Moins de producteurs pour plus de lait

Moins de producteurs, des prix à la consommation globalement à la hausse: une étude a analysé les grandes tendances du secteur laitier.

Adrien Mogenet
Moins de producteurs pour plus de lait
SALON-AGRICULTURE-ELEVAGE ©IMAGEGLOBE

Nous en parlions samedi dernier: toute la filière laitière, producteurs en tête, se prépare à des turbulences en 2015, avec la suppression des quotas laitiers de l’Union européenne.

Une étude du SPF Économie donne un éclairage supplémentaire sur la question, puisqu’elle a analysé la situation économique et l’évolution des différents acteurs de la filière durant ces dernières années.

1. Moins de producteurs, davantage de lait

Face à la suppression des quotas, beaucoup de petits producteurs laitiers craignent pour leur survie. Mais les quotas n’ont pas empêché la diminution du nombre d’exploitations: -46,3% entre 2000 et 2012. Sur la même période, le nombre total de vaches laitières n’a diminué que de 18,3%: sans surprise, ce sont les plus gros producteurs qui subsistent. La productivité, elle, augmente. Malgré la diminution du cheptel, la quantité de lait produite est à la hausse: +22,5% entre 2006 et 2013.

2. Le prix du lait fluctue

L’évolution du prix payé au producteur est globalement positive sur le long terme (+ 40,7% entre 2006 et 2014), mais il y a des hauts et des bas. En 2009, année de crise pour le secteur, le litre de lait s’achetait à peine plus de 20 centimes au producteur… Contre 42 centimes fin 2013.

3. Les coûts de production augmentent

Si le prix payé aux producteurs est globalement en hausse, c’est aussi le cas des principaux coûts engendrés par leurs exploitations: +60% pour les aliments concentrés et + 80% pour les aliments composés, entre 2006 et 2014. Les engrais et l’énergie, d’autres sources de dépense importantes, ont augmenté respectivement de 60 et 55% sur la même période. L’étude souligne que le résultat brut des producteurs est resté positif depuis 2006. Mais le résultat net (après déduction du salaire payé pour le travail propre des producteurs) est, lui, toujours dans le rouge.

4. Du côté du consommateur…

80%: c’est la part que se taillent des grands magasins sur le total des ventes de produits laitiers. La part de l’achat direct au producteur reste anecdotique. La hausse des prix varie selon les produits, mais est assez élevée pour les produits de référence: +41% pour le lait demi-écrémé et +53% pour le beurre, de 2006 à 2014. Globalement, la hausse a été plus forte en Belgique que dans les pays voisins.

5.Un prix à la consommation peu impacté

Quand le prix payé au producteur diminue ou augmente, l’industrie (laiteries, fromageries) réagit, mais après un certain délai. Par contre, ces variations ont peu d’influence sur le maillon suivant de la chaîne, celui de la distribution. L’étude montre que si les prix de vente de l’industrie laitière sont à la hausse, les prix à la consommation augmenteront aussi. L’inverse est moins vrai: des prix plus bas au niveau de l’industrie ne le seront pas forcément pour le consommateur. Les distributeurs en profitent-ils donc pour augmenter leurs bénéfices? L’étude nuance: d’autres facteurs que le prix des matières premières (concurrence, charges salariales…) influencent aussi le prix à la consommation.