Crise des migrants: « Briser le modèle des passeurs »

La frégate belge le Léopold Ier patrouille désormais à proximité de la Libye. Objectif: sécuriser les migrants et intercepter les passeurs.

En mer Méditerranée
Emmanuel HUET

La frégate Léopold 1er , le plus important navire de guerre belge patrouille actuellement au large des côtes libyennes. La mission qui avait pris le départ de Zeebruges le 5 octobre est aujourd’hui entrée dans la phase 2. Objectif: casser le juteux commerce des passeurs en mer Méditerranée. Dans un premier temps, le navire long de 124 mètres a effectué des missions de récolte d’informations. Mais depuis hier, le Léopold Ier est habilité à arraisonner tous les équipages sur les eaux internationales: que ce soit un rafiot bondé de migrants ou une embarcation composée de passeurs. La limite imposée: ne pas pénétrer dans les eaux libyennes, et donc se tenir à environ 25 km des côtes.

La Belgique a envoyé ce navire et 155 militaires à bord pour répondre à la demande européenne et son opération Eunavfor Med. Actuellement, 8 navires européens patrouillent dans cette zone grande de 1 million de km2 , soit 42 fois la taille de la Belgique. «C'est énorme si on veut tout suivre et tout détecter», reconnaît le commandant De Maesschalck.

Plus de mille migrants secourus mercredi

Mais la mission européenne semble porter ses fruits. Mercredi, plus de 1 000 migrants ont été secourus par des navires des garde-côtes mais aussi par des bâtiments anglais, slovènes et allemands. Une mission à laquelle devrait être confrontée au plus vite la Belgique, engagée dans l'opération jusqu'au 22 janvier. «Il faut briser le modèle économique du trafic organisé d'êtres humains, insiste le commandant. On se concentre sur la partie centrale de la Méditerranée où on estime qu'il y passe environ 25% du trafic d'êtres humains. C'est aussi la route la plus mortelle pour les migrants. Le gros problème, c'est le nombre important de pertes de vies. Nous sommes sur une route où les passeurs gagnent des sommes importantes. Cela va de 60 000€ pour un bateau gonflable (environ 100 personnes) jusqu'à 380 000€ pour des bateaux en bois avec plus de 400 migrants à bord.»

Intercepter des embarcations, faire monter les migrants à bord, détruire une embarcation voire être opposé à des passeurs, le Léopold Ier devra être en mesure de répondre à toute une série de scénarios. «Si on détecte des passeurs parmi des migrants, on n'essaye pas de les séparer car c'est trop dangereux. On détermine qui ils sont et on transmet les informations aux autorités italiennes.»

C'est hier soir, au terme d'un voyage d'une douzaine d'heures entre Catane (Sicile) et le large libyen que le Léopold Ier est arrivé dans sa zone de mission. À terme, Eunavfor Med pourrait s'étendre aux eaux libyennes. Et c'est certainement à ce stade qu'elle serait nettement plus efficace. Mais aucun accord n'a encore pu être trouvé avec Tripoli. «Élargir le mandat n'a jamais fait de tort à une opération», reconnaît le commandant.