Points de vue

On n’est pas aidé. La situation de l’économie européenne n’en finit pas d’alimenter les débats et commentaires. Chacun y va de son hypothèse vantant ou dénigrant l’austérité, pointant du doigt ou défendant les moutons noirs de l’orthodoxie budgétaire.

Points de vue
Thierry Dupiereux ©EDA - Jacques Duchateau

Dans cette cacophonie des nations, les chiffres sont brandis comme autant d'armes imparables pour soutenir l'un ou l'autre combat idéologique. La journée d'hier n'a pas fait exception. Loin de là. Pensez! Eurostat, l'office européen de statistiques, a livré ses chiffres et pourcentages trimestriels. Mauvaise nouvelle pour la zone euro, le produit intérieur brut a reculé de 0,1%. Cela n'a l'air de rien, mais ce second recul est synonyme de récession. La Belgique? Elle stagne, par contre, l'inflation est un peu plus élevée qu'ailleurs. Les prix ont augmenté en octobre de 2,6%. Que déduire de ces chiffres? Globalement, la Belgique ne s'en sort pas trop mal, mais le portefeuille des ménages souffre. Pour le reste, tout n'est qu'interprétations et supputations. Ainsi hier, chacun analysait les chiffres en fonction de ses intérêts et de ses stratégies de défense. En France, par exemple, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault s'est réjoui de l'augmentation de 0,2% du PIB affichée par son pays: «Le redressement économique, le combat pour la croissance sont engagés.» Optimiste. Le matin même, l'hebdo britannique The Economist tirait la sonnette d'alarme: «La France est une bombe à retardement au cœur de l'Europe.» Selon ce magazine, qui, il est vrai, n'est pas fondamentalement prosocialiste «ni François Hollande, ni son Premier ministre ne semblaient être le genre de dirigeant suffisamment courageux, capable d'imposer des réformes à l'encontre d'une opposition généralisée». Différence de points de vue. Une parmi d'autres. Ainsi l'annonce la diminution de 0,3% du PIB espagnol a suscité le commentaire désabusé de certains économistes: «Ah, ben oui, c'est normal. Avec les mesures de rigueur prises pour réduire le déficit public, ça freine le redémarrage de l'économie.» Par vraiment la même logique avancée par ceux qui ont essayé de nous font croire que c'était justement grâce aux mesures prises en Espagne que la production de certains modèles de Ford allait passer de Genk à Valence. Ah, les raisonnements obscurs de l'économie politique!