Vers un défibrage local du chanvre

Pour survivre et s’imposer, la rentabilité financière de l’exploitation de chanvre doit croître et ça passera par l’industrialisation en Wallonie.

R.V.D.P.

«Ne faire pousser que du chanvre n'est pas envisageable pour l'instant, confie Robert Masson, président de la coopérative Belchanvre, cadrant l'activité des cultivateurs. Nous projetons des rentrées équivalentes à celles du froment (un gain de plus de 1 000€ par hectare, NDLR) à la condition d'installer une usine de défibrage en Wallonie. Il faut industrialiser. »

Les structures prennent doucement forme mais ce qui manque cruellement aux agriculteurs wallons, c’est une unité de défibrage. La coopérative Belchanvre, mise en place il y a quelques mois, projette l’installation d’une usine de transformation primaire. Dès lors, qu’en est-il du stockage et du coût?

«Nous venons d'acquérir une nouvelle machine qui nous permet de former des ballots faciles à conserver, affirme Robert Masson. Notre objectif est d'économiser au maximum les coûts de transport. »

Un investissement de base de 2 millions d’euros

«Il faut vraiment que la production et la transformation se déroulent en Belgique, complète Donatienne Arlotti, engagée comme chercheur par le Centre wallon de recherches agronomiques. Les débouchés sont suffisants mais il faut investir. Pour une unité de défibrage basique (achat de terrain, du bâtiment et des machines, NDLR) il faut compter un minimum de 2 millions d'euros. Si on veut un appareillage de qualité, on peut largement quintupler ce montant.» Selon les membres de la coopérative, la mise en place du défibrage est une solution qui peut rapporter gros. Mais du côté de ChanvrEco, firme spécialisée dans le chanvre d'isolation, le scepticisme règne. «Ça sera complexe pour eux, exposent conjointement les patrons de la firme. Entre la mise en place de la structure et leurs responsabilités en tant que producteurs, transformateurs et vendeurs ils risquent d'être submergés par l'ampleur de la tâche. » Belchanvre ne baisse pas les bras pour autant. Ils ont sondé le marché et se sont inspirés de leurs voisins néerlandais et français. Ils démarreront sur le créneau des laines isolantes et tâteront le terrain de la plasturgie en fonction des études de Polychanvre. Le secteur qui rapporte le plus sera choisi par la coopérative Belchanvre. «Puis franchement, mettrions-nous autant de moyens en place si il n'y avait pas une opportunité à saisir? », conclut Donatienne Arlotti.

R.V.P.