Wallonie: 1.000 hectares de chanvre d’ici 4 ans

Une faible empreinte écologique, de nombreux débouchés et un développement croissant. Et si le chanvre était l’avenir de l’agriculture wallonne?

Romain van der pluym
Wallonie: 1.000 hectares de chanvre d’ici 4 ans
RECOLTE DU CHANVRE ©IMAGEGLOBE

Le chanvre signe son grand retour en Wallonie. Plusieurs secteurs le voient comme l’investissement qui marquera l’avenir de l’agriculture wallonne.

«Actuellement, nous sommes entre 30 et 40 agriculteurs travaillant sur une septantaine d'hectares en Wallonie, expose Robert Masson, agriculteur et président de la coopérative Belchanvre, qui permet le cadrage de la production de chanvre en Wallonie. La demande est présente et nous tablons sur 200 hectares (dont 50 devraient être vendus à la société ChanvrEco, spécialisée dans les isolants naturels, NDLR) pour l'année à venir.»

Si plus que doubler la superficie exploitée est déjà un gage de réussite, les agriculteurs wallons ne s’arrêteront pas là. La production s’accroîtra de façon exponentielle dans les prochaines années.

«Selon les estimations, la production devrait s'étendre sur près de 1000 hectares d'ici 2015-2016, confie Jean-Luc Wertz, chef du projet ValBiom, pour la recherche sur le chanvre, et responsable du projet Polychanvre (lire ci-dessous). En tout cas, les 400 hectares sont l'objectif en 2014.»

Le chanvre dévoile ses atouts

Mais pourquoi le chanvre plaît-il soudainement aux cultivateurs wallons? «Après réflexion, le chanvre s'est imposé comme produit phare de l'isolation domestique pour les années à venir», expliquent Sébastien Ernotte et Laurent Cimonetti, fondateurs de la société ChanvrEco.

En plus de ses capacités thermiques et sonores, le chanvre peut également servir de couvre sol ou de fibres naturelles pour les plastiques. On le retrouve aussi dans les denrées comestibles sous forme d’huile ou de graines (lire ci-dessous).

Des avantages écologiques

Cette plante est également réputée pour son impact écologique. Le chanvre stocke une quantité considérable de CO2 et sa culture n’engendre qu’une faible empreinte écologique. Aucun intrant chimique n’est nécessaire à sa pousse et sa résistance face aux intempéries impressionne.

«Puis, le chanvre laisse des reliquats culturaux, ce qui aide le développement de la culture suivante, expose Donatienne Arlotti, chercheur au Centre wallon de recherches agronomiques (CRA-W). Il constitue une excellente tête de rotation et se pose en parfait complément de céréales d'hiver.»

Implantations ardennaises

Autre avantage du chanvre: il pousse presque partout. «Un PH neutre et une terre de qualité moyenne suffisent, précise Robert Masson. On retrouve du chanvre en Brabant, dans le Condroz, aux portes de Liège et même à Tournai. Nous allons toutefois poursuivre l'implantation de ces cultures dans des régions moins propices à des pousses plus fragiles. Les Ardennes, par exemple, sont une de nos cibles privilégiées.»

Manque de rentabilité immédiate

Il faudra d’abord convaincre les agriculteurs de la région car même si le bien-fondé du chanvre est clamé par ses défenseurs, certains font la fine bouche.

«Les critères de légalité ne sont pas bien fixés au niveau européen, avoue Donatienne Arlotti. De plus, certains agriculteurs sont frileux car le chanvre ne rapporte pas énormément d'argent à l'heure actuelle. Il va falloir investir dans une unité de défibrage (lire ci-dessous) afin de faire passer le gain à l'hectare de 600€ à plus de 1000€.»

«Pour l'instant, le faible prix qu'en tirent les agriculteurs n'est pas un souci, affirme Jean-Luc Wertz, les cultivateurs sont conscients que la culture du chanvre est un investissement sur le long terme. Pour cela, il faudra toutefois apporter une valeur ajoutée à leur production.»