Bien se couvrir pour être couvreur en hiver

Travailler dehors, par tous les temps, c’est le quotidien de nombreux travailleurs. En plein hiver, les ouvriers de la construction sont mis à rude épreuve.

Julie Douxfils
Bien se couvrir pour être couvreur en hiver
Pour travailler sur les toits, surtout en hiver, il faut être robuste, courageux, et ne pas badiner avec la sécurité. ©stock.adobe.com

Cédric Lafosse emploie une quinzaine d'ouvriers pour des travaux de toiture, de zinguerie et de charpenterie, ainsi que pour des rénovations sur tous types de chantiers en Wallonie et à Bruxelles. Le patron de CL Construction scrute régulièrement la météo, surtout à ce moment-ci de l'année. «Travailler sur les toits quand il vente, pleut ou neige, c'est vraiment éprouvant physiquement, indique-t-il. Ça engendre du stress, de la fatigue, et puis parfois, on tombe malade. Quand les conditions hivernales empêchent les ouvriers de faire leur boulot, on tombe dans le système dit des intempéries et ils reçoivent alors une compensation du chômage.» Cela n'est pas sans conséquence sur les plannings à respecter.

Faire face aux critiques

«Jamais terminé dans les temps», «Marre de ce chantier qui n'en finit pas», «Ils ne respectent pas les délais»… Le patron a l'habitude d'entendre de tels propos de la part de ses clients, mais ceux-ci ne se rendent pas toujours compte que ses équipes sont tributaires des conditions climatiques. «Il y a des jours qui ne sont pas considérés comme des journées d'intempéries, mais c'est tout comme, signale Cédric Lafosse. Si la température est remontée, mais qu'il a gelé toute la nuit, des matériaux comme les ardoises collent à cause du gel. Quant aux panneaux en fibrociment par exemple, on ne peut pas les poser en dessous de 5 ou 6 °C. Techniquement, nous sommes freinés. Parfois, certains clients s'étonnent que personne ne travaille alors qu'il fait un temps magnifique, mais si la météo avait annoncé d'importantes averses et que ce n'est pas le cas, c'est aussi ennuyeux pour eux que pour nous.»

Bref, il faut jongler sans cesse avec les aléas du temps et les retards ne font évidemment pas l'affaire des patrons. «Même si les ouvriers ne travaillent pas, nous avons toujours des coûts fixes: les salaires, la comptabilité, les camionnettes… c'est assez catastrophique les mois où l'on travaille moins, entre novembre et février.»

Adaptation et sécurité

Pour travailler dans la construction, surtout en hiver, il faut être robuste et courageux. «Un bon matériel est aussi indispensable. Cela va du pneu hiver au bonnet», note Cédric Lafosse. Mieux vaut privilégier les vêtements à la fois chauds et confortables qui permettent de se mouvoir sans difficulté. Sur des toits glissants, il faut faire preuve de bons sens et ne pas badiner avec les consignes de sécurité. «Pour éviter les accidents, il ne faut pas foncer sans réfléchir et ne pas se balader sur une corniche sans sécurité par exemple.»

Quand ils travaillent sous la canicule, les ouvriers ne sont pas mieux lotis. «Ils doivent adapter leurs horaires en fonction de la luminosité et de la chaleur, précise le boss. Quand ils sont sur les toits et que les tuiles se réverbèrent, ils sont soumis à des températures de 60 à 70 °C. Les produits bitumeux deviennent mous et ils ne peuvent pas toucher le zinc. C'est parfois plus contraignant que le froid.»

Métiers en pénurie

Les métiers de la construction, et particulièrement celui de couvreur, font partie des professions en pénurie, notamment parce qu'ils sont harassants. «Au début, les jeunes sont volontaires mais ils déchantent rapidement. Les ouvriers prennent plus vite des années car ils commencent leurs journées très tôt et sont en extérieur par tous les temps, mais aussi parce qu'ils doivent porter des charges lourdes. Vers 45-50 ans, ce n'est plus aussi facile, estime Cédric Lafosse. C'est surtout le dos qui trinque. Avant, on travaillait avec moins d'aide. Maintenant, des grues permettent d'aller plus vite, mais aussi de se faire moins mal. À l'école, les apprentis devraient être formés à la manière de porter des charges pesantes car c'est important de bien les manipuler.»

Au-delà de ces difficultés, ce métier reste un travail de passion qui requiert motivation, précision et goût du travail bien fait. Un projet mené à terme est souvent une belle satisfaction. «Nous avons par exemple participé à la construction du pont au-dessus de l'autoroute à l'AC Restaurant de Wanlin. Quelle fierté! Et il y en a beaucoup d'autres.»