Un fermier français met Monsanto au tapis : des émules en Belgique ?

À Lyon, l’agriculteur charentais est sorti vainqueur de la cour d’appel: Monsanto devra l’indemniser à la suite de l’empoisonnement qu’il a subi en 2004. Chez nous, Inter-Environnement Wallonie espère...

Pascale Serret
Un fermier français met Monsanto au tapis : des émules en Belgique ?
FRANCE-US-AGRICULTURE-FARM-TRIAL-MONSANTO-FILE ©AFP

Paul François est devenu une icône à son corps défendant. Il ne veut pas être un symbole «bio» ou «écolo». Il veut être indemnisé. Et il se sera, entièrement, même si Monsanto va en Cassation.

Jeudi, la cour d’appel de Lyon a en effet donné raison au cultivateur français. Le géant de l’agrochimie a été jugé responsable «pour de bon» du préjudice physique subi par le plaignant. La firme est condamnée, comme c’était déjà le cas en première instance en 2012.

C’est une première. Une brèche dans une forteresse réputée imprenable. Et peut-être une porte ouverte sur une série d’autres indemnisations.

Un jour d’avril, il y a 11 ans

Le 27 avril 2004, dans sa ferme en Charente, Paul François veut vérifier si la cuve de son pulvérisateur est bien nettoyée. Mais il s’effondre après avoir inhalé les vapeurs du produit toujours contenu dans la cuve. Du Lasso, c’est un produit herbicide pour le maïs commercialisé à l’époque par Monsanto.

Paul François crache du sang et s’évanouit. Mais il a eu le temps de faire le lien. Après un séjour à l’hôpital, le cultivateur reprend le boulot. Mais il est rattrapé par ses malaises: il souffre d’absences, il a du mal à articuler, il a des migraines terribles... Et on le retrouve à nouveau retrouvé inanimé dans sa cuisine, sept mois après l’inhalation des vapeurs de Lasso.

Hôpital, encore... On détecte une grosse défaillance cérébrale et des lésions. La cause est identifiée près d’un an après l’accident. C’est un solvant, le monochlorobenzène, qui déclenche crises et comas dont souffre Paul François. Il constitue la moitié des composants du Lasso.

«Monsanto savait»

Son combat juridique commence à ce moment-là. Il s’est enfin terminé jeudi, devant la cour d’appel de Lyon. La presse a beaucoup évoqué la victoire du pot de terre contre le pot de fer...

Du côté du pot de fer, les responsables de Monsanto ont prévenu qu’ils pouvaient se pourvoir en Cassation. Mais l’action éventuelle ne les dispensera pas d’exécuter la condamnation.

Le Lasso, interdit en France depuis 2007, n’est plus commercialisé en Belgique depuis 1992. Au Canada, le produit a disparu de la scène déjà en 1985... «Monsanto savait», dénonce l’agriculteur français.

«C’est énorme!»

Et chez nous? Des agriculteurs ont-ils eux aussi intenté des actions pour des dommages du même type?

«Pas à ma connaissance», réfléchit Valérie Xhonneux. Elle est chargée de mission politique des produits, substances chimiques et pesticides chez Inter-Environnement Wallonie.

Et encore faudrait-il un vrai suivi à long terme des impacts de ces produits sur les agriculteurs belges.

«En France, ça existe. Il y a l'enquête Agrican. Mais ce qui est positif avec cette première décision, c'est qu'elle va peut-être susciter des actions chez nous, justement. Il y a un déficit d'informations à cet égard.»

Elle confirme: «C’est une première. Et c’est énorme! Jusqu’à présent, quand on considère tous les impacts que peuvent avoir leurs produits sur les professionnels de l’agriculture, les géants comme Monsanto n’ont pas eu beaucoup de comptes à rendre...

Cancers, maladie de Parkinson...

Paul François vit avec des dommages au cerveau. Mais d'autres dégâts peuvent être provoqués par les pesticides, comme référé par l'Inserm en 2013. L'institut national français de la santé et de la recherche médicale a fait le point sur la question en 2013, tant pour les expositions professionnelles que pour les fœtus et les jeunes enfants.

La liste est longue: cancers, problèmes neurologiques (comme la maladie de Parkinson), troubles de la reproduction, atteintes au système immunitaire et endocrinien... Sans oublier les expositions brèves mais à forte dose, comme celle encaissée par le céréalier français. «Dans ce cas, les effets sont beaucoup plus violents et directs: effets cutanés, digestifs, neuromusculaires...», explique Valérie Xhonneux.

Pour les particuliers, pas moins pernicieux

«Les particuliers ne sont en principe jamais exposés de cette façon. C’est plutôt des petites doses. Mais sur un temps plus long. Un récipient mal fermé dans la cave...»

Ce qui n’en est pas moins néfaste à long terme. Et comment encore établir des responsabilités dans ce cas? Qui fera encore le lien entre cet herbicide dans la cave et des dommages qui apparaîtront peut-être des années après?

Au fait, le Roundup, interdit en France, est toujours commercialisé chez nous... «Sans attendre la fin du parcours européen de l'approbation du glyphosate, on pourrait déjà prendre des mesures pour les particuliers», commente Variée Xhonneux.