Le consensus wallon pour la suppression du vote électronique

Ce n’est pas si fréquent: la majorité wallonne devrait voter un texte de l’opposition écolo sur la suppression du vote électronique.

Pascale Serret

«Dites bien au fédéral que nous, parlementaires wallons, on veut abandonner le vote électronique pour les élections européennes, fédérales et régionales»: c'est la demande que les députés wallons vont adresser ce mercredi à leurs ministres régionaux, pour qu'ils relaient le message au fédéral.

Une proposition de résolution, déposée par Écolo (opposition), sera en effet votée aujourd’hui en séance plénière du Parlement wallon. C’est un «oui» majoritaire qui est attendu, puisque le PS et le cdH ont soutenu les «verts» en commission, il y a 15 jours. Le retour de l’Olivier, en somme.

1. Le fédéral, incontournable

Pourquoi ne pas gérer le dossier en toute autonomie à la Région wallonne? Parce que la compétence reste fédérale pour toute organisation d’élections, hormis les communales et les provinciales. Mais la même demande a été déposée «en interne», au Parlement wallon, pour les élections locales.

2. Un pas plus loin

Le gouvernement wallon avait déjà clairement annoncé la couleur dans sa déclaration de politique régionale de 2009. Et elle a remis ça en 2014: la majorité PS-cdH est pour la suppression du vote électronique aux communales et aux provinciales. Cette fois, la proposition de résolution d’Écolo emmène les députés wallons au bout de ce qu’ils peuvent faire: interpeller un autre niveau de pouvoir pour qu’il intervienne à son tour.

3. Trop flou, trop faible

Le vote électronique a ses détracteurs depuis son lancement en Wallonie en 1991. Dès le moment où le dépouillement est assuré par une machine, les possibilités de contrôle direct s’estompent pour le citoyen. Et certains électeurs mal à l’aise avec la manipulation électronique appellent parfois à l’aide dans l’isoloir. Ce qui compromet le secret du vote. On évoque aussi des connexions internet non sécurisées, comme une invitation au piratage. Et s’il avait fallu réunir des éléments à charge sur le terrain, le scrutin de mai 2014 a largement fait le job: annulation de plus de 2 000 voix, absence d’assesseurs ou de témoins selon les bureaux, un opérateur défaillant, etc.

4. Trop cher

Selon un rapport réalisé en 2013 sur base des données issues du scrutin local de 2012, le vote électronique coûte 13 fois plus cher que le vote papier.

5. Un cinquième des Wallons

Le vote électronique concerne 22% des Wallons, soit 39 communes sur 262.

Un décret mijote…

Le ministre Furlan (Pouvoirs locaux) a dans ses cartons un futur projet de décret sur l’abandon du vote électronique et sur l’abandon de l’effet dévolutif de la case de tête

«Et d’autres propositions encore», a-t-il rappelé hier en commission. Il devrait le présenter au gouvernement dans les mois qui viennent.

Le ministre PS dit se fonder notamment sur un rapport publié en 2013 sur les élections communales de 2012. Ce rapport épluche tous les volets de l’organisation des élections. La communication auprès des jeunes, auprès des seniors, le budget (c’est là qu’on évalue le coût du vote électronique, lire ci-contre), les perspectives (une harmonisation des pratiques avec le fédéral, l’accessibilité aux bureaux de vote…).

On lit aussi qu'on a peu renouvelé le parc des machines permettant le vote électronique, parce que la Région a fait un gros «upgrading» des PC en 2006, «qui permet à ceux-ci de fonctionner sans problème depuis 2006, ce qui devrait normalement encore être le cas en mai 2014». On n'ose pas imaginer ce que ça aurait donné sans ça, en plus des bugs du logiciel.