Alternance: trop de jeunes sans stage

La formation en alternance a cartonné à la rentrée. Mais un tiers des jeunes n’ont pas de contrat. Les PME feraient-elles la fine bouche?

Pascale Serret
Alternance: trop de jeunes sans stage
La motivation des jeunes apprentis est le premier critère qui focalise l’attention des patrons. ©ÉdA – 203278620010

Un tiers des jeunes inscrits à l’IFAPME pour une formation en alternance n’ont pas trouvé l’entreprise qui pourra assurer leur formation sur le terrain.

La ministre de l’Emploi et de la Formation Éliane Tillieux lance un appel aux PME. En attendant, une enquête du SNI, le Syndicat national des indépendants, fait le point avec 1 003 patrons d’entreprises, moyennes, petites ou très petites.

1. Stagiaire cherche patron

En Wallonie, le premier opérateur de formation en alternance, c’est l’IFAPME: 17 666 inscrits en octobre, dont 11 904 pour la formation de chef d’entreprise (4 417 en convention de stage) et 5 762 jeunes pour la formation en apprentissage, qui se partagent entre les cours et l’entreprise. C’est ça, l’alternance. Pour les cours, ça roule. Mais pour l’entreprise, 1 828 jeunes attendent qu’un patron accepte de les accueillir.

2. Ceux qui accueillent, ceux qui calent

Le SNI a cherché à savoir pourquoi certaines entreprises s’impliquaient et d’autres pas. Avec le bureau d’études MCP Quality Services, une enquête a été menée auprès d’un millier de patrons et d’indépendants en Wallonie. Un premier chiffre: 53% des entrepreneurs ont déjà fait appel ou font encore à la formation en alternance et 36% des sondés connaissent le concept. Mais pour 11%, l’alternance reste un mystère. La moitié des patrons qui n’ont pas testé ce type de formation sont demandeurs d’infos.

3. Ils ont aimé

Ceux qui ont essayé le système semblent majoritairement contents (70% ont apprécié l’expérience). Les jeunes patrons sont les plus enthousiastes pour la formation en alternance. La cible idéale du côté des entrepreneurs se situerait dans le créneau des 35-44 ans.

4.Motivés?

Le premier critère de satisfaction ou d’insatisfaction, de réussite ou d’échec de l’alternance, selon les entreprises sondées, c’est le stagiaire lui-même: sa motivation. C’est ce qui va marquer les patrons, en bien comme en mal. La capacité de l’apprenti à emmagasiner des compétences compte aussi. Ainsi qu’un minimum de savoir-faire dans le métier approché. Le manque de temps pour accompagner le jeune est cité comme un frein à l’accueil dans 55% des cas.

5. Amplifier le mouvement

Pour le SNI, l'enquête démontre qu'il y a «un véritable potentiel à exploiter auprès d'un public encore insuffisamment sensibilisé et informé ». Près de 300 entrepreneurs ont déjà été approchés par le SNI et Éliane Tillieux. La Confédération wallonne de la construction est assidue. «Tout comme les comptables, les esthéticiennes, etc. Mais il faut encore associer davantage de fédérations professionnelles pour amplifier la démarche», conclut Christophe Wambersie, le patron wallon du SNI.

EN CONSTANTE EVOLUTION

ACTIONS: simplifier le paysage

La ministre Tillieux voit déjà les mentalités évoluer peu à peu dans les entreprises. Mais il y a encore du travail. «Il faut passer de la parole aux actes.

Un tiers des jeunes sans place de stage, c’est inacceptable », souligne-t-elle.

Une plateforme unique de gestion de toutes les données de la formation en alternance, « accessible en 2 ou 3 clics », devrait déjà simplifier le paysage. Tout comme l'embauche de coaches sectoriels comme « garants de la formation» et conseillers des entrepreneurs ou encore l'unicité des contrats pour les apprenants, quelle que soit leur filière de formation en alternance. La ministre travaille aussi sur la mise en place d'un seul agrément en Wallonie et d'une seule certification pour tous.

Alternance: trop de jeunes sans stage

Dans les cuisines de Ludovic

Tout le monde le prend pour l’apprenti. Après tout, il n’a que 26 ans. Etcomme il en fait 7 ou 8 de moins… Ludovic Vanackere est néanmoins son propre patron depuis bientôt 6 ans.

Et aujourd’hui, c’est lui qui accueille des apprentis dans son restaurant, à Loyers (L’Atelier de Bossimé). Le jeune entrepreneur est totalement convaincu par la formation en alternance.

« J'ai envie de transmettre, d'apprendre aux jeunes», dit-il. Édouard, son stagiaire qui suit une formation en alternance, s'active en cuisine. «Quand il aura fini son stage, il aura déjà grimpé quelques échelons. Il pourra sans doute aller chez un confrère, sans difficulté. Mais j'espère quand même qu'il va rester un peu chez nous, " à la maison " », sourit Ludovic, quasi paternel.

Lui-même a suivi un parcours d'apprentissage très classique, dans une école conventionnelle. Il compare: «Quand j'avais leur âge, je me trouvais moins apte que ceux que je suis en train de former. Quand ils sortent de leur formation, ce sont des adultes, qui arrivent à l'heure, qui sont soignés, respectueux… Ils ont de la maturité. Je trouve que l'alternance est en tout cas plus pertinente à cet égard que la formation classique. Et dans mon métier, on connaît une vraie pénurie de personnel de qualité. Je crois vraiment que l'alternance est une solution pour l'emploi. »

«Dites-le aux parents»

Selon le restaurateur, si on veut valoriser la formation en alternance, c'est un clou qu'il faut enfoncer: «Il faut faire connaître et valoriser cette option auprès des parents, qui pensent souvent que c'est une voie de garage», insiste-t-il.

Il pense ainsi aux grands-parents de son apprenant actuel: «Ce n'est pas ça qu'ils voyaient comme avenir pour leur petit-fils. Ils l'auraient plutôt poussé vers des études en bonne et due forme. Quoique… Maintenant, ils commencent à être fiers, à dire qu'il est cuisinier», raconte encore Ludovic Vanackere.

Il n'a pas encore pu «lancer» un stagiaire sur le marché de l'emploi. «Mais ce sera une grande fierté et un plaisir pour moi», assure le patron.

ARGUMENTS: Pourquoi l'alternance?

La formation en alternance est la 2e filière qui mène à l’emploi, « juste derrière le baccalauréat mais devant le master», explique Éliane Tillieux.

Selon l’IFAPME, le taux d’insertion dans les 6 mois est de 78% pour les apprentis (vers l’emploi ou vers une formation de chef d’entreprise) et de 82% pour les diplômés «chef d’entreprise».

Plus de 100 formations (3 ans en général) sont accessibles. La Région wallonne octroie une prime de 750€ pour les indépendants qui n’ont pas de travailleur et qui forment un apprenant pour la première fois. Une autre prime de 750€ est libérée pour les entreprises agréées qui forment un apprenant et qui le gardent au moins 9 mois sous contrat.