Handicap: le temps des (r)évolutions?

Des handicapés plus nombreux et plus âgés que jamais : le défi est de taille. L’Awiph boucle un plan à 5 ans. Écolo veut peser sur certains choix.

Pascale serret
Handicap: le temps des (r)évolutions?
SOCIAL-HANDICAP ©IMAGEGLOBE

L’Agence wallonne pour l’intégration de la personne handicapée, l’Awiph, a reçu 33% de demandes supplémentaires en 5 ans. Et l’espérance de vie des personnes handicapées a augmenté de 35% en 20 ans.

Plus de demandes, un public vieillissant… Ces enjeux figurent en bonne place dans le contrat de gestion 2012-2017 de l’Awiph, signé le 14juin.

L’Agence avait six mois pour construire un plan d’entreprise, destiné à mettre en œuvre ce contrat de gestion. C’est un job en interne pour l’Awiph, le fruit d’une réflexion censée concrétiser d’excellentes intentions.

Le résultat sera examiné par le comité de gestion de l’Awiph ce 29 novembre. Et la ministre de tutelle le recevra le 14décembre, pour signature. Pas de passage par le Parlement.

Deux députés wallons Écolo, Matthieu Daele et Luc Tiberghien, avancent néanmoins des pistes. Exemples.

1. Précarisation «Les commissions subrégionales l'ont aussi fait remarquer: le contrat de gestion ne prend pas assez en compte les aspects liés à la précarité. Or, la crise sociale s'amplifie», observent Luc Tiberghien et Matthieu Daele. Le plan d'entreprise risque de passer à côté aussi, redoute Écolo. Surtout pour les personnes hors institution, pour lesquelles «le subventionnement est beaucoup plus aléatoire. Les risques sont donc plus importants », notent les députés. Qui proposent de passer, en terme de subvention, d'une logique de prestataires à «une logique de prestations», plus flexible, « plus juste et plus efficace ».

2. Les grands oubliés «À l'Awiph, la culture de l'institutionnel reste très forte… » analyse Écolo. Qui plaide pour un refinancement des services d'accompagnement, favorisant le maintien à domicile. «C'était les grands oubliés du contrat de gestion, jusqu'aux auditions de juin où nous les avons sollicités. Sur le plan des coûts, pour un lit institutionnel, on a de 4 à 6 places en milieu de vie. Mais il y a de plus en plus de demandes. Il faut donc plus de moyens. L'enveloppe est figée. Mais on ne fera pas l'économie d'un débat sur un financement supplémentaire, à moyen et long terme », soutient Luc Tiberghien.

3. Remboursé? L'Awiph rembourse environ 20 millions€ d'aides techniques diverses. «Mais la liste du matériel remboursable a été arrêtée en 2009 alors que les techniques évoluent. Si tel équipement convient à une personne mais qu'elle ne peut pas être remboursée, elle devra se contenter de matériel dépassé. On devrait sortir la liste de l'arrêté, pour qu'elle évolue plus vite. Des aberrations ont d'ailleurs été relevées par le médiateur», explique Matthieu Daele. Exemple: pas question d'adapter une chaise roulante non agréée. «Il faut donc acheter une chaise électronique neuve, qui coûte les yeux de la tête.»

4. Coexistence difficile Écolo constate aussi que les «besoins énormes » des infrastructures en terme d'isolation sont à peine évoqués dans le contrat de gestion. Enfin, toujours en terme d'institutions, les deux députés notent que la population handicapée vieillissante doit de plus en plus cohabiter avec un public plus jeune, des 16-25 ans, souffrant de troubles envahissants du comportement. Ce qui réclame une adaptation en terme d'accueil. Avec quels moyens? Écolo songe au financement du CRAC.

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