une visite dans le port: le combat contre la criminalité organisée passera par un meilleur partage d’informations au niveau mondial. «La lutte contre le commerce de la drogue reste une absolue priorité».

Bart De Wever, le bourgmestre d'Anvers, analyse le problème sous un autre angle. Inévitablement, ces dizaines de tonnes qui transitent chaque année par Anvers dépassent largement ses compétences communales. Car ce trafic au niveau mondial se diffuse également à l'échelle de la ville. « On a triplé nos efforts sur cet aspect. On fait environ 1 000 arrestations par an. Mais, à un certain niveau, cela relève du judiciaire et plus de la compétence de la Ville. »

Pour le bourgmestre, la proximité des Pays-Bas et sa législation plus ouverte sur la consommation de cannabis influence fortement le transit de drogue par Anvers. «85% de la cocaïne sur les docks à Anvers part vers les Pays-Bas. Penser que ce problème ne concerne qu'Anvers, c'est très naïf. Cette naïveté, on la retrouve aussi à Bruxelles où on ne veut pas savoir. Mais on doit réaliser que s'il y a un marché, il y a des acheteurs.» Et le bourgmestre N-VA rappelle une réalité du fléau: « il y a aussi des gens de la plus haute société qui consomment: des avocats, le monde la Finance et peut-être même des politiques. »

Des saisies record

Le renforcement des contrôles et l'augmentation du commerce affolent les statistiques de saisies à Anvers. Cette année, 54,5 tonnes de drogue ont déjà été saisies à Anvers contre 66 pour l'ensemble de l'année 2020. La seule opération Sky, une action coordonnée au niveau international, a permis de saisir 27 tonnes. Autre saisie record récente: 11 tonnes de cocaïne dans un seul container. «La production ne cesse d'augmenter en Amérique du Sud, constate Kristian Vanderwaeren, directeur général des Douanes. Que ce soit en Colombie, en Bolivie, au Pérou…»

Face à cette densification du marché, les services de sécurité doivent innover. « Il faut être créatif face aux criminels. C'est comme un jeu d'échec: il faut s'adapter et être agile.» Et le patron de la Douane belge de citer l'exemple d'un sous-marin saisi en Espagne: « les criminels ont beaucoup d'argent, c'est pour cela qu'il faut augmenter le niveau du scanning».

Le ministre Van Peteghem a effectivement confirmé que des moyens supplémentaires allaient être alloués au scan des containers. Mais, jamais, on ne pourra atteindre un haut niveau de performance. Selon Kristian Vanderwaeren, 1,6% des containers sont scannés à Anvers. Son souhait serait d’atteindre 10% de l’ensemble des volumes mais aussi 100% du volume à risque.

Comment identifier les containers à risque?

Les douaniers doivent donc cibler certaines marchandises plutôt que d’autres. Pour identifier les cargaisons à risques, ils se basent sur la nature des produits importés: les fruits sont éminemment suspects. Ensuite la provenance: la jungle en Colombie, c’est louche; le port de départ et sa destination. Ensuite, ce sont les renseignements obtenus par les autorités étrangères, particulièrement les États-Unis, qui permettent de cibler des contrôles.

Covid: «Les criminels s'adaptent mieux»

La crise sanitaire a-t-elle permis au commerce mondial d'augmenter ses volumes? C'est une analyse qu'on pourrait tirer des saisies en constante augmentation. «Le Covid a eu un impact sur les saisies dans les ports car les aéroports étaient fermés, constate Yatta Dakowah, représentante de l'UNODC (United Nations Office Drugs and Crime). Les criminels sont capables de développer des nouvelles routes. La vitesse de ces développements exige une bonne collaboration internationale.»

Même constat auprès du directeur des Douanes belges. «En cas de crise, Les criminels sont meilleurs et s'adaptent mieux. En Amérique du Sud, à cause de la crise Covid, pendant à 1 à 3 mois, c'était difficile de faire entrer des gens pour faire des contrôles sur les terminaux.»