Éoliennes en Mer du Nord: accélérer le tempo sera compliqué

Un réseau terrestre qui n’est pas prêt et un appel d’offres qui ne viendra pas avant 2023: l’éolien en mer se met en pause forcée.

Alain Wolwertz
Éoliennes en Mer du Nord: accélérer le tempo sera compliqué
La Belgique est parmi les leaders mondiaux de l’éolien offshore. Mais elle va devoir ralentir. ©Belga

Les questions sur l’éolien offshore ont soufflé en rafales hier en commission Énergie de la Chambre. Plusieurs députés ont interpellé la ministre de l’Énergie Tinne Van der Straeten (Groen) sur le coup d’arrêt que va connaître la construction d’éoliennes en Mer du Nord.

Comme nous l’expliquions dans notre édition du 4 janvier dernier, si trois zones sont déjà définies dans les eaux territoriales belges pour l’implantation de nouveaux parcs éoliens, il n’est pas prévu que le gouvernement lance un appel d’offres pour leur construction avant 2023.

C'est ce qu'a d'ailleurs confirmé hier en commission la ministre Van der Straeten: «Nous prévoyons la procédure de mise en concurrence pour 2023 en ce qui concerne la zone princesse Elizabeth.» C'est cette zone de 281 km2 qui accueillera les futurs parcs. Pour lesquels, après l'appel d'offres, il faudra encore fixer le cadre réglementaire, réaliser les études techniques et d'incidence sur l'environnement. Ces études étant à réaliser par la DG Énergie du SPF Économie et le Service Milieu marin du SPF Environnement.

«Le gouvernement a en effet décidé que ces études seront faites par le public plutôt que les opérateurs et que c'est un "package" complet qui sera proposé lors de l'appel d'offres, indique Annemie Vermeylen, la secrétaire générale de la Belgian Offshore Platform. Cela prend donc plus de temps.»

Pour la plateforme, qui regroupe les principaux investisseurs dans la production d’énergie éolienne renouvelable en Mer du Nord belge, cette perte de temps est d’autant plus dommageable que les opérateurs, eux, sont de plus en plus rapides pour construire leurs parcs. Avec la puissance des éoliennes qui a été multipliée par 3 en une décennie, c’est moins de mouvements de bateaux, moins de contraintes avec les aléas météo, etc. et donc une installation plus rapide.

«Nous espérions une adjudication en 2021, ce qui aurait permis de mettre en service cette nouvelle capacité de 2 GW en 2024 ou 2025 », note Annemie Vermeylen. Là, on est plutôt sur l'horizon 2028-2030.

Accélérer le tempo est-il possible? Les députés Christophe Bombled (MR) et Malik Ben Achour (PS) ont posé la question à la ministre hier. Tinne Van der Straeten a répondu que le gouvernement s’en tient à son objectif annoncé d’augmenter la capacité de l’éolien offshore pour 2030. Accélérer le tempo est non seulement compliqué mais serait d’ailleurs peu utile puisque de son côté Elia, gestionnaire du réseau, n’envisage pas la fin du renforcement de son réseau terrestre (nécessaire pour absorber l’électricité venue de la mer) avant 2028 (voir ci-dessous).

«Et sans ce lien pour amener l'électricité vers les clients, on voit mal des opérateurs se lancer déjà dans des projets de nouveaux parcs», note la secrétaire générale de la Belgian Offshore Platform.