La filière verte wallonne est en panne

Le gouvernement wallon veut anticiper la fin du système actuel des certificats verts. Sous pression de grosses entreprises? Certains le croient.

Martial DUMONT
La filière verte wallonne est en panne
filière verte ©fotolia

La semaine dernière, nous vous révélions que le ministre de l’Énergie, Jean-Marc Nollet, voulait anticiper la fin du système actuel des certificats verts incitant les petits consommateurs d’électricité à placer des panneaux photovoltaïques. Pour rappel, la dernière mouture du système, qui devait se terminer le 31 mars, prévoyait une dégressivité du nombre et de certificats verts dans le temps. Après cette date, on ne sait toujours pas actuellement à quelle sauce les investisseurs dans le photovoltaïque seront mangés.

La dernière proposition en date serait de prévoir un nombre fixe de certificats par installation. Il serait de 4,5 par mégawatt/heure produit. Ce qui permettrait de rentabiliser son installation sur 7 ans.

Pression sur le gouvernement ?

Pour Patrick Maniquet, patron de Greenenergy4Seasons la plus grosse société de photovoltaïque wallonne, ce nouveau système n’est pas une mauvaise chose. Il permettra de dégonfler la bulle des certificats verts prête à exploser après la ruée sur les panneaux de ces dernières années.

Par contre le patron se dit virtuellement dégoûté par l’anticipation prévue de la fin du système actuel. Qui aura, selon lui, de graves conséquences sur le secteur, et singulièrement sur l’emploi.

« Pour faire face aux diverses modifications du système, nous sommes devenus un tiers investisseur. Ça signifie que nous installions des panneaux chez les gens en investissant 75% et en se payant sur les certificats verts. Récemment, nous avons lancé une coopérative. Grâce à elle, on pourra proposer d'installer totalement gratuitement des panneaux en récupérant sur les certificats. J'étais prêt à engager 50 personnes pour remplir le carnet de commandes avant le 31mars et pour installer dans les 6 mois qui suivent. Si le système change avant cette date, non seulement je n'engagerai pas mais je devrai licencier 75 des 100 personnes que j'emploie! »

Une véritable catastrophe donc, pour un secteur qui a été gonflé artificiellement à coup d’incitants. Et qui, de toute façon, va connaître dans les mois et années à venir un énorme coup d’arrêt.

«Cette diminution, c'est normal, on s'y prépare » explique encore Patrick Maniquet. «La bulle créée en 2008 était une erreur, même si nous en avons profité, tout comme le client. Et puis, si ça se fait de manière graduelle, il n'y a pas trop de soucis. Mais ce qui me révolte, c'est que le gouvernement, en anticipant, va foutre tout en l'air. Tout ça parce qu'il subit des pressions ».

Patrick Maniquet est convaincu, à bonne source dit-il, que de (très) grosses entreprises, grosses consommatrices d’électricité mettent le gouvernement wallon sous pression parce qu’elles ne veulent pas payer la note du surplus des certificats verts.

Comme Elia (le transporteur d’électricité haute tension) est obligé de racheter tous les certificats verts au prix de 65euros garantis par la Région wallonne, celui-ci va être obligé de répercuter le coup sur les factures de ses clients, particulièrement des gros consommateurs.

Selon le directeur de Greenergy4seasons, le gouvernement voudrait donc éviter que Batibouw (en février) ne crée un nouveau rush sur le photovoltaïque qui risquerait d’encore faire gonfler la bulle des certificats verts. Et donc la note électrique pour les entreprises.

Difficile à vérifier, bien sûr. Mais si tel était le cas, on peut se dire qu’il s’agirait d’une décision inique menaçant tout un secteur que le gouvernement wallon a lui même gonflé à l’hélium avant de se rendre compte qu’il avait peut-être été trop loin.

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