Djihad, islamisme, salafisme… décodons l’islam

Djihadisme, islamisme, salafisme, terrorisme: tant de termes, concepts et réalités à comprendre et à ne pas confondre.

Catherine Ernens
Djihad, islamisme, salafisme… décodons l’islam
coran videographies.jpg ©ÉdA

Musulman n’est pas synonyme de djihadiste. Djihadiste n’est pas l’exact équivalent de terroriste. Il s’agit de ne pas tout confondre sans quoi on brise toute possibilité de rencontre et de compréhension. Avec l’islamologue, et professeur émérite de l’UCL, Felice Dassetto, nous faisons le point lexical et historique.

Tous les courants de l'islam se côtoient aujourd'hui dans tous les pays européens et donc en Belgique: mystique, missionnaire, politique, djihadiste. «Sans qu'on puisse définir ou quantifier précisément ces différents courants», signale Felice Dasseto. «Aujourd'hui, le salafisme, la branche pieuse, a en tout cas donné le ton aux musulmans du monde arabe. Le djihadisme concerne une toute petite minorité, par contre. Mais il en faut peu pour arriver à d'énormes désastres.»

Il existe différentes manières d’être musulman. Depuis le mystique (qui cherche le contact direct avec Dieu) jusqu’à l’islam des frères musulmans en passant par un islam tranquille qui est dans l’observation..

Décoder pour éviter les amalgames…

Islam

L'islam correspond à l'une des trois grandes religions monothéistes. L'islam est apparu après le judaïsme et le christianisme. Mais c'est numériquement la plus importante religion au monde aujourd'hui. Les sunnites sont majoritaires et se placent à côté des chiites, branche minoritaire.

Les sunnites considèrent le Coran comme une œuvre divine: l'imam est un pasteur nommé par d'autres hommes, un guide entre le croyant et Allah pour la prière. Les chiites considèrent l'imam, descendant de la famille de Mahomet, comme un guide tirant directement son autorité de Dieu. Alors que les sunnites acceptent que les autorités religieuse et politique soient fondues dans la même personne, les chiites prônent une séparation claire.

Djihad

Le terme «djihad» se trouve dans le texte fondateur pour les musulmans, le Coran. Il veut dire littéralement «effort». Toutes les religions prônent l'effort. Mais le mot «djihad» est polysémique. Trois interprétations du djihad sont possibles, selon Felice Dassetto.

1. Un djihad spirituel. Il s'agit d'un effort sur soi qui passe par la prière, par les actes qui améliorent le monde…

2. Un djihad de combat. C'est celui qui passe par les armes et la violence. La doctrine musulmane a produit une doctrine de la guerre.

3. Un djihad de prédication. Il est lié à la propagande.

Salafisme

En arabe, «ancien» se dit «salas». Les salafistes ont une volonté de retourner au courant d'origine, de l'appliquer «à la lettre». Le salafisme prône ainsi un retour à la pratique ancestrale de l'islam, correspondant à l'époque du prophète et dont les musulmans se seraient éloignés.

Le salafisme est une nouvelle appellation du wahhabisme, qui a pris naissance au XVIIIe siècle en Arabie saoudite. Le salafisme impose une vision très missionnaire et très préoccupée de retourner à la lettre du Coran et aux «paroles du prophète». Un retour aux anciens et à la communauté première considérée comme pure.

Islamisme

L'islamisme est un islam spirituel qui s'est doublé d'un but et d'une vision politique. Il s'agit d'un projet global de régime basé sur la foi islamique.

L'islamisme a pris cette dénomination dans les années 70. Il a puisé ses racines vers 1920 et se dénommait alors de différents noms dont, en particulier, celui des «frères musulmans».

Les islamistes se divisent en trois catégories, selon la méthode qu'ils prônent pour parvenir à ce régime politique islamique. Certains islamistes optent pour la voie de la participation électorale. D'autres pour la voie de la rue comme on a pu le voir en Tunisie, par exemple. Enfin, il y a les islamistes qui disent qu'il faut prendre les armes pour arriver au pouvoir.

Terrorisme

Terrorisme et djihadisme sont deux notions distinctes. Le terrorisme est l'emploi de la terreur à des fins politiques. Le terrorisme est une technique qui vise à semer la terreur en menant des actions contre des civils.

On a connu par le passé les «brigades rouges» ou les «cellules communistes combattantes» au sein de la gauche. Il ne s’agissait pas pour autant de les confondre avec l’ensemble des communistes et socialistes.

Les djihadistes ne sont par ailleurs pas tous terroristes, précise Felice Dassetto. En Syrie, par exemple, les djihadistes combattent un ennemi, le régime de Bachar El Assad.

Prédication ou armes

À l’intérieur du salafisme, deux courants.

1. Un salafisme de prédication. Il s'agit d'un courant qui prône une très grande rigueur morale avec une conception, par exemple, de la femme qui ne doit pas travailler et se montrer aux hommes ou une obligation de prière cinq fois par jour. Le salafisme insiste sur les normes morales. En «langage catholique», on parlerait de «bigots enfermés sur eux-mêmes» et considérant les autres catholiques comme tièdes ou mauvais. « Avoir des gens qui sont dans une telle conception est très embêtant parce qu'ils sont enfermés dans une bulle», commente Felice Dasseto.

2. Un salafisme djihadiste. Ce courant s'est développé à partir des années 80-90 en prônant une lutte armée.