Au Cambodge, on recrute des orphelins

Trois quarts des enfants dans les orphelinats au Cambodge ont au moins un parent en vie. Un tourisme de l’orphelinat s’y est créé.

M.M.

Ils sont tellement craquants ces petits Cambodgiens orphelins que nombre d’Occidentaux s’envolent vers l’Asie du sud-est pour leur venir en aide en leur donnant des leçons d’anglais par exemple. Sauf que ces «orphelins» n’en sont pas toujours. Selon les chiffres de l’Unicef, trois quarts d’entre eux ont des parents vivants.

Autre élément étonnant: il y a plus d'enfants cambodgiens dans des orphelinats aujourd'hui que pendant la période de guerre civile. Le nombre d'orphelinats au Cambodge a plus que doublé au cours des 10 dernières années. Selon les chiffres de l'Unicef, en 2005, il y avait environ 6 000 enfants dans des orphelinats mais ce nombre est passé à plus de 11 000 en 2014, des chiffres en dessous de la réalité selon Lucia Saleti, responsable de la protection de l'enfant au Cambodge pour l'Unicef. « car beaucoup d'institutions opèrent sans enregistrement …» et sans règles.

Pour leur éducation

Selon la spécialiste, « beaucoup de parents envoient leurs enfants dans des orphelinats pour obtenir une éducation qu'ils ne peuvent payer eux-mêmes. »

Même si le volontourisme n'est pas le seul facteur à l'origine de cette augmentation, il y contribue. «Nous savons que la plupart des orphelinats sont financés par des dons de l'étranger, ce qui contribue à l'augmentation du nombre d'orphelinats.»

Un business de l’orphelinat

Plus surprenant encore, «certaines institutions font du recrutement actif. Certains orphelinats ici au Cambodge sont gérés comme des entreprises. Les parents sont manipulés afin de placer leur enfant en institution. Ils attirent alors l'attention de donateurs, de bailleurs de fonds ou de visiteurs qui apportent des financements», explique la responsable.

« Au Cambodge, comme dans beaucoup de pays à travers le monde, il y a un phénomène croissant pour le tourisme des orphelinats c'est-à-dire visiter, faire du bénévolat ou bien participer à des spectacles pour touristes dans les orphelinats, note la spécialiste. Malgré leurs bonnes intentions, les touristes volontaires finissent par contribuer à la séparation des familles.»

Lucia Saleti tient à être claire: tous les orphelinats ne fonctionnent pas de cette façon. Mais insiste: il faut réfléchir avant de faire un don d'argent ou de temps. «Même s'il y a des bonnes intentions derrière, ce type de soutien nuit aux enfants car il les sépare de leur famille.»

Conclusion: il y a bien d'autres moyens d'aider les enfants. « Il vaut mieux diriger le soutien aux organisations de confiance qui travaillent au sein des familles, éviter de faire des dons à des orphelinats, surtout si on n'en connaît pas bien l'origine et se poser la question: respectent-ils les normes de protection de l'enfant?»