Veviba: «Révélateur du système cdH»

Écolo dénonce un «système cdH» qui fait la pluie et le beau temps de l’agriculture wallonne depuis 14 ans. La preuve: ces liens avec Verbist.

Martial DUMONT
Veviba: «Révélateur du système cdH»
P our Écolo, Lutgen ne pouvait ignorer les soupçons qui pesaient sur Verbist. ©BELGA

Le 4 mai 2017. Benoît Lutgen, président du cdH mais aussi bourgmestre de Bastogne, écrit au ministre de l'Agriculture René Collin. Dans ce courrier dont nous avons pu prendre connaissance, il demande au ministre, après une rencontre avec Verbist et le chef de cabinet de Collin, d'envisager «la possibilité de financer» une «étude de préfaisabilité d'un Centre d'interprétation de la viande et d'un Centre d'engraissement permettant la formation et la recherche expérimentation».

Dont coût de cette étude: 50 000 euros.

Rapidement, le 9 juin, quelques jours avant le «débranchage» de prise du gouvernement PS-cdH, le chef de cabinet de René Collin écrit au directeur général de la DG03 (Administration wallonne) pour confirmer que le ministre « marque son accord de principe».

Un système cdH?

Ce mardi, en commission conjointe Économie-Agriculture dans le cadre du scandale Veviba, la députée Écolo Hélène Ryckmans demandera des comptes au gouvernement, notamment par rapport à ces échanges de courriers.

« Ces demandes de subsides entre copains, c'est juste hallucinant, surtout quand on sait que le cdH, quelques jours plus tard, allait faire tomber le gouvernement sur des questions de gouvernance…», dit la députée.

« Ces courriers révèlent l'ensemble du système Lutgen et les liaisons du cdH avec le monde agricole, jusque dans l'administration puisque le directeur de la DGO3, chargé de gérer le dossier est lui-même cdH. Lutgen, lui-même a été ministre de l'Agriculture. Le cdH est à la tête de ce département depuis 2004. Et il est interpellant de voir que celui-ci, par l'intermédiaire de son président et bourgmestre de Bastogne, intervienne directement pour soutenir un projet où est impliqué Veviba alors qu'au moment de la rédaction de ces courriers, le système Verbist fait déjà l'objet de soupçons de la part du secteur…»

Des soupçons, dit Hélène Ryckmans, que Benoît Lutgen ne pouvait ignorer.

«Il nous revient de nombreux agriculteurs que depuis longtemps, il y avait des soupçons de fraude économique doublée de risques sanitaires. Ça se passait au moment du pesage de la carcasse qui se faisait après enlever les bas morceaux qui partaient en déchets. Le souci, c'est que de bons morceaux étaient aussi enlevés… et ensuite revendus au profit de Veviba et au détriment des agriculteurs», poursuit la députée.

«Avec de surcroît un risque sanitaire puisque ces morceaux se situaient là où la bête était saignée et donc où les bactéries risquaient de se mettre.»

«Le cdH a favorisé la concentration des abattoirs»

Hélène Ryckmans rappelle également le scandale des abattoirs d’Izegem (de la galaxie Verbist) qui avaient connu de gros soucis en matière de bien-être animal.

«Tout cela, le cdH et Benoît Lutgen ne pouvaient l’ignorer. Et malgré cela il demande, comme si de rien n’était, 50 000 euros pour offrir une belle vitrine à Verbist.»

La parlementaire n’ira donc pas par quatre chemins: elle va réclamer un état des lieux des subsides et des aides structurelles (notamment les prêts de la Sogepa) de la Région wallonne à Veviba. Elle relève également un autre souci.

«Les liens entre le cdH et Veviba révèlent une chose: depuis 14 ans, les différents ministres cdH de l'Agriculture n'ont rien fait pour empêcher la concentration très forte des abattoirs en Wallonie. Résultat, on se retrouve aujourd'hui avec une société qui représente 30% du marché alors même que le cdH ne cesse de dire officiellement qu'il faut privilégier l'agriculture de proximité et le circuit court », conclut la députée Écolo.

AVIS DU CONSEIL DE DEONTOLOGIE

Le Conseil de déontologie journalistique a constaté une faute déontologique dans cet article. Son avis peut être consulté ici.