La résistance s’organise dans les Communes

Des motions appelant le gouvernement fédéral à ne pas privatiser Belfius ont été votées ou mises à l’ordre du jour dans plusieurs conseils communaux.

Caroline FIXELLES
La résistance s’organise dans les Communes
«La privatisation n’est pas faite et il y a encore moyen d’intervenir», réagit Aline Fares de la plateforme «Belfius est à nous». ©BELGA

On l’apprenait ce vendredi matin: il faudra encore un mois de préparation au fédéral avant qu’il n’annonce officiellement l’introduction en Bourse de la banque Belfius, détenue aujourd’hui à 100% par l’État.

Le projet, soutenu par le ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA), permettrait à l’État de récupérer l’argent décaissé à la fin 2011 pour sauver la banque, en pleine débâcle Dexia.

En attendant, la résistance s’organise. Depuis près d’une semaine, des motions contre la privatisation de Belfius sont votées ou mises à l’ordre du jour ici et là dans plusieurs conseils communaux.

À l’initiative de la plateforme «Belfius est à nous», l’appel a notamment été relayé par Écolo qui a décidé d’activer ses conseillers communaux. D’autres partis, comme le PS ou le PTB, ont également été contactés.

Les Villes de Verviers, Ixelles et la Commune d’Assesse ont déjà voté pour. La motion est à l’ordre du jour à Gembloux, Wanze, Saint-Josse, Forest et Saint-Gilles. La plateforme explique aussi être en contact avec des élus susceptibles de soutenir la motion à Viroinval, Charleroi, Liège, Namur, Dison et Profondeville.

«Rien n'est fait, il y a encore moyen d'intervenir», soutient Aline Fares, porte-parole de «Belfius est à nous», qui souligne que ce relevé de communes n'est pas exhaustif.

La motion demande au gouvernement fédéral de revenir sur sa décision, d’organiser un débat public sur l’avenir de la banque et d’assurer, via Belfius, le financement des collectivités locales et du secteur associatif.

«La banque des communes»

Les communes sont en effet directement concernées par la privatisation de Belfius, «la banque des communes». Et pour cause, aujourd’hui, Belfius dédie un tiers de son portefeuille de crédits (90 milliards€) aux secteurs public et social, principalement des communes.

«Les communes risquent de perdre un partenaire qui détient une expertise importante les concernant, pointe Georges Gilkinet, député fédéral Écolo et président du conseil communal d'Assesse où il a fait voter mardi la motion majorité contre opposition. Privatiser Belfius, c'est perdre un ancrage belge et perdre des dividendes pour l'État (215 millions€ en 2016).»

Faire pression sur le fédéral

Par ailleurs, «les communes ont intérêt à conserver Belfius dans le giron public car les administrés communaux sont directement concernés par la politique de rentabilité à tout prix de Belfius, qui conduit à la fermeture des agences les moins rentables. Un désastre pour les communes rurales bien souvent», note Grégory Mauzé, membre de l'association Attac Bruxelles, qui fait partie de «Belfius est à nous».

Pour Aline Fares, si la campagne n’en est qu’à ses débuts, les premiers retours sont encourageants.

Le but est évidemment de faire pression sur le gouvernement fédéral. «Et en Wallonie et à Bruxelles, que les élus MR locaux se rendent compte de l'enjeu pour les communes!», indique Grégory Mauzé.

À Herve, le bourgmestre libéral ff Marc Drouguet n'a pas soutenu la motion, en début de semaine, estimant que le «débat devait se faire à la Chambre».

Cette initiative a également été lancée en Flandre. «C'est très important. Si nous espérons une évolution dans ce dossier, cela passera inévitablement par les partis flamands, majoritaires au fédéral», assure Grégory Mauzé.

La commune de Zelzate (Flandre Orientale) a émis un vote favorable, le 18 janvier dernier. «Les élus des partis de la majorité fédérale ont été sensibles aux enjeux pour leur commune et se sont abstenus. Ce qui a permis de faire passer la motion», note Aline Fares.