« Le discours change, mais dans les faits… »

«C’est toujours l’hébergement en institution qui prime. Or, ce que le contrat de gestion met en avant, comme le veut la Convention de l’ONU, c’est le choix de la personne. Notamment le maintien à domicile», répète Frédérique Theunissen.

P.S.

Le maintien à domicile, c’est le quotidien de l’Asah, l’Association des services d’accompagnement et d’actions en milieu ouvert pour personnes handicapées. Frédérique Theunissen en est la vice-présidente.

En juin dernier, elle était au Parlement wallon pour faire passer un message lors des auditions organisées autour du nouveau contrat de gestion de l'Awiph: «Nous demandons une politique claire pour le milieu de vie. Nous ne réclamons évidemment pas la fermeture de tous les lits en institution. Ce serait ridicule. Mais qu'on les réserve aux personnes lourdement handicapées et qu'on accorde suffisamment de moyens aux services d'accompagnement en milieu de vie. C'est le souhait des personnes. Et c'est aussi un enjeu économique puisque le maintien à domicile coûte beaucoup moins cher», insiste-t-elle.

De la parole aux actes

Actuellement, les 40 services de l'Asah accompagnent un peu plus de 4 000 personnes. «Soit plus d'un cinquième du public de l'Awiph. Mais les subventions ne représentent que 1,32% du budget de l'Awiph. On a tous des listes d'attente. La population handicapée augmente. C'est bien enregistré parmi les enjeux du contrat de gestion. Ce n'est pas dans l'hébergement qu'on va tous les accueillir. Et nous, on ne voit rien venir. Alors, je veux bien la concertation, je veux bien les groupes de travail, mais si on ne passe pas à l'étape suivante, si on ne décrit pas comment y arriver et avec quels moyens, ça ne sert à rien! Il y a une politique générale claire par rapport au milieu de vie. On le proclame. Mais dans les faits, désolée, ce n'est pas encore ça.» ajoute Frédérique Theunissen.

Une lassitude qui s’installe

La vice-présidente de l'Asah veut néanmoins bien admettre une évolution. «C'est vrai qu'avant, on ne nous écoutait même pas. Il y a une volonté de l'administration de travailler ensemble. C'est positif. On s'accroche. On est même au comité de gestion. Mais on ne pèse pas lourd. Si on n'y est pas, on n'existe pas.»

Difficile d’être visible, en effet. Sur le terrain, le boulot abattu est énorme, mais il ne se voit pas.

Nicole Delcour est une des pionnières du secteur. Elle a assisté aux tout premiers pas des services d’accompagnement, il y a 35 ans. Elle préside l’Asah et constate une certaine lassitude du côté du personnel.

« Les équipes sont très créatives. Il faut l'être pour faire tout ça avec peu de moyens. Mais c'est vrai qu'elles s'épuisent quand même. C'est un travail difficile, qui ne s'improvise pas. C'est notre responsabilité de transmettre de l'espoir, de conserver la mobilisation et la motivation », raconte Nicole Delcour.

Le boulot réclame une grande flexibilité, une capacité à travailler en réseau, celui de la personne accompagnée, celui de la communauté où elle vit, les services entre eux… «C'est un travail assez fin, qui réclame d'entrer dans une complexité où tout se tisse et s'interpénètre. De la dentelle!» résume-t-elle. Passion intacte, pour sa part.

P.S.