Migrants: l’Europe face à ses responsabilités

Situation dantesque à Munich, en Allemagne, temporairement débordée par l’afflux de réfugiés. Pointant la faillitede l’Union européenne, les Allemands, jusqu’ici à la pointe dans ce dossier, ont décidé de renforcer les contrôles aux frontières.Grosse pression sur la réunion européenne de crise, ce lundi, à Bruxelles.

Migrants: l’Europe face à ses responsabilités
GERMANY-EUROPE-MIGRANTS ©AFP

Une situation dantesque… Pour les réfugiés, comme pour les autorités. Ce week-end, la ville de Munich, porte d’entrée en Allemagne pour les réfugiés arrivant par les Balkans et l’Europe centrale, s’est retrouvée à «l’extrême limite » de ses capacités d’accueil.

Selon les autorités locales, la métropole du sud de l’Allemagne a vu arriver 63 000 personnes en deux semaines. Avec un record pour la journée de samedi, avec l’accueil de quelque 13 000 réfugiés. Durant la nuit, des dizaines de demandeurs d’asile ont dû dormir dehors sur des matelas isotherme et avec des couvertures, faute de place dans les centres. Selon la radio-télévision publique bavaroise, la capitale bavaroise est «passée très près d’une catastrophe humanitaire ».

Les autorités locales envisagent désormais de réquisitionner le stade olympique de la métropole, où ont eu lieu les JO d’été de 1972, pour des hébergements.

Le trafic ferroviaire interrompu

Un flux de réfugiés qui n’est pas prêt de se tarir. Des milliers d’entre-eux se sont livrés ce week-end à une véritable course contre la montre pour tenter de gagner la Hongrie, d’où ils veulent rejoindre leur «Eldorado » allemand, via l’Autriche, avant la fermeture hermétique de la frontière avec la Serbie, prévue mardi par une double ligne de fils de fer barbelés. Quelque 8 000 réfugiés sont ainsi arrivés dimanche au poste-frontière austro-hongrois de Nickelsdorf.

Le problème pour l’Allemagne? Si le pays s’est dit prêt à accueillir plus de 800 000 réfugiés cette année, sa capacité d’accueil en première ligne sature. Hier en fin d’après-midi, Le gouvernement a décidé ainsi de réintroduire provisoirement des contrôles à sa frontière avec l’Autriche, d’où viennent la plupart des réfugiés.

Dans le même temps, l’Autriche a annoncé la fermeture du trafic ferroviaire entre les deux pays. Et peu après, c’est la République tchèque qui a annoncé renforcer les contrôles à sa frontière avec l’Autriche.

Pour l’heure, chacun pour soi

L’ambiance s’annonce donc tendue ce lundi à Bruxelles, où se tient un conseil européen consacré à la crise.

«L'Allemagne n'est plus disposée à accepter que les réfugiés qui affluent en Europe puissent choisir le pays qui les accueillera, a averti dimanche le ministre de l'Intérieur, Thomas de Maizière. Les demandeurs d'asile doivent comprendre qu'ils ne peuvent se choisir les États où ils chercheront protection. »

Une allusion aux règles européennes, qui imposent que les demandes d’asile soient déposées dans le premier pays d’entrée de l’Union européenne. Mais aussi aux quotas d’accueil voulus par la Commission, quotas que certains pays refusent d’accepter, comme la Hongrie, la Pologne ou la République tchèque.

Une remise en causede Schengen

Autre preuve que l’Allemagne a décidé de durcir le ton, les déclarations d’Alexander Dobrind, ministre allemand des Transports. Qui, lui, a dénoncé de façon plus large «l’échec complet » de l’Union européenne à contrôler ses frontières extérieures.

Selon Alexander Dobrind, les «limites de capacité d'accueil de l'Allemagne sont atteintes » et « ce signal doit être compris sans ambiguïté » par les autres pays européens.

«L'Allemagne aide sur la question des réfugiés depuis des mois et avec une ampleur bien plus grande que tous les autres pays européens, a-t-il regretté. Des mesures efficaces sont à présent nécessaires pour stopper l'afflux »

Un changement de ton qui risque d’avoir des conséquences en Europe, avec une éventuelle remise en cause de Schengen. Mais aussi des propos qui illustrent aussi les tensions politiques internes de plus en plus grandes auxquelles Angela Merkel est confrontée sur le dossier des réfugiés.