« C’est une peine de mort inversée »

«Ce qui va arriver là, vu le contexte carcéral, c’est une peine de mort inversée. Alors que la Belgique s’est depuis longtemps opposée à la peine capitale, c’est tout à fait incohérent.»

J.H.

Directrice de l'Institut européen de bioéthique, Carine Brochier, pèse ses mots mais ils sont très lourds. «Est-ce que c'est une façon de régler la surpopulation des prisons? Je ne peux le croire. Mais qu'est ce qui va rester dans l'opinion? Que cet homme est un violeur et un meurtrier, et qu'il a lui-même demandé à mourir. Alors où est le problème? On est soulagé. Ça pose question. Nous sommes dans un climat où on s'habitue à l'euthanasie, à ce geste de mort, à ce suicide assisté. Alors qu'aux États-Unis, les médecins refusent de participer aux injections létales, chez nous on va de nouveau amener un médecin, même s'il est d'accord, à pratiquer un tel acte. Et toute l'équipe sera là pour participer à cette exécution.»

«L'euthanasie pour des cas psychiques est de plus en plus acceptée en Belgique», dénonce Carine Brochier. «La dépression, le manque de sens de la vie, la solitude poussent des gens à demander à mourir. C'est un grave problème et les cas se multiplient, c'est évident», dit-elle. Analyse à l'appui du dernier rapport de la Commission fédérale. Elle cite des détresses et des «dérives». Dans des situations d'anorexie, par exemple.

«Cette souffrance, dans le cas de Frank Van Den Bleeken, on ne peut pas la nier. Mais le fait d’être interné n’a fait qu’en rajouter. Est-ce qu’on a tout fait pour l’alléger? Non, on n’y a pas mis les moyens. C’est avant tout un immense échec de la psychiatrie belge.»

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