L’e-commerce pas enc ore dans son assiette

L’e-commerce a bousculé le secteur des livres, de la musique ou encore de l’habillement. Pour l’alimentation, la progression est plus lente.

Dominique VELLANDE
L’e-commerce pas enc ore dans son assiette
E-commerce ©Javierafael – Fotolia

Aujourd’hui, la majorité des gens continuent de faire leurs courses dans des magasins physiques. Une des raisons, c’est que la grande distribution reste encore balbutiante dans l’organisation d’un commerce virtuel. Et qu’elle ne l’encourage donc que modérément. Explications.

Vous commandez en ligne votre viande, quelques légumes, des boîtes de tomates pelées et un paquet de farine? Et après, ça se passe comme vous voulez? «Il faut bien admettre que le secteur n'est pas encore bien rodé. En gros, les courses commandées via internet sont rassemblées par un vendeur qui va chercher les produits dans les rayons à la place du client», explique Dominique Michel, directeur général de Comeéos (anciennement Fedis). Ce qui signifie que contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'e-commerce est un surcoût plus qu'une économie pour la grande distribution. Et si l'on admet qu'un client «virtuel» est un client «physique» en moins, l'organisation du magasin a chaque fois un coût marginal plus élevé. Des enseignes ont déjà prévu des dépôts pour le commerce en ligne, une formule évidemment plus opérationnelle et surtout plus économique.

Contrairement à des articles comme les livres, la musique ou encore l'habillement, l'alimentaire ne relève pas d'une habitude bien ancrée. «Je pense qu'on est à environ trois pour cent , explique Dominique Michel. De plus, c'est un système mixte dans la mesure où beaucoup de gens vont quand même chercher leurs courses au magasin, même s'ils n'y rentrent plus».

Quant au système de colis portés à domicile, il pose deux problèmes: le surcoût de la livraison et l'endroit où la marchandise doit être livrée. «Avant, les entreprises acceptaient que l'on dépose les commissions à la réception. Aujourd'hui, certaines entreprises refusent car tous ces sacs et ces caisses, ça finit par encombrer les accueils», observe Herman Konings, spécialiste des tendances de la grande distribution.

Une troisième tendance se développe très fort aux États-Unis: le drive-in. Ici, c’est le principe de ne pas sortir de sa voiture qui est considérée comme la valeur.

«Je ne crois pas que dans l'alimentaire, le commerce en ligne va supprimer les magasins mais c'est sûr que le secteur sera impacté», poursuit Konings.

La fin des mastodontes

C'est aussi le diagnostic de Roland Vaxelaire. L'ancien patron de GB-Inno-BM est aujourd'hui consultant pour le secteur. «Ce n'est pas demain qu'il n'y aura plus de magasins, surtout dans l'alimentaire. Mais je crois à la fin de la monodistribution. Les gros mastodontes qui vendent tout sous le même toit sont en danger. Sauf s'ils parviennent à redevenir des lieux de sociabilité. Un peu comme le sont les centres commerciaux qui rassemblent plusieurs enseignes, analyse Roland Vaxelaire. J'admets que ce qui se passe peut laisser perplexe les acteurs de la distribution. Ce retour au " fait maison ", cette recherche de plaisir, ce besoin de service: toutes ces données avaient été évacuées pour offrir des produits à des prix toujours plus bas», poursuit ce consultant.

«Mais on est au bout du bout quant au prix. On ne saurait pas aller plus bas. Le low-cost est allé au bout de ses limites et il est grand temps de revenir à un juste prix. Prendre l’avion pour Milan en ne payant que deux euros, c’est de la folie. Pour l’alimentation, je pense sincèrement que le consommateur doit accepter de payer un peu plus mais d’avoir la garantie d’un produit de qualité. Les petits producteurs ont fait ce pari et ils ont raison. Ce pari, la grande distribution peut aussi le réussir. C’est son défi si demain, elle veut qu’il y ai toujours des magasins…»

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