La RTBF devra-t-elle virer du personnel?

Le contrat de gestion 2013 de la RTBF doit être adopté ce vendredi. Mais ça s’agite autour d’un budget jugé trop chiche. Avec menace d’un plan social.

Catherine ernens
La RTBF devra-t-elle virer du personnel?
rtbf philippot laanan antoine ©Montage EdA

La scène s’est déroulée la semaine dernière, en comité ministériel restreint de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Jean-Paul Philippot, l’administrateur-délégué de la RTBF, est venu taper du poing sur la table. Et il a expliqué gentiment mais fermement que «ça n’allait pas».

Depuis la mouture déposée le 24octobre, la RTBF a aménagé son contrat en fonction des volontés des politiques (celles de la majorité PS-cdH-Écolo). On parle même de l’introduction d’une notion de «développement durable» dans le contrat. Très bien.

Philippot a accepté de revoir sa copie, notamment sur la durée ou le type de publicités. Très bien aussi.

Mais au final, le nerf de la guerre revient comme un boomerang. Il manque 8 millions pour boucler le budget de la RTBF. La dotation de la RTBF (210 millions d’euros) n’est plus indexée. Comment payer les salaires qui, eux, sont indexés? Impossible, a argué Philippot. Il a alors étalé ses cartes ultimes: sans ces 8 millions, il devra se résoudre à mener un plan social: 130 à 150 emplois seraient menacés. Non, il n’y aurait pas d’autre solution. Non, la vente de bâtiments, préconisée un temps, ne suffirait pas.

Tous les regards se sont tournés dans la minute, lourdement, vers André Antoine, ministre du Budget (cdH). Et André Antoine a dit non et non. Il n’est pas revenu sur sa position depuis lors. Et il ne reviendra pas dessus. Point barre. C’est toujours le blocage à l’heure qu’il est. Le ton est même monté d’un cran, paraît-il, avec menaces de faire remonter tout ça au sommet des partis et même de l’État. Comprenez: chez Elio Di Rupo, Premier ministre PS, en personne. Chez la ministre en charge du dossier, Fadila Laanan (PS), rien ne filtre. On (s’)impose le silence radio jusqu’au moment de la signature. Signature toujours espérée pour ce vendredi, ceci dit.

Alors? André Antoine portera-t-il le chapeau si ceci tournait vraiment mal? «Je suis l'humble défenseur et gardien d'une négociation collective d'un budget. La grande difficulté pour un ministre du budget, c'est sa solitude», soupire le ministre du Budget francophone. Il souligne « la grande qualité des discussions que nous avons eue avec la RTBF» et « les efforts énormes de la RTBF pour assurer son équilibre budgétaire». La RTBF a (par ailleurs) tout de même reçu 26 millions supplémentaires.

Le premier souci avec ces 8 millions réclamés aujourd’hui, c’est le timing. Le conclave budgétaire francophone s’est achevé le 26octobre. La commission des finances a, depuis lors, elle-même, terminé ses travaux. Impossible de rouvrir la tirelire. Et puis, la RTBF est loin d’être la seule à pleurer sur le paillasson du ministre Antoine. Le Forem aussi est privé d’indexation depuis 2009. Par exemple.

Le gouvernement de Rudy Demotte avait annoncé un budget sans heurts pour le citoyen. Oui, mais en réalisant 600 millions d’économies tout de même. On découvre donc aujourd’hui le nombre de robinets qui ont été coupés, et les douloureuses économies réalisées un peu partout pour trouver une telle somme. La RTBF fait partie des victimes.

Blocage donc. Depuis vendredi, c’est le remue-méninges chez les ministres francophones pour éviter le clash social au service public de radio et télévision. Car, on le pense, il ne s’agit pas de menaces en l’air ou de petit chantage accessoire.

Des solutions techniques sont avancées. Comme? Plus de pubs ou trouver des recettes tierces: on ne cachera pas que c’est loin de faire l’unanimité au sein des partenaires. Il existerait aussi une somme non-consommée chaque année par la RTBF qui pourrait servir d’appoint. Il reste 48 heures pour trouver la solution.